23/01/2011

Michée 1:1 Le prophèe Michée


 

Livre des "Petits Prophètes"
Le Prophète Michée

Qu’est-ce que l’Éternel recherche de ta part, sinon
que tu fasses ce qui est droit, que tu aimes la bonté,
et que tu marches humblement avec ton Dieu ?
Michée 6:8

 
LE PROPHETE


Les temps sont difficiles pour les deux petits royaumes des Israélites quand, dans le Bas-Pays de Judée, un jeune homme se lève pour crier son inquiétude, mais aussi sa foi. La société qui l’entoure n’est pas à la hauteur des promesses de Dieu, car elle s’est laissé entraîner par le courant général des nations, se détournant de la loi si précieuse qu’elle reçut de Dieu (Ésaïe 42:21). Temps difficiles ! En effet, le peuple de la promesse peut-il s’écarter ainsi du chemin tracé et continuer à se targuer d’être le "peuple de Dieu" ? Un tel privilège, reçu gratuitement, peut-il être conservé dans l’infidélité ? Certes Dieu n’attend pas la perfection, il n’exige pas l’impossible. Voyons la marche de Jacob, ses imperfections et ses erreurs. Mais nous pouvons constater ce qui lui permit de déclarer, à la fin de sa vie, que Dieu a été son berger (Genèse 48:15) : tout au long de son chemin, il est resté attaché aux promesses ! Sa foi n’était pas faite de proclamations, mais s’exprimait dans la conscience de se trouver devant Dieu, le reconnaissant comme le Seigneur de sa vie ; dans ses imperfections mêmes, il parcourût sa route sous son regard.
 
Lorsque paraît Michée, les royaumes de Juda et d’Éphraïm se plaisent dans l’imitation des nations d’alentour ; les promesses ont de moins en moins de prix, et même, ont-elles encore un prix pour ceux qui sont à la tête du peuple ? Le jeune homme constate, en souffre, et en parle avec courage. Certes, en Juda demeure-t-il de la fidélité, Osée l’atteste (Osée 12:1), lui qui est aux prises avec le royaume du nord, Éphraïm, avec ses princes et ses prêtres, depuis dix ou vingt ans, sans pouvoir s’attendre à quelque évolution favorable. A Jérusalem aussi s’était levé un homme de foi, Ésaïe fils d’Amots, lequel avait ses entrées à la Maison du Roi, peu avant que la situation ne touche le jeune Michée dans sa lointaine contrée de Basse-Judée. Sa localité, Morésheth, est proche de Gath des Philistins, et le prophète ne manquera pas d’assimiler ces deux localités, appelant la ville de sa naissance "Morésheth-Gath" (1:14), en raison, pensons-nous, de l’état moral des Judéens, tellement similaire à celui de leurs voisins idolâtres.


Le ministère du prophète

Michée consacre sa vie à avertir de la part de Dieu, car il est assuré que la ruine morale conduit à la désolation, que l’abandon des promesses rend inapte à la jouissance de celles-ci. Il ne s’agit pas de prescriptions religieuses délaissées ; c’est d’équité et de justice dans les rapports entres les hommes que le prophète doit parler ; c’est là que se trouve le baromètre de l’état moral, c’est là le signe de l’abandon progressif du chemin tracé par l’Éternel Dieu !
 
L’homme pressent les maux qui doivent immanquablement s’abattre sur le pays tout entier. Mais au-delà de ces perspectives, il "voit" la délivrance, il considère la venue du Messie, dans la cité de David, Bethléem ; il évoque avec foi Celui qui apportera la bénédiction de Dieu et accomplira les promesses faites aux pères de la nation. Telle est le message des prophètes : une parole pour fortifier la foi, pour convaincre de l’avenir annoncé par le Seigneur Dieu et donner ainsi de la confiance, voire de la joie, à tous ceux qui s’attendent à Dieu ; à ses auditeurs, mais aussi, et cela il ne pouvait le savoir, à ceux qui liraient, des siècles plus tard, quelques-unes des paroles qu’il a prononcées.

