06/12/2010

Osée 1:1 Le Prophète Osée


 

Livre des "Petits Prophètes"
Le Prophète Osée

Je guérirai leur abandon de moi, je les aimerai…
... ils fleuriront comme une vigne.
Osée 14:4,7

 
ENVOI DU PROPHETE
1:1-2:25


En des temps de décadence morale et spirituelle, le prophète est appelé par L’Éternel ! Le titre du livre donne un aperçu de la longue période de son ministère dont le narrateur a retenu peu de pages, mais combien significatives !

1  1 La parole de l’Éternel qui vint à Osée, fils de Beéri, aux jours d’Ozias, de Jotham, d’Achaz, et d’Ézéchias, rois de Juda, et aux jours de Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël.

L’Éternel voit l’état du peuple et ne peut le laisser errer sans qu’il ne soit averti du désastre à venir. Et aussi, pour la consolation, il fallait que soit rappelée la miséricorde, laquelle trouve toujours une voie pour ceux qui se tournent vers Lui. Osée a reçu cet appel, et ainsi un prophète s’est levé en Israël ! Et il rend compte de cet appel en des termes dont la symbolique ne peut nous échapper.
 
Osée est envoyé vers un peuple rebelle et adultère. Adultère, car le peuple se tournant vers l’idolâtrie est comme une épouse se détournant de son mari. C’est d’ailleurs dans ces pages d’Osée que l’on trouve pour la première fois dans l’histoire du peuple sa présentation comme une "femme épousée", image si forte et si douce de l’Alliance qui fut reprise ensuite par d’autres prophètes (Jérémie 3:8-14, Ezéchiel 23:1-4, Ésaïe 54:6-7, Malachie 2:11).
Comparons à ceci l’union de Christ avec son assemblée : "moi je parle relativement à Christ et à l'assemblée" (Éphésiens 5:22-32). Nous pouvons lire également l’infidélité annoncée de l’épouse (Apocalypse 17:1-6).

Nous nous trouvons alors un demi siècle avant la ruine de Samarie, capitale du Royaume du Nord, Jéroboam II, le pays va s’enfoncer dans les révolutions de palais et la réalité d’une nation qui n’en est déjà plus une, les dirigeants qui s’empareront successivement du trône ne faisant que courir auprès des nations étrangères pour établir leur fragile pouvoir. Quatre décades plus tard, le pays ne sera plus qu’une terre privée de la plupart de ses habitants…

 
L’APPEL DU PROPHETE
1:2-2:25

Le prophète va "épouser une femme prostituée", autrement dit épouser la cause du peuple choisi par l’Éternel pour une mission particulière, unique, et dont il s’est détourné sans retour.
Diverses interprétations furent données à ces lignes. Pour divers commentateurs, soit Osée épousa effectivement une femme prostituée, soit il épousa une femme du royaume d’Israël, déclarée moralement « prostituée » du fait de l’idolâtrie ambiante. Pour d’autres, ce passage est absolument allégorique, seule lecture raisonnable, notamment en relation avec la mention d’une autre femme, adultère (3:1-3). Les noms mentionnés, tels Gomer("manquements") et Diblaïm ("double embrasement"), conduisent à une allégorie au demeurant fort compréhensible dans le cadre d’un texte prophétique. Car il est commun de voir nommer Israël en tant que femme épousée et adultère, ceci étant la traduction de l’apostasie.

Cette symbolique établit avec force la situation du peuple, dans ses abandons, dans son chemin d’apostasie ; mais elle introduit, par les termes mêmes, la bonté de Dieu qui accomplira ce qu’Il a promis et aboutira inéluctablement dans le dessein qu’Il s’est proposé.

 
L’appel d'Osée - 1:2

En envoyant Osée parler au Royaume du Nord, celui-ci aura affaire à un peuple qui s’est détourné de l’Éternel, qui s’en est "éloigné" jusqu’à s’attacher à l’idolâtrie des peuples vers lesquels ils se tournaient pour chercher la protection et plus encore les alliances opportunes à l’assouvissement de leurs ambitions politiques.

