11/02/2011

Habacuc 1:1 La souffrance ce l'homme de Dieu


 

Livre des "Petits Prophètes"
Le Prophète Habacuc

Le juste vivra par sa foi. 
Habacuc 2:4

L’imminence de la ruine sous les coups de Babylone indique qu’Habacuc aurait parlé vers la fin du règne de Josias (640-609), ou tout au plus dans les toutes premières années de Joïaqim (609-597). Sous Josias, le peuple de Juda venait de connaître des événements extraordinaires. Le dernier roi de Juda qui fut fidèle à son Dieu, fit rouvrir le temple, ce qui en dit long sur l’état du peuple, conduit dans l’égarement son grand père et son père, les rois Manassé (697-642) et Amon (642-640) ; et lors des travaux de restauration du temple, on découvrit le rouleau de la Loi ! Célébrations, retour de prêtres et de lévites, renouvellement de l’alliance…
 
Mais il ne faut pas se leurrer. Un tel mouvement, si beau et sincère soit-il de la part de l’autorité, ne change pas en profondeur une population. Chacun se doit de participer à la célébration, mais tous peuvent-ils se trouver d’emblée à changer de cap, vivre une nouvelle vie ?
 
Sophonie le prophète, quelques années avant Habacuc, s’est trouvé à côté de Josias pour l’assister de ses conseils ; il est lui de sang royal et avait son entrée à la cour du roi, et si Jérémie, à cette époque, faisait ses premiers pas dans son chemin, si long, de prophète, il n’était alors qu’un jeune homme méditant sur le chemin qui le menait d’Anatoth, où il habitait, à Jérusalem où il aurait dû officier comme prêtre. Il fera une carrière exceptionnelle, mais sans crédibilité encore vu son jeune âge. L’Éternel avait ses serviteurs, et l’un d’eux va parler avec force à son peuple.

1  1 Oracle. Ce qu’Habacuc, le prophète, a vu.

Quand Habacuc se leva pour parler de la part de l’Éternel, le tableau est donc celui d’une population qui avait vécu un certain réveil, qui avait reçu une nouvelle occasion de se ressaisir, de retrouver la fraîcheur des premiers pas dans l’alliance. Et nous lisons que ces circonstances n’ont pas été véritablement saisies. Habacuc "voit" le désastre s’abattre sur ce qui reste du peuple choisi par Dieu.
 
A l’étranger, une nation croît en puissance et en ambitions, Babylone étend son empire. Aussi le prophète "voit" cette puissance, les Chaldéens, s’abattre sur la petite nation qui ne devait sa sauvegarde qu’à la protection divine, la puissance de l’Éternel. Or, Juda même, nonobstant la fidélité de son roi, avait en fait déjà rompu l’alliance ; et ce ne sont pas des questions de pratiques religieuses qui l’attestent – le temple n’est-il pas fréquenté depuis que Josias l’a fait rouvrir ! – mais des questions morales, les rapports entre les hommes ; l’iniquité et l’oppression avaient pour ainsi dire libre cours en Juda !
 
Le livre du prophète Habacuc présente trois volets.
Le prophète voit l’état moral de son peuple, le reste d’Israël, et pressent pour lui une fin aussi radicale que l’exil des dix tribus du nord, intervenu un siècle et demi plus tôt. Il voit la puissance babylonienne et ses appétits territoriaux, et s’attend au pire pour Juda, l’infidèle. Il crie à Dieu, en appelle à Lui, mais reçoit la confirmation de la ruine à venir.
Alors le prophète pense à la vie des fidèles qui connaîtront la désolation, la ruine de Juda et l’exil. Il proclame alors sa foi dans cette parole lapidaire, mais tellement forte : "Le juste vivra de sa foi".
Pour terminer, Habacuc fait une complainte, un psaume exprimant la douleur ; mais ce psaume se termine sur une expression de confiance illustrant la vie du juste, marquée par la foi en l’Éternel.