 
LE TEMPS DE MICHEE
Michée 1:1

Lorsque le jeune homme s’émeut de l’état moral de son peuple, le roi Jotam régnait à Jérusalem. Ce roi, relativement fidèle, laissa ,subsister en Judée les hauts lieux idolâtres qu’y toléra son père (2 Rois 15:34-35), faiblesse donc, malgré une réelle crainte de Dieu. Ésaïe était alors à l’œuvre depuis peu d’années, s’adressant aux puissants et au peuple à Jérusalem… Michée se lève alors, dans sa bourgade de Morésheth au Bas-Pays de Juda, près de Gad, ville des Philistins.

1  1 Parole de l’Éternel qui vint à Michée, de Morésheth, aux jours de Jotam, d’Achaz, d’Ézéchias, rois de Juda ; ce qu’il vit au sujet de Samarie et de Jérusalem.

Dès que le roi Jotam ferma les yeux, la mollesse du pouvoir se mua en énergie désastreuse. Achaz, son fils, fréquenta lui-même ces hauts-lieux et alla jusqu’à immoler son propre enfant en invoquant les idoles (2 Rois 16:3). Pendant ce temps, le royaume de Samarie, installé dans les révolutions de palais et dans l’idolâtrie, courtisait les puissants rois d’Assyrie… Et Achaz fit de même, jusqu’à se rendre à Damas conquise par le grand roi Tiglath-Piléser III (745-727), bâtisseur de l’empire assyrien. Ce roi de Juda trouva bien à son goût l’aménagement d’un temple d’idoles et, en vue de le reproduire, commanda des transformations profondes du temple de l’Éternel à Jérusalem… Nous devrions parler de destruction !
 
Michée eût connaissance du désastre de Samarie, lorsque les dix tribus perdirent leur royaume et qu’un très grand nombre partirent en exil aux confins de l’Assyrie et de la Médie pour être ensuite disséminés, comme le disait Osée, dans "les vastes espaces de la terre" (Osée 4:16, 2 Rois 17:6). C’était au temps où un sursaut bien heureux se produisit à Jérusalem, l’avènement du roi Ézéchias et avec lui un temps de réveil spirituel. Mais aussi un temps d’épreuves bien grandes ; en effet, le roi d’Assyrie, poursuivant son expansion, tentait d’atteindre l’Égypte. Ainsi, les armées devaient parcourir la bande côtière qui menait de l’Euphrate au Nil, et traverser le Bas-Pays de Juda. Lakish, ville fortifiée au cœur de la région fut assiégée et prise par Sennachérib (2 Rois 18:13). De là, ce monarque envoya des émissaires à Ézéchias pour le narguer et le menacer, mais celui-ci tint bon, dans la foi.
 
Mais, avant tout, c’est l’état moral de la société judéenne qui heurta le prophète dès le commencement de son ministère. Et nous pouvons penser que c’est cela qui le fit se lever et avertir ses proches, tant il était convaincu que cet état conduisait à un avenir désastreux. Il était assuré que, dans un temps aussi troublé, un temps de conquête et de fondation d’empire, seul une protection particulière pouvait mettre le petit pays d’Israël à l’abri des puissants de ce monde. Qu’en serait-il si le Seigneur Dieu ne les protégeait ? Et que deviendrait ce pays si, dans son délabrement moral, il se privait ainsi de la protection de l’Éternel ? A un moment dans sa vie, jeune assurément, il se lève et crie à ceux de sa bourgade, aux gens de sa région, au Bas-Pays de Juda…
 
Nous ne pouvons dire si Michée connût lui-même sa contrée ravagée par les armées assyriennes. Mais il le pressentit et avertit avec force son peuple. "Je me lamenterai, je hurlerai, j’irai déchaussé et nu, je ferai entendre des lamentations", s’écrie-t-il (1:8-16). Car se peut-il qu’un peuple se détourne de sa vocation propre sans perdre son identité et sa paix ? De cela le prophète était pénétré au plus profond de son âme.


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Michée 1:2 Le déclin moral, plaie incurable


 

LE DECLIN MORAL, PLAIE INCURABLE
Michée 1 à 3

La dissolution morale et politique constatée à Samarie est un avertissement pour tout Juda. Le prophète annonce une grande désolation, un grand malheur, et même la déportation de Juda, après celle de Samarie. Et même , le Bas-Pays de Juda sera envahi par les armées assyriennes alors qu’elles épargneront. Le prophète ressent les dangers, il pressent le désastre et pleure sur son peuple, et sur les villes de sa région.
 