2 Commencement de la parole de l’Éternel par Osée.
 
   L’Éternel dit à Osée : Va, prends-toi une femme prostituée et des enfants de prostitution ; car le pays s’est entièrement prostitué, s’éloignant de l’Éternel.

Prenant la route que l’Éternel lui trace, le prophète épouse une cause, celle de rappeler la bonté de l’Éternel à un peuple qui est en passe de "cesser d’être un peuple" (Osée 1:4, Ésaïe 7:8) tellement ses manquements sont grands, et en particulier son abandon de la loi pour s’embraser pour les monarques puissants qui, pensaient-ils, leur garantiraient protection. Ils s’éloignaient ainsi sensiblement de Celui qui veillait sur eux. Pensons à la dynastie du roi qui régnait à Samarie aux premiers jours du ministère d’Osée. Le fondateur de cette lignée royale, Jéhu, près d’un siècle avant qu’Osée ne vint, fut mandaté pour prendre le royaume de Samarie à Achab, descendant du puissant roi Omri, alors que cette dynastie avait conduit le peuple à l’idolâtrie (2 Rois 9:1-7). Et cet homme prit en effet le royaume avec l’aide de Jonadab, père des Récabites (2 Rois 10:15-31, Jérémie 35). Mais qu’advint-il de cette épopée ? Jéhu se tourna lui-même vers l’idolâtrie, ce qui conduisit Jonadab à se retirer de lui. Que restait-il de fidélité lorsque le jeune prophète paru ? Bien peu de choses…
 
Après un long sursis, Osée annoncera à Jéroboam II, descendant de Jéhu, une fin semblable à celle que connût la glorieuse dynastie d’Omri (2 Rois 13:13-14:29). Au temps même d’Osée, après le règne éphémère de Zacharie, fils de Jéroboam (2 Rois 14:29), la royauté sur Samarie passera  d’un conspirateur à l’autre jusqu’à ce que la nation des dix tribus cesse d’être une nation…
 
L’appel est entendu ! Que va faire le jeune prophète ? Nous ne lirons pas ses difficultés, ses hésitations s’il en eût. Le narrateur est sobre, on ne peut davantage. L’Éternel avait dit à Osée, un jeune homme encore : "Va vers…" Et le jeune homme, nous dit-on, "s’en alla", il se mit en route… 

Osée 1:3 Osée s'engage


 

Osée s’engage - 1:3-9

Le Royaume de Samarie était entièrement prostitué, voué aux idoles. Et c’est vers ce pays là que va Osée, vers "Gomer, fille de Diblaïm" ; vers cette nation qui va cesser d’être une nation, en conséquence de son embrasement pour les idoles des peuples voisins. Vient alors, dans le texte, l’allégorie de la naissance d’un fils au nom évocateur de "Jizréel". Par ce nom signifiant "Dieu sème", nous voyons l’attachement de l’Éternel à ce peuple qu’il a choisi afin qu’il porte son Nom parmi les nations. Et l’Éternel ne peut voir le sang de ses enfants répandu et demeurer dans le silence. Les désastres provoqués par les hommes doivent avoir leur rétribution…
Gomer. La racine est celle même d’un verbe hébreu traduit par  "cesser, n’être plus, manquer". Diblaïm. Double embrasement. Jizréël. Dieu sème, expression de l’œuvre de Dieu pour donner vie à son peuple (2:22).

3 Et il s’en alla et prit Gomer, fille de Diblaïm ; et elle conçut, et lui enfanta un fils. 4 Et l’Éternel lui dit : Appelle son nom Jizreël, car encore un peu de temps, et je visiterai le sang de Jizreël sur la maison de Jéhu, et je ferai cesser le royaume de la maison d’Israël ; 5 et en ce jour-là je briserai l’arc d’Israël dans la vallée de Jizreël.