 

 
LES APPELS A L'ETERNEL
1:2 - 2:20

 
La souffrance de l’homme de Dieu - 1:2-11

La parole d’Habacuc commence par un appel pressant à l’Éternel. Il crie à Dieu, lui dit ce qu’il voit, lui, et ce que Dieu voit aussi… Et il demande à Dieu pourquoi ! Et nous pouvons bien penser aux nombreux "pourquoi" s’adressant ainsi à Dieu chaque jour. Ce que vit le prophète est d’une tragique actualité…

2 Jusques à quand, Éternel, appellerai-je au secours sans que tu m’entendes ? Je crie à toi "Violence !", et tu ne sauves pas. 3 Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité, et contemples-tu l’oppression ? La dévastation et la violence sont devant moi, il y a contestation et 4 C’est pourquoi la loi reste impuissante et l’équité ne s’impose jamais, parce que le méchant assaille le juste ; c’est pour cela que le jugement sort perverti.

"Je crie à toi "Violence !", et tu ne sauves pas." On peut être saisi du cri du prophète face à l’iniquité qui prévalait en Juda. Serait-ce au temps de Josias que la justice était ainsi bafouée et que l’iniquité prévalait ? Nous pouvons le comprendre à la lecture des premières pages de Jérémie : le relèvement religieux n’était que le fait du roi, même s’il fut suivi avec zèle par nombre de Judéens ; mais la population était marquée par le demi-siècle d’iniquité des règnes de Manassé et d’Amôn…
 
Le prophète est saisi d’une terrible conviction ; et force était de constater qu’elle lui vint de Dieu. Si l’Assyrien si cruel avait perdu sa puissance d’antan, le souvenir demeure des appétits territoriaux des grandes nations. Au temps d’Habacuc, les Chaldéens développent leur puissance d’une façon extraordinaire. Babylone, leur capitale, est à la tête d’un empire en formation qui ne manquera pas d’étendre son hégémonie sur la terre d’Israël ; l’asservissement est incontournable.

5 Voyez parmi les nations, regardez et soyez stupéfaits ; car je ferai en vos jours une œuvre que vous ne croirez pas, si elle vous était racontée. 6 Voici, je suscite les Chaldéens, ce peuple cruel et impétueux qui traverse de larges pays pour prendre possession de demeures qui ne lui appartiennent pas. 7 Il est formidable et redoutable ; il impose lui-même son droit et sa suprématie. 8 Ses chevaux sont plus rapides que les léopards, plus mordants que les loups du soir. Ses chars se déploient, ses cavaliers viennent de loin, ils volent comme l’aigle qui se fond sur sa proie. 9 Tous ensemble, ils viennent pour la violence, le visage tournés vers l’avant ; ils amassent des captifs comme du sable. 10 Lui, il se moque des rois, et les princes lui sont une risée. Il se rit de toutes forteresses, il amoncelle de la terre, et il la prend.

Une grande puissance s’est manifestée, le monarque se constitue un empire ; ses soldats, fiers de sa grandeur, avancent résolument ne faisant guère cas de leur vie, se consacrant dans les souffrances de la guerre à la gloire de leur héros. Mais quel est, en ce monde, l’empire, qui peut se maintenir dans la grandeur sans sombrer dans la corruption  et les abus de pouvoir ?

11 Alors il changera d’esprit et ira au-delà, il péchera : la puissance qu’il a deviendra son dieu !

La puissance devient une fin en soi, elle enivre, elle concentre toute l’énergie, plus rien ne peut s’opposer… Nous trouvons cette réalité décrite au livre de Daniel à propos de Nabuchodonosor, ce prince chaldéen, roi de Babylone : "Le roi prit la parole et dit : N'est-ce pas ici Babylone la grande, que j'ai bâtie pour être la maison de mon royaume, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ?" (Daniel 4:30).


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Habacuc 1:12 "Le juste vivra par sa foi"


 

"Le juste vivra par sa foi" - 1:12-2:4

Sur ces mots, le prophète reprend la parole car, en effet, celui qui peut être envisagé comme l’agent de Dieu face à un peuple rebelle est-il plus juste que ceux qu’il asservit ? La réponse est évidente : il ne l’est pas. Alors vient un argument majeur dans la bouche d’Habacuc : "tu ne peux contempler l’oppression" ! Et il pose alors cette question : "Pourquoi gardes-tu le silence ?" Cette question est celle de tous les peuples souffrants, alors comme aujourd’hui, et la réponse ne vient pas… Est-ce pour autant qu’il n’y aurait pas de réponse, que Dieu n’est pas au fait de cette cruauté et de l’iniquité ?