Mais un jour, affirme-t-il, le Seigneur rassemblera les fils d’Israël pour qu’ils jouissent pleinement de la bénédiction sous la conduite du roi qui doit venir. Avant cela, face à un mal incurable, Dieu doit intervenir.

 
LE CRI DU PROPHETE
1:2-16

La douleur viendra, car la plaie est incurable ! Le message du prophète prend d’emblée des accents tragiques. Suffit-il de dire "Cela ne va pas si mal, faisons quelques célébrations à l’Éternel afin que la douleur ne nous atteigne pas !" Michée doit répondre à une telle illusion ; ayant conscience d’être face à l’Éternel, il se devait de parler vrai…
 
Le prophète souligne les méfaits du peuple, de "tout Jacob", puis se tourne vers sa propre région. Il veut toucher la conscience de ses auditeurs ; il parle du mal moral, notamment du mépris du faible qui se manifeste, ce qui est tout à l’opposé de la pensée de Dieu, "car l'Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant, et terrible, qui ne fait point acception de personnes, et qui ne prend pas de présents ; qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, et qui aime l'étranger pour lui donner le pain et le vêtement." (Deutéronome 10:17-18).
 
Et quand des voix s’élèvent contre sa parole, Michée rappelle les bienfaits du Seigneur pour son peuple, et les paroles qui lui furent adressées pour son bien. Il enjoint les fidèles à se tenir loin du mal, dans la confiance en la puissance du Dieu de miséricorde.


Annonce de désastres - 1:2-9

"L’Éternel sorte de son lieu", dit le prophète ; il sort d’au-delà des "cieux des cieux", comme nous le lisons dans la scène de la dédicace du Temple.
1 Rois 8:27 : "Mais Dieu habitera-t-il vraiment sur la terre ? Voici, les cieux, et les cieux des cieux, ne peuvent te contenir ; combien moins cette maison que j'ai bâtie !" Les cieux, l’atmosphère qui nous entoure, sont enveloppés des "cieux des cieux", l’étendue du monde visible jusqu’en ses confins, c’est le firmament, cette large sphère englobant toute la création. Dieu ne peut habiter ce monde qui ne peut le contenir, ainsi les hébreux disent de l’Éternel que "les cieux des cieux ne peuvent le contenir." C'est pourquoi Paul parle du "troisième ciel", au-delà du monde crée, en 1 Corinthiens 12:2.
Et il voit… Il est témoin de ce qui se produit sur cette terre qu’il donna aux fils d’Israël ! Il parle à la population autour du lui, au Bas-Pays de Judée, évoquant la situation de Samarie, un mal qui guette tout Israël. En effet, peut-on penser que le Seigneur Dieu soit aveugle, ignorant des abominations qui se passent sur la terre ? Certes l’homme, l’humanité, est libre et responsable, le prophète ne manquera pas de le rappeler, mais il doit porter les conséquences de ses actes : "Puisqu’ils ont semé le vent, ils moissonneront la tempête" (Osée 8:7). Alors Michée les avertit : "l’Éternel sort de son lieu…" (1:3).

2 Écoutez, vous tous, peuples ! Prête attention, terre, et tout ce qui est en toi. Que le Seigneur, l’Éternel, soit témoin contre vous, le Seigneur, du palais de sa sainteté ! 3 Car voici, l’Éternel sort de son lieu ; il descendra, il marchera sur les lieux hauts de la terre ; 4 sous lui les montagnes se fondront et les vallées s’entrouvriront comme la cire devant le feu, comme les eaux dévalant une pente.

"Comme la cire devant le feu, comme les eaux dévalant une pente…" Un courant irrépressible, une dévastation qui ne connaît pas de parade !

5 Tout cela à cause de la transgression de Jacob, à cause des péchés de la maison d’Israël ! Quelle est la transgression de Jacob ? N’est-ce pas Samarie ? Quels sont les hauts lieux de Juda ? N’est-ce pas Jérusalem ?

"La transgression de Jacob !" Dieu peut-il distinguer les deux royaumes ? Ne sont-ils pas tous fils de Jacob ?
 