Une guerre est annoncée, le peuple est en voie de perdre son identité nationale car il a rompu l’alliance. Le lieu du désastre ? Jizréël, une grande plaine fertile entre Samarie et Galilée, une région bien nommée, dans la reconnaissance envers Celui qui a donné au peuple choisi ce pays, mais aussi le lieu où Jéhu avait massacré la maison d’Omri (2 Rois 10:11) comme l’évoque ce passage du livre d’Osée. L’arc sera brisé ! Sa puissance ne sera plus, alors que s’éteindra lamentablement la dynastie de Jéhu, dans le chef du fils de Jéroboam II, Zacharie, qui ne régna que six mois (743) avant de disparaître, vaincu par la conspiration de Shallum. Celui-ci sera lui-même abattu par Menahem (743-738), un homme abominable qui, pour assouvir son ambition, se rendit vassal du roi Tiglath-Piléser d’Assyrie. Ce sont les premiers soubresauts ; "l’arc d’Israël" est brisé et le royaume connaît ainsi une décadence inéluctable qui le mènera à la ruine finale.
 
L’allégorie ne se limite pas là. Car si Dieu accomplit les semailles – l’établissement d’un peuple attaché à son Nom – l’alliance fut rompue unilatéralement, et les conséquences sont alors évoquées symboliquement par la naissance d’enfants de prostitution, expression forte de l’aboutissement du chemin pris par Éphraïm et ses princes en Samarie. Une fille d’abord, "Lo-Rouhama" : "pas de miséricorde, celle dont on n’a pas compassion". Un fils enfin, "Lo-Ammi" : "pas mon peuple".

6 Etant à nouveau enceinte, elle enfanta une fille ; et il lui dit : Appelle son nom Lo-Rouhama, car je ne ferai plus miséricorde à la maison d’Israël, lui pardonnant indéfiniment. 7 Mais je ferai miséricorde à la maison de Juda, et je les sauverai par l’Éternel leur Dieu ; et je ne les sauverai ni par l’arc, ni par l’épée, ni par la guerre, ni par des chevaux et des cavaliers.
 
8 Et elle sevra Lo-Rouhama. Et elle fut enceinte et enfanta un fils. 9 Et il dit : Appelle son nom Lo-Ammi, car vous n’êtes pas mon peuple, et moi-même, je ne serai rien pour vous.

"L’arc d’Israël", la "Maison d’Israël" ne jouit plus de la miséricorde, et cette situation s’étend au royaume tout entier. Ils ne cessent de s’éloigner de Dieu, le Miséricordieux (Exode 33:19). Les temps sont difficiles tandis que se développait la puissance de l’Assyrie et ses visées hégémoniques sur toute la région. Mais séduite par l’aura des puissants, s’éloignant de Celui qui veille sur son peuple, se privant ainsi de miséricorde, Samarie finira par perdre son identité nationale, autrement dit son caractère exceptionnel de "peuple de Dieu". Le Dieu "qui a semé" est aujourd’hui rejeté, et le peuple livré à la destinée qu’il s’est choisie.
 
Toutefois la "maison de Juda", la famille de David connaîtra le salut, Dieu étant fidèle à ses promesses faites à David. Mais il n’en sera pas toujours ainsi, car les promesses faites à Abraham, et les annonces faites à David sont inconditionnelles (Genèse 12:2, 1 Chroniques 17:14). Il y aura une descendance à David, le Messie autour duquel se grouperont les douze tribus d’Israël.


Les promesses de Dieu - 2:1-3

Cette assurance de la bénédiction à venir sera rappelée bien des années plus tard, à la veille du retour de l’exil à Babylone, par un autre homme de Dieu, lequel annoncera le libérateur, celui qui devait apporter la guérison (Ésaïe 53:5). Ainsi, Dieu, qui avait dit : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire" (Genèse 18:17), rappelle au prophète que sa parole s’accomplira. Ce ne sont pas les hommes qui peuvent altérer le plan que Dieu s’est proposé (Romains 11:29), ainsi que nous lisons dans l’oracle de Balaam :  "Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ?" (Nombres 23:19).

2  1 Cependant le nombre des fils d’Israël sera comme le sable de la mer, qui ne se peut mesurer ni compter ; au lieu où il leur a été dit : Vous n’êtes pas mon peuple, il leur sera dit : Fils du Dieu vivant. 2 Et les fils de Juda et les fils d’Israël se rassembleront, et s’établiront un chef, et monteront du pays ; car la journée de Jizreël est grande. 3 "Dites à vos frères : Ammi  et à vos sœurs : Rouhama !"