12 Mais toi, n’es-tu pas de toute ancienneté, Éternel, mon Dieu, mon Saint ? Tu ne meurs pas ! Éternel, tu l’as établi pour le jugement ; mon Rocher, tu l’as institué pour châtier. 13 Tes yeux sont trop purs pour voir le mal, et tu ne peux contempler l’oppression. Pourquoi donc contemples-tu ceux qui agissent perfidement, et gardes-tu le silence quand le méchant engloutit celui qui est plus juste que lui ? 14 Tu traites les hommes comme les poissons de la mer, comme la bête rampante qui n’a personne qui la gouverne. 15 Tous, il les enlève à l’hameçon, il les tire dans son filet, il les rassemble dans sa nasse. Alors, il se réjouit, il est dans l’éllégresse. 16 Alors, il offre un sacrifice à son filet, de l’encens à sa nasse, car par eux sa part est grasse et sa nourriture succulente. 17 Alors, va-t-il vider son filet, et massacrer des nations constamment, sans épargner personne ?

La description est forte. Le prophète "voit" la satisfaction de l’envahisseur, il voit l’adoration qu’il porte à son propre pouvoir, "offrant un sacrifice à son filet…" Comment Habacuc pourrait-il voir sans frémir, sans souffrir, la satisfaction dont jouit le monarque à la vue de l’écrasement de Juda ? Alors, étant sans réponse immédiate, il se pose en guetteur pour attendre une parole de l’Éternel. Y a-t-il encore un espoir de vie pour Israël ?

2  1 Je vais me placer à mon poste de garde, je vais me tenir sur le rempart ; je vais guetter pour voir ce qu’il me dira, et ce que je répondrai quand il contestera avec moi.

La question qui le tourmente atteste de son attachement à son peuple et aux promesses de Dieu. Le Seigneur peut-il voir prospérer ce monarque et ses armées puissantes qui ravagent les nations conquises, et en particulier son propre peuple ? La réponse lui vient, car le Seigneur honore celui qui s’attend à lui. Et cette réponse est de toute importance.

2 L’Éternel me répondit : Écris la vision, grave-la sur des tablettes afin qu’on puisse la lire couramment. 3 Car la vision est encore pour un temps déterminé, elle parle de la fin, et elle ne mentira pas. Si elle tarde, attends-la, car elle se réalisera sûrement, elle ne sera pas différée. 4 Voici, son âme enflée d’orgueil, il n’est pas droit ; mais le juste vivra par sa foi.

Il faudra attendre encore bien des années avant que vienne le temps du rétablissement affirmé par les prophètes et rappelé par les disciples de Jésus (Actes 3:21) ; et nous savons qu’il n’est pas encore venu, étant annoncé encore plus tard, à la fin du premier siècle de notre ère, pour un temps encore à venir (Apocalypse 11:15). Mais alors, qu’est-ce qui fera vivre un homme qui s’attache aux promesses ? Comment cheminera-t-il en ce monde en sachant qu’il ne connaîtra pas lui-même le règne de paix à venir ? En vivant par sa foi, sa confiance en Dieu : "le juste vivra par sa foi".
 
C’est au moment où tout est en passe de s’écrouler que cette parole vient, et elle est fondamentale. Quand tout s’écroule, le juste pourrait penser ne pouvoir connaître la paix "sous sa vigne et sous son figuier" (Michée 4.4), mais cependant il vivra ! Comment ? Soutenu par la foi, par la confiance en Dieu, Celui qui ne change pas !
 
Cette parole prend tout son sens quand nous considérons les circonstances où elle fut prononcée, par Habacuc d’abord, et six siècles plus tard par les disciples de Jésus (Romains 1:17, Galates 3:11 et Hébreux 10:38). Pour Habacuc, le fidèle sera mêlé au monde, dans un environnement qui lui est moralement étranger. Le prophète voit les Israélites en exil, appelés à maintenir leur confiance en l’Éternel loin des heureuses fêtes que leurs ancêtres avaient vécu à Jérusalem, groupés au nom de l’Éternel. Pour ce qui concerne les disciples de Jésus, ils ont compris que le royaume n’est pas de ce monde ; ils savent qu’ils appartiennent à un royaume dont le chef est aux cieux, ce que Matthieu a retenu, lorsqu’il relatait les paroles du Messie à propos du "Royaume des cieux" !
 
Lorsque le Temple sera délaissé, après la mort de Josias, la masse délaissera le Temple ; sans beaucoup d’états d’âme nombre se tourneront à nouveau vers les idoles… La crainte de Dieu