Le prophète souligne ces deux foyers de transgression que sont les capitales des deux royaumes. Tout "Jacob" est concerné, le prophète choisissant ici le nom de Jacob plutôt qu’Israël, nom que Dieu donna à Jacob en relation avec la Promesse (Genèse 35:9-13), pour mettre en évidence le peu de prix qu’a la promesse pour le peuple en ce temps-là. Là est toute la question pour le jeune prophète et ce qui détermina son engagement dans sa mission si difficile.
 
Faut-il détailler ces maux qui touchèrent Samarie et Jérusalem ? Osée en avait déjà parlé (Osée 6:10). Le royaume du nord n’eût de cesse de s’écarter toujours d’avantage de la Loi de l’Éternel, dans l’imitation des nations d’alentour, et le prophète souligne l’iniquité dans les rapports entre les hommes, avant de blâmer l’idolâtrie qui endormait les consciences (1 Rois 12:28, 14:16, 16:24-26,31-33, 2 Rois 10:29,31).
 
Et que dire des lieux de célébrations idolâtres de Juda, "les hauts lieux", ceux que ne brisa pas Jotam, roi de Juda (2 Rois 15:17-18,35), roi fidèle cependant, et que renforça son fils Achaz, lequel fit transformer le temple de Jérusalem à l’image d’un temps idolâtre de Damas et alla jusqu’à offrir en sacrifice un de ses fils  (2 Rois 16:3,4, 10-18) ! Tous ces faits, Michée les connaît…

6 Je ferai de Samarie un monceau dans les champs pour y planter de la vigne, je précipitrai ses pierres dans la vallée et je découvrirai ses fondements ; 7 toutes ses images taillées seront mises en pièces, tous ses présents de prostitution seront brûlés au feu et je démolirai toutes ses idoles ; car c’est avec un présent de prostituée qu’elle les a rassemblées, et elles redeviendront un présent de prostituée.

"Un présent de prostituée !" Michée fait écho à la parole d’Osée. Le sait-il lui-même ? Nous ne pouvons l’affirmer, mais le fait est là, Osée, envoyé à Samarie, était envoyé vers "une femme prostituée" (Osée 1:2). Ces réalités ne peuvent échapper à Michée : ni la déchéance complète de Samarie, ni les hauts lieux qui subsistent à Jérusalem, ni les abominations du roi Achaz imitateur servile des nations idolâtres… Tel est le temps du prophète !
 
Michée a-t-il entendu la parole d’Osée : "Éphraïm sera dans la désolation au jour du châtiment ; Je fais connaître aux tribus d'Israël une chose certaine. Les princes de Juda sont comme ceux qui reculent les bornes : je répandrai sur eux ma fureur comme un torrent" (Osée 5:9-10) ? Nous pouvons le penser, sans affirmer toutefois. Quoiqu’il en soit il s’avance, il clame avec force sa douleur à la perspective de la ruine qui s’annonce.

8 C’est pourquoi je me lamenterai, je hurlerai, j’irai déchaussé et nu, je ferai entendre des lamentations comme le chacal et des gémissements comme les autruches. 9 Car sa plaie est incurable, elle s’étend jusqu’à Juda, elle atteint jusqu’à la porte de mon peuple, jusqu’à Jérusalem.

"Sa plaie est incurable…" La plaie de Samarie s’étend en Juda, elle atteint Jérusalem, ce que d’ailleurs pressentit Osée, lorsqu’il disait : "Si tu te prostitues, ô Israël, que Juda ne se rende pas coupable !" (Osée 4:15). Nous pouvons bien penser que de telles paroles sont comme un prologue à un tel ministère ! Le jeune homme pressent ce qui adviendra à son peuple, il réalise en lui-même ce que peut apporter une plaie à ce point incurable, et c’est un cri de détresse qu’il clame, telle une sentinelle établie par l’Éternel. Mais, est-ce le tout du croyant, de l’homme de foi, de se lamenter, de se jeter dans la poussière et le deuil ? Il exprimera dans la suite du livre ce qui le fait vivre, où il trouve de la joie et comment il maintiendra les principes de la loi, une relation vraie avec Dieu, au sein d’un peuple qui s’en est écarté si gravement.