"Dites à vos frères…" Quelle parole ! Le tableau à peine dressé, l’avenir à peine dépeint – un avenir bien sombre, faut-il le dire : "Lo-Ruhama, Lo-Ammi" – cette parole forte, soutenant l’espérance et la foi est proclamée avec force. Ce que l’Éternel accomplira en cette "journée de Jizreël" est l’accomplissement des promesses au cœur de l’attente de tout Israélite fidèle !
 
"Comme le sable de la mer !"  La promesse faite à Abraham (Genèse 22:17, 32:12). Par ce rassemblement de tout un peuple, il ne sera pas dit seulement que Dieu pardonne et rétablit… Ce retour sera un accomplissement glorieux. Ce peuple abaissé, humilié, meurtri recevra une part excellente, ils seront appelés "Fils du Dieu vivant !" (2:1). Tel est le résultat de la miséricorde qui, sans renier la loi ni la justice, peut établir une telle bénédiction ! Et la nation sera réunie sous un seul Chef , comme le dira plus tard, à Babylone, le prophète exilé : "Ainsi dit l’Éternel, l'Éternel : Voici, je prendrai le bois de Joseph, qui est dans la main d'Éphraïm, et les tribus d'Israël, ses compagnons ; et je les mettrai sur celui-ci, savoir sur le bois de Juda, et je les ferai être un seul bois, et ils seront un dans ma main." (Ézéchiel 37:19).
 
"La journée de Jizreël" est au cœur des annonces des prophètes dès l’annonce de la ruine, car là n’est pas la fin. La fin, c’est le temps de la joie de l’Éternel, sa joie de rassembler, de bénir : "En ton sein, l’Éternel, ton Dieu sera un Dieu sauveur ; il fera de toi sa plus grande joie ; il gardera le silence dans son amour ; il poussera des cris d’allégresse à ton sujet." (Sophonie 3:17). Une proclamation qui soutiendra les exilés à Babylone et sera rappelée au temps des modestes travaux de la reconstruction du Temple : "En ce jour là…" (Zacharie 12 à 14). Le prophète est rempli des promesses, de la finalité de ses appels de la part de l’Éternel : le soutien de la foi et la joie dans la confiance en Dieu qui mènera toutes choses à bonne fin, selon son propos, selon ses promesses.
 
Tel sera le fruit du "travail de Dieu" (2:16-17) dont parleront avec tant de ferveur les prophètes à venir : "En ce temps-là – déclaration du Seigneur – je serai le Dieu de toutes les tribus d'Israël, et eux, ils seront mon peuple. Ainsi parle le Seigneur : Il a trouvé grâce dans le désert, le peuple qui a survécu à l'épée ; Israël marche vers la tranquillité." (Jérémie 31:1-2, et aussi Sophonie 3:17, Ézéchiel 37:1-14, Zacharie 12 à 14…).


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Osée 2:4 Les desseins de Dieu


 

LES DESSEINS DE DIEU
2:4-25

Les bases sont posées, le prophète peut entrer dans le vif du sujet, s’occuper du chemin sur lequel le peuple est mené, constater ses égarements et avertir… Israël s’enfonce dans l’oubli de son Dieu, le mépris de ses promesses, et devra en porter les conséquences. Un jugement ? Une démarche punitive ? Un Dieu courroucé et vengeur ? Gardons-nous de le penser. Nous le lisons ci-après : le peuple rejette la bénédiction, et l’Éternel ne peut la lui imposer. Mais si cette nation s’égare, quitte le terrain fertile de la foi, si elle se trouve dans le désert, est-ce pour qu’elle y périsse ? Dans cette désolation des cœurs s’ouvriront et auront soif de l’eau vive qu’ils avaient négligée, et ils entendront la voix de l’Éternel leur rappelant les promesses sans condition qu’il fit à Abraham (Genèse 12:1-3).