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Michée 1:10 Complainte sur les villes du bas-pays de Juda


 

Complainte sur les villes du Bas-Pays de Judée - 1:10-16

Le désastre n’est-il que pour Samarie et Jérusalem ? La cause des douleurs n’est-elle que parmi les grands, dans les capitales ? Hélas, cela touche le peuple tout entier, et aussi les proches de l’homme de Dieu, au Bas-Pays de Judée. Saisi par la pensée de Dieu et l’attachement aux promesses, le prophète s’engage dans la tâche si difficile d’être prophète en son propre pays.
Marc 6:4 : Un prophète n'est pas sans honneur, si ce n'est dans son pays et parmi ses parents et dans sa maison.
Nous lisons qu’il ne parle pas dans le but que ses auditeurs pointent du doigt le mal qui se fait ailleurs, à Jérusalem et à Samarie, mais pour que chacun examine sa propre vie. Si le temps est difficile, si les perspectives sont vraiment dramatiques, ce n’est pas le temps de pleurer sur cet avenir bien sombre, mais plutôt de mener deuil… Et ne pas se lamenter à la vue des étrangers, se plaindre devant les Philistins de Gath, car ceux-ci pourraient se réjouir, comme le dit David, en son temps, lors de la mort de Saül : "Ne le racontez pas dans Gath, n'en portez pas la nouvelle dans les rues d'Askalon ; de peur que les filles des Philistins ne se réjouissent…" (2 Samuel 1:20).
Gath est un infinitif du verbe "nagad", qui signifie "annoncer". Le prophète pouvant avoir eu l’idée d’introduire une forme de jeu de mots.
10a  Ne l’annoncez pas dans Gath, ne versez point de pleurs !

Et le prophète de citer les bourgades et les villes de Basse-Judée pour engager leurs habitants à reconnaître leur propre état.

10b Dans Beth-Leaphra, je me roule dans la poussière. 111 Passe outre, toi, habitante de Shaphir, ta nudité découverte ! L’habitante de Tsaanân n’ose sortir, la lamentation de Beth-Haëtsel vous prive de son appui. 12 L’habitante de Maroth s’attendait au bien, mais le malheur est descendu, venant de l’Éternel jusqu’à la porte de Jérusalem. 13 Attache le char au coursier, habitante de Lakish : tu as été pour la fille de Sion les prémices du péché, car en toi ont été trouvées les transgressions d’Israël. 14 C’est pourquoi tu donneras des présents à Morésheth-Gath, les maisons d’Aczib seront un mensonge pour les rois d’Israël. 15 À toi j’amènerai un nouveau conquérant, habitante de Marésha ; la gloire d’Israël s’en ira jusqu’à Adullam.
 
10b Rase-toi, coupe ta chevelure à cause des fils de tes délices ; élargis ta tonsure, comme le vautour, car ils s’en vont en exil loin de toi.

Le prophète énonce ces villes, jouant sur les noms mêmes de ces localités, soulignant le malheur qui attend sa région de Basse-Judée.
Beth-Leaphra, maison de poussière ; Shaphir, beauté ; Tsaanân, sortie ; Beth-Haëtsel, maison du voisinage ou du séjour ; Maroth, amertume ; Lakish, invincible ; Morésheth-Gath, conquête annoncée ; Aczib, déception ; Marésha, sommet d’une colline ; Adullam, justice du peuple.
Ainsi lisons-nous notamment : "Dans Beth-Leaphra, je me roule dans la poussière", autrement dit "dans la maison de la poussière, je me roule dans la poussière"… Au cœur du discours, le prophète évoque le vent de guerre qui ne manquera pas de troubler le pays, et qui pressera ce Bas-Pays de Juda.
 
Lakish, la ville fortifiée au cœur de cette contrée, peut se préparer, atteler ses chevaux, apprêter ses chars de guerre, car des armées sont en mouvement, venant du nord, de l’Assyrie… Et le prophète clame à l’adresse de la ville : "tu as été pour la fille de Sion les prémices du péché". Parlant de cette ville où pouvait se manifester une confiance en ses murailles plutôt qu’en l’Éternel, le prophète souligne la mentalité qui s’y est développée, combien sa population a pris les devants dans ce chemin de profanation. La "fille de Sion", l’héritière des promesses, le reste d’Israël animé par la foi en l’Éternel, a vu se manifester ses abandons, constatant qu’elle était les prémices d’un mal qui allait atteindre le pays tout entier.
Fille de Sion : généralement, le peuple attaché à Sion, expression des promesses de Dieu à Israël – ici et en 4:8,10,13, 5:1, 7:6 – selon que nous lisons : "Et moi, j'ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté" (Psaume 2:6 et aussi 2 Rois 19:31). Certes, pour la compréhension de cette expression, le contexte doit être pris en compte chaque fois qu’elle est rencontrée. Nous la trouvons notamment lorsque les habitants de Jérusalem sont menacés (Ésaïe 37:22), dans les complaintes de Jérémie (Jérémie 4:31, Lamentations 1:6, 2:1…) et à l’adresse de ceux de l’exil qui se préparent à quitter Babylone pour s’en aller rebâtir le Temple à Jérusalem (Ésaïe 52:2). Nous trouvons l’expression encore dans les paroles d’espérance des prophètes anticipant le règne de paix du Messie d’Israël (Sophonie 3:14, Zacharie 2:10, 9:9). La montagne de Sion est ainsi devenue le signe de la paix à venir, et le lieu symbolique où accède la foi (Hébreux 12:22). Nous pouvons mettre en parallèle l’expression "héritiers de la promesse" (Hébreux 6:17, Galates 3:29 et 4:28).
Le prophète se tourne encore vers les autres bourgades, pour fixer son regard enfin sur Marécha, "sommet de la colline", bourgade qui sera privée de gloire et Adullam, "justice du peuple", proche de la caverne où le jeune David trouva refuge dans sa fuite de devant le roi Saül (1 Samuel 22:1). Peut-être pour souligner que ce n’est que justice que la gloire s’en soit allée… Et d’évoquer alors l’inévitable exil d’un peuple qui méprisa les dons de l’Éternel. L’annonce d’un grand malheur !


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Michée 2:1 La transgression de Jacob


 

LA TRANSGRESSION DE JACOB
2:1-16

Ce n’est pas le tout de proclamer un désastre, il faut encore en expliquer les causes, ouvrir les yeux du peuple et de ses dirigeants sur leur propre état. Le Seigneur Dieu est témoin, mais les consciences émoussées doivent être éveillées, rendues conscientes de leur propre état. Et ce désastre en vue, loin de réjouir, car ce serait indigne d’un homme de Dieu, produit une réelle souffrance. Le prophète pousse un véritable cri de douleur…


L’ignominie ne s’éloignera pas - 2:1-6

Michée se tourne vers les grands, les puissants, ceux qui accumulent les biens de la terre, ceux qui dans la folie de leur puissance oppriment leurs prochains pour accumuler plus de richesse, plus de jouissance… Des réalités bien communes en ce monde, et à propos desquelles nous trouvons ici la pensée du Créateur.

2  1 Quel malheur pour ceux qui méditent la vanité et qui préparent le mal sur leurs lits ! Dès l’aube ils passent à l’exécution parce que c’est au pouvoir de leur main. 2 Et ils convoitent des champs et les ravissent, et des maisons et s’en emparent. Ils oppriment le citoyen et sa maison, l’homme et son héritage.

"Malheur à ceux qui méditent la vanité et qui préparent le mal sur leurs lits !" Quelle vie que celle-là ! N’avoir cesse de posséder, de dominer, et, durant les veilles de la nuit, préparer les mauvaises œuvres du matin ! Quelle différence d’avec le croyant fidèle qui se tourne vers le Seigneur pour lui dire : "Éternel ! Le matin, tu entendras ma voix ; le matin, je disposerai ma prière devant toi, et j'attendrai" (Psaume 5:3). Et s’agit-il ici de questions doctrinales, ou de services religieux ? Rien de cela ! Il est exclusivement question de rapports sociaux, de motifs de vie, de moralité… et de l’iniquité qui tend à prévaloir en Juda !

3  C’est pourquoi, ainsi dit l’Éternel : "Voici, je médite contre cette famille un mal d’où vous ne pourrez pas retirer vos cous ; et vous ne marcherez pas la tête haute car c’est le temps du malheur."