Plaidez contre votre mère ! - 2:4-15

L’Éternel est-il loin, ignorant de la terre, indifférent à la vie des hommes ? Il n’en est rien ! Les Israélites devraient le savoir, car n’est-il pas dit : "Et l'Esprit de Dieu planait sur la face des eaux" (Genèse 1:2). Aussi, dans la déliquescence morale du royaume, les hommes sont placés devant leur propre responsabilité et appelés à se ressaisir pour revenir à l’Éternel. Chacun doit se positionner personnellement face à "la mère", expression de l’ensemble du peuple caractérisé ici comme la femme infidèle (2:6, 4:5), selon cette présentation introduite par Osée et reprise par des prophètes postérieurs (Jérémie 22:26, Esaïe 50:1...) .

4 Plaidez contre votre mère, plaidez ! Car elle n'est pas mon épouse et je ne suis pas son mari ! Qu'elle ôte de son visage les signes de sa prostitution, et de son cœur les marques de ses adultères , 5 de peur que je ne la dépouille à nu et ne l’expose comme au jour de sa naissance, que je n'en fasse comme un désert et ne la rende comme une terre aride et ne la fasse mourir de soif.
 
6 Et je ne ferai pas miséricorde à ses enfants, car ce sont des enfants de prostitution ; 7 car leur mère s'est prostituée, celle qui les a conçus s'est couverte de honte, car elle a dit : "J'irai auprès de mes amants qui m'ont donné mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson."

Le prophète qui pouvait se réjouir dans la confiance en l’avenir promis, disant "Dites à vos frères : Ammi… Rouhama…" (2:3) doit avertir les Israélites. Et en aucune manière il ne peut édulcorer la situation présente du royaume du nord, car comment seraient-ils alertés de leur état si les conséquences de leurs voies ne leur étaient pas dépeintes ? Car en effet, quoique les promesses soient assurées, comment hériteraient-ils de la bénédiction s’ils la méprisent jour après jour ? La bénédiction à venir ne peut être prétexte à illusion. Alors il leur dit : "Plaidez contre votre mère, plaidez !" (2:2) constatant aussitôt : "leur mère s'est prostituée" (2:7). Pensons-nous que l’Éternel exerce ici un jugement, établisse un procès qui exclue les fils d’Israël de sa présence bienfaisante ? Certes la parole est sévère :

8  "C'est pourquoi, voici, je vais fermer ton chemin avec des épines, et je dresserai une barrière ; et tu ne trouvera plus tes sentiers."

Une barrière ! Le peuple, l’épouse infidèle courra encore après ceux qu’elle recherche, mais qu’en recevra-t-elle ? Nous lisons alors le retournement qui pourra s’opérer, le désir de revenir à ce qu’elle a délaissé…

9  Et elle courra après ses amants, et ne les atteindra pas ; et elle les cherchera, et ne les trouvera pas. Et elle dira : "J'irai et je m'en retournerai à mon premier mari, car alors j'étais mieux que maintenant."

Le prophète dévoile en des termes imagés comment la providence divine agit au travers des circonstances socio-politiques, rendant vaine la disposition à aller plus loin dans le chemin des abandons, afin qu’apparaisse enfin un retour sur soi. Revenant de cette course après les étrangers, elle se tournera à nouveau vers l’Éternel (2:7,9).
 
Il souligne alors l’ignorance des hommes qui demeurent dans l’égarement. Le peuple est aveuglé par des pensées d’hommes. La question se pose : "Qui est celui-ci qui obscurcit le conseil par des discours sans connaissance ?" (Job 38:2). Le mal paraît incurable, et pourtant l’Éternel agira afin que les yeux soient ouverts.

10 Mais elle ne sait pas que c'est moi qui lui ai donné le blé, le moût et l'huile ; et je lui ai multiplié aussi l'argent et l'or… Et ils en ont fait offrande à Baal.
 
11 C'est pourquoi je reprendrai mon blé en son temps, et mon moût en sa saison ; et j'ôterai ma laine et mon lin, qui devaient couvrir sa nudité. 12 Et maintenant je découvrirai sa honte aux yeux de ses amants, et personne ne la délivrera de ma main ; 13 et je ferai cesser toutes ses joies, ses fêtes, ses nouvelles lunes, et ses sabbats, et toutes ses rencontres festives. 14 Je détruirai sa vigne et son figuier, dont elle disait "Ce sont là mes présents que mes amants m'ont donnés", et j'en ferai des broussailles, et les animaux sauvages les dévoreront. 15 Et je lui ferai rendre compte des jours des Baals, où elle leur brûlait de l'encens, parée de son anneau de nez et de son collier, et où elle allait auprès de ses amants. Et elle m'a oublié, dit l'Éternel.

Que feront-ils lorsqu’ils seront privés de moissons, lorsque les fêtes solennelles ne seront plus célébrées, lorsqu’ils éprouveront l’absence de joie ? Que restera-t-il à faire ? Dieu est-il sans ressources ? L’avenir annoncé est-il compromis ? Non, il y a toujours un chemin… Si l’Éternel permet que le peuple de la promesse éprouve les conséquences de ses choix, Il ne le perd pas du regard. Et la désolation amènera des Israélites à revenir à Lui, pour leur bien, et un peuple renaîtra qui aura sa joie dans l’accomplissement des promesses.
 
Quand l’épouse infidèle retournera-t-elle à son "premier mari" ? Quand reviendra-telle à l’Éternel ? Il faudra le travail de Dieu lui-même pour qu’il en soit ainsi, et ce travail est annoncé car le but de Dieu est de bénir.



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Osée 2:16 Le jour de Jizreël


 

Le travail de Dieu - 2:16-17

Dans le désert de l’exil, ce désert qui vient d’être décrit en termes si forts (2:11-15), l’Éternel leur parlera au cœur et les préparera à recevoir ce qui fit les délices de leurs pères tandis qu’ils entraient dans le pays promis.

16 C'est pourquoi, voici, moi, je vais la séduire ; je la mènerai au désert et je lui parlerai au cœur. 17 De là, je lui donnerai ses vignes, et la vallée d'Acor comme porte d'espérance. Là elle répondra comme aux temps de sa jeunesse, comme au jour où elle monta du pays d'Égypte.
"Vallée d'Acor" : Vallée du malheur.

"Une porte d’espérance !" C’est bien ce que représente la vallée d’Acor. Cette vallée descend des hauteurs de Judée vers Jéricho, une vallée de gras pâturages, riche de souvenirs, tandis que le peuple y retrouva la paix après la faute d’Acan (Josué 7:25-26) et dont d’autres fidèles se souviendront vers la fin de l’exil à Babylone, des années après Osée, lorsqu’ils entendront cette parole prophétique : "Et je ferai sortir de Jacob une semence, et de Juda un possesseur de mes montagnes, et mes élus posséderont le pays et mes serviteurs y demeureront. Et le Saron sera une demeure du menu bétail, et la vallée d'Acor, un lieu où couchera le gros bétail, pour mon peuple qui m'aura cherché" (Ésaïe 65:9-10). C’est bien le souvenir de la paix retrouvée après les malheurs. Les difficultés vécues, les épreuves de la vie sont autant de circonstances par lesquelles Dieu conduit l’homme à des réalités meilleures : la conviction profonde et la joie d’une alliance retrouvée.


Le jour de Jizreël - 2:18-25

La nouvelle alliance est alors déployée. Le prophète communique le propos de Dieu, garantit l’accomplissement des promesses dans une terre bénie en ses récoltes. "En ce jour-là…" est-il écrit. Et ces pages, telles que nous en trouvons nombre dans les livres des prophètes, sont données pour encourager les fidèles, fonder leur espérance, les confirmer dans leur foi dans les promesses faites à leur père Abraham (Jérémie 31:33, 33:15-16, Ézéchiel 29:21, 39:22, Zacharie 12 à 14).

18 "En ce jour-là, dit l'Éternel, tu m'appelleras : "Mon mari", et tu ne m'appelleras plus : "Mon maître"". 19 J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, et on ne se souviendra plus de leurs noms.
 
20 Et je ferai pour eux, en ce jour-là, une alliance avec les animaux sauvages, avec les oiseaux des cieux et avec les reptiles du sol ; et j'ôterai du pays, en les brisant, l'arc et l'épée et la guerre. Je les ferai reposer en sécurité.
 
21 Et je te fiancerai à moi pour toujours ; et je te fiancerai à moi en justice, et en jugement, et en bonté, et en miséricorde ; et je te fiancerai à moi en vérité ; et tu connaîtras l'Éternel.
 