Suit alors un commentaire du prophète :

4 En ce jour-là, on vous prendra pour proverbe, et on entonnera une douloureuse lamentation ; on dira : "Nous sommes entièrement détruits ; il a changé la portion de mon peuple ! Comment ! Il me la retire ! Au rebelle il a partagé nos champs." 4 C’est pourquoi tu n’auras personne qui tende le cordeau pour faire un lot dans la congrégation de l’Éternel.

Quel avenir pour eux ! Plus de part dans présence de Dieu, nulle espérance pour ceux qui méprisent les promesses. Ce que le prophète décrit ici n’est autre que la société humaine considérée dans ce regard au peuple choisi de Dieu (Deutéronome 7:6-7) ; le peuple béni, auquel l’Éternel a donné la Loi, s’est trouvé tel les nations, sans crainte de Dieu, sans conscience de ce que le Créateur attend de l’homme pourtant créé "à son image" (Genèse 1:26-27) !

6 "Ne prophétisez point !" prophétisent-ils. S’ils ne prophétisent pas à ceux-ci, l’ignominie ne s’éloignera pas.

Telle est la réponse de ceux qui ne veulent entendre !
Actes 28:26-27 : En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n'apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s'est épaissi et ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu'ils ne voient des yeux, et qu'ils n'entendent des oreilles et qu'ils ne comprennent du cœur, et qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
Le prophète pourrait-il se taire ? Ne doit-il pas poursuivre, avertir encore et encore pour que soit suscitée une réflexion, et un retour sur soi de quelques uns ? Non qu’il puisse croire changer le cours des choses, car "la plaie est incurable" (1:9), mais il se trouve des fidèles qu’il se doit d’encourager dans leur marche à contre-courant, ici et maintenant, et en vue des désastres inévitables.


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Michée 2:7 Paroles aux fidèles


 

Paroles aux fidèles - 2:7-13

Le prophète poursuit… Remarquons cette appellation "toi qui est appelée…" ! Qu’ont-ils fait de cet héritage ? Remarquons la question posée : "Mes paroles ne font-elles pas du bien…" ? A qui font-elles du bien ? Voilà la question à laquelle chacun doit répondre pour soi-même.

7 Toi qui es appelée la maison de Jacob : l’Éternel est-il impatient ? Sont-ce là ses actes ? Mes paroles ne font-elles pas du bien à celui qui marche avec droiture ?
 
8 Hier encore mon peuple s’est levé comme un ennemi : vous enlevez le manteau avec la tunique à ceux qui passent en sécurité, ceux qui se détournent de la guerre ; 9 vous avez chassé les femmes de mon peuple des maisons de leurs délices ; de dessus leurs enfants, vous avez ôté ma magnificence, pour toujours.

La question est posée, mais les faits apportent la réponse, comme l’évoque le Psalmiste : "Je veux la paix ; mais si j'en parle, ils sont, eux, pour la guerre" (Psaume 120:7). Voyons comment le prophète le décrit. Un monde dur, une société implacable, telle qu’aujourd’hui. Autour de Michée déjà, le peuple souffrait de l’iniquité des puissants. "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Écclésiaste 1:9).
Romains 8:20-21 : Car la création a été assujettie à la vanité (non de sa volonté, mais à cause de celui qui l’a assujettie), dans l’espérance que la création elle-même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
La parole de Dieu "a fait la gaieté et la joie de mon cœur" dira Jérémie des années plus tard (Jérémie 15:16). Au temps de Michée déjà, elle est méprisée, oubliée… Alors le prophète crie à ceux qui l’écoutent :

10 Levez-vous et allez-vous-en ! car ce n’est pas ici un lieu de repos, à cause de la souillure qui amène la ruine : la ruine est terrible ! 11 S’il y a un homme qui marche selon le vent et le mensonge, qui mente, disant "Je te prophétiserai au sujet du vin et de la boisson forte !", il sera le prophète de ce peuple.

Il n’y a plus de remède. Le mal ronge, et même se déploie, "incurable" (1:9). Il est bien vrai que ce n’est pas, pour le fidèle, un lieu de repos ! Que dire à une telle parole ? Faut-il s’arrêter, rester au bord de la route ? Pensons-nous que le Seigneur ne voie ces choses mieux même que le prophète (Jérémie 7:16-17) ? A cela le prophète avait déjà répondu, et c’est même ce constat qui au temps de sa jeunesse le fit se lever pour avertir, rempli de la pensée de Dieu : "Que le Seigneur, l’Éternel, soit témoin contre vous, le Seigneur, du palais de sa sainteté !" (1:2). Asaph, un homme de Dieu, fit une expérience douloureuse ; il en écrivit un psaume, disant : "Pour moi, pour un peu mes pieds allaient s’écarter du chemin, il s’en est fallu d’un rien que me pas de glissent, car j’étais jaloux de ceux qui font les fiers, en voyant la prospérité des méchants…" ; mais il ajouta, son esprit étant nourri par la parole de Dieu : "J’ai donc réfléchi pour comprendre cela ; ce fut un travail pénible à mes yeux, alors j’ai compris leur avenir…" (Psaume 73:2-3,16-17).
 
L’arrogance, la folie, nous la voyons dans cette légèreté coupable, l’homme se choisissant des prophètes selon son cœur… Mais cela sera-t-il toujours ainsi ? N’y a-t-il pas une fin au cours de l’iniquité ? "Ce n’est pas un lieu de repos !" (2:10).
Apocalypse 18:4 : Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies.
Que dire au fidèle appelé à poursuivre sa course à contre-courant ? Où trouvera-t-il un apaisement en son âme ? N’est pas en Celui qui est fidèle à ses promesses ?
Matthieu 11:28 : Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos.
Dans des temps troublés, il trouvera cette paix du cœur, comme le psalmiste qui, de sa réflexion sur la réussite et l’arrogance des puissants, conclut : "Mais, pour moi, m'approcher de Dieu est mon bien ; j'ai mis ma confiance dans le Seigneur, l'Éternel, pour raconter tous tes faits" (Psaume 73:28). Et le prophète reformule, une nouvelle fois, cette promesse inconditionnelle de Dieu, évoquant Celui qui sera à la tête, conduisant le reste fidèle d’Israël :

12 Je te rassemblerai certainement, Jacob, toi, tout entier ; je réunirai certainement le résidu d’Israël ; je les mettrai ensemble comme le menu bétail dans la bergerie, comme un troupeau au milieu de son pâturage. Il y aura une foule bruyante d’hommes. 13 Celui qui ouvre la brèche est monté devant eux ; ils ont ouvert la brèche, passent par la porte et sortent ; leur roi passe devant eux et l’Éternel est à leur tête.

"Celui qui fait la brèche est monté devant eux", devant le "résidu d’Israël", ceux des fils d’Israël qui seront attachés à l’Éternel, confiants dans ses promesses… Qui dont les conduira lors du rétablissement, sinon le Roi, le Fils de David, le Messie d’Israël ?
Jean 10:3-4,9 : À celui-ci le portier ouvre ; et les brebis écoutent sa voix ; et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors. Et quand il a mis dehors toutes ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix … Moi, je suis la porte !
Au nord du pays, le prophète Osée tenait des propos semblables, évoquant l’exil et le travail d’âme qui fera se lever un "reste d’Israël" attaché aux promesses : "Je la mènerai au désert, et je lui parlerai au cœur ; et de là je lui donnerai ses vignes, et la vallée d'Acor pour une porte d'espérance…" (Osée 2:14-15). Et le poète dira : "Qui est celle-ci qui monte du désert, s'appuyant sur son bien-aimé ? - Je t'ai réveillée sous le pommier : là ta mère t'a enfantée dans les douleurs, là celle qui t'a enfantée a été en travail." (Cantique 8:5).
 
Le livre se poursuit. Pourquoi la société judéenne n’est-elle pas un lieu de repos ? Est-ce faute de célébrations religieuses ? Est-ce pour cause d’idolâtrie ? Le prophète trace le cheminement des dérives qui conduisent à la désolation de tout un peuple.


La lecture des prophètes se retrouve au site "Que dit l'Evangile ?",
complétée de textes introductifs et de notices historiques.
Il s'y trouve un lien intéractif aux références bibliques.
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