22 Et il arrivera, en ce jour-là, que j'exaucerai, dit l'Éternel, j'exaucerai les cieux, et eux exauceront la terre, et la terre exaucera le froment et le moût et l'huile, et eux exauceront Jizreël. 23 Et je la sèmerai pour moi dans le pays, et je ferai miséricorde à Lo-Rouhama, et je dirai à Lo-Ammi : "Tu es mon peuple", et il me dira : "Mon Dieu."

Un pays rendu à la paix, un lieu de vie d’où la crainte est bannie ! Une bénédiction dont se font témoins les prophètes de ce temps, tel Ésaïe : "Et le loup habitera avec l'agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; et le veau et le jeune lion, et la bête grasse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache paîtra avec l'ourse, leurs petits coucheront l'un près de l'autre, et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson s'ébattra sur le trou de l'aspic, et l'enfant sevré étendra sa main sur l'antre de la vipère.» (Ésaïe 11:6-8)
 
Il faut nous arrêter sur ces expressions : justice, jugement, bonté, miséricorde, vérité… Et sur la fin de cet énoncé, à savoir "tu connaîtras l’Éternel !" (Romains 1:28), car la connaissance de Dieu est dans la pratique de la vie dans une "marche avec Dieu". Les textes symboliques évoquant Hénoc ou Noé (Genèse 5:24 et 6:9), comme l’histoire d’Abraham (Genèse 17:1) ne peuvent que nous en convaincre (Jean 17:3).
 
Et alors l’ondée des cieux nourrira la terre, et celle-ci produira le froment, le moût et l’huile "dans la plaine de Jizréël", pour le peuple que l’Éternel aura semé à nouveau, le peuple qui lui dira "Mon Dieu". Les promesses faites à Abraham et David seront alors établies (Jérémie 31:31), une alliance éternelle (Ézéchiel 16:60).
 
Au peuple qui se dévoie, le prophète doit adresser des discours sévères, prononcer des avertissements très graves quant à son avenir… Dans quel état d’esprit Osée peut-il être "la bouche de Dieu" ? Il pourrait s’enflammer contre l’empressement auprès des puissances étrangères, l’attachement aux idoles, les relents d’apostasie ! Le réquisitoire qu’il prononce commence par un énoncé de la situation, à savoir l’état moral d’un peuple "privé de connaissance", se poursuit en un sévère avertissement aux responsables, les principaux d’entre le peuple et les prêtres chargés d’instruire, de communiquer la parole de Dieu. Mais il se termine par des paroles d’espérance, le rappel des promesses de Dieu, le regard sur le Dieu de bonté. Et ainsi la foi est fortifiée en tous ceux qui croient, car s’ils traverseront le sort commun d’un peuple qui se dévoie, ils parcourront ce chemin avec au cœur la connaissance de la bonté de Dieu "qui demeure à toujours" (Psaume 136:1).


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Osée 3:1 Un peuple sans intelligence


 

UN PEUPLE SANS INTELLIGENCE
3:1-5:15

Comment parler à ce peuple qui s’égare ? Une nouvelle allégorie est présentée, pour illustrer son éloignement de Dieu, car ils se sont privés eux-mêmes de sa proximité (Philippiens 4:6). Mais cette douloureuse réalité ne met pas en balance l’accomplissement de ses promesses et son plan de l’introduire dans la bénédiction. C’est dans cet esprit que le prophète doit parler au peuple, c’est-à-dire "selon l’amour de l’Éternel pour les fils d’Israël". (3:1)

 
UN PEUPLE INFIDELE
3:1-5

Ainsi, la femme adultère est bien l’image de ce peuple qui s’est détourné de l’Éternel, mais qui n’est pas oublié de Lui.
Comme pour ce qui concerne l’image donnée par Gomer au chapitre premier, cette injonction de l’Eternel a fait couler beaucoup d’encre. Cette femme adultère est-elle Gomer ? Ou est-ce une autre, faisant qu’ainsi Osée serait conduit à aimer une deuxième femme ? Tout, ici, est figure ; nous ne pouvons en douter car l’image est forte, le parallèle entre la femme adultère et les fils d’Israël trop appuyé pour dissocier l’image de ce qu’elle représente.

3  1 Et l'Éternel me dit : "Va encore, aime une femme aimée d'un ami, et adultère, selon l'amour de l'Éternel pour les fils d'Israël, tandis qu'eux se tournent vers d'autres dieux et aiment les gâteaux de raisins." 2 Et je me l'achetai pour quinze pièces d'argent, et un homer d'orge et un léthec d'orge. 3 Et je lui dis : "Durant beaucoup de jours tu m'attendras, tu ne te prostitueras pas, et tu ne seras à aucun homme ; et moi je ferai de même à ton égard."
"Aimer les gâteaux de raisin !" Le contexte nous permet de comprendre qu’il s’agissait d’un met consommé au cours des fêtes païennes en Canaan. Cela se pratiqua aussi en Judée, des années après, et les Judéens réfugiés en Égypte en évoquaient même le souvenir (Jérémie 7:17-18 et 44:16-25). L’allusion est clairement ironique quant aux motivations des Israélites à se tourner vers l’idolâtrie.

"Aime une femme aimée d'un ami… selon l'amour de l'Éternel" Quelle est cette femme aimée, et quel est cet ami ? N’est-ce pas le peuple choisi par l’Éternel, et l’Éternel lui-même ? Les paroles du prophète concernent ici le peuple tout entier, les douze tribus d’Israël ; et nous pouvons comprendre que la bénédiction annoncée concerne les douze tribus lorsque, à "la fin des jours", un travail de conscience se fera parmi eux et qu’ils se souviendront du roi selon le cœur de Dieu (1 Samuel 16:7), le Berger, fils de David qui doit paraître rétablissant le trône ainsi qu’il a été promis (2 Samuel 7:13), contractant "une alliance éternelle, les grâces assurées de David" (2 Samuel 7:13, Ésaïe 55:3).

4 Car les fils d'Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statue, et sans éphod ni théraphim. 5 Ensuite, les fils d'Israël retourneront et rechercheront l'Éternel, leur Dieu, et David, leur roi, et se tourneront avec crainte vers l'Éternel et vers sa bonté, à la fin des jours.

C’est un très long temps qui est maintenant évoqué, le prophète regardant au-delà du retour d’exil des Judéens, car jamais, depuis la destruction du Temple de Salomon, la descendance de David ne montera plus sur le trône. Cette réalité est donnée à connaître dans la Torah : "Et l'Éternel vous dispersera parmi les peuples ; et vous resterez en petit nombre parmi les nations où l'Éternel vous mènera. Et vous servirez là des dieux, ouvrage de mains d'homme, du bois et de la pierre, qui ne voient, ni n'entendent, ni ne mangent, ni ne flairent. Et de là vous chercherez l'Éternel, ton Dieu ; et tu le trouveras, si tu le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme. Dans ta détresse, et lorsque toutes ces choses t'auront atteint, à la fin des jours, tu retourneras à l'Éternel, ton Dieu, et tu écouteras sa voix. Car l'Éternel, ton Dieu, est un Dieu miséricordieux, il ne t'abandonnera pas et ne te détruira pas ; et il n'oubliera pas l'alliance de tes pères, qu'il leur a jurée." (Deutéronome 4:27-31).
 
L’envoi du prophète concerne donc tout Israël, non sans qu’il ne fasse la différence entre Ephraïm et Juda, ce dernier devant connaître encore des sursauts de fidélité avec les rois Ezéchias et Josias.
 
Certes, le délabrement moral ne datait pas des jours du prophète mais les choses se précisent, la licence est de plus en plus patente et les autorités placées sur le pays de plus en plus faibles. Le pays court à sa perte ! C’est un signe de patience de Dieu que d’avertir par le moyen de ses prophètes ; pensons à ceux qui parlent à contre courant, discernant la ruine qui se précise et avertissant inlassablement. Pendant près de trente ans Osée s’employa à cette tâche peu gratifiante…


La lecture des prophètes se retrouve au site "Que dit l'Evangile ?",
complétée de textes introductifs et de notices historiques.
Il s'y trouve un lien intéractif aux références bibliques.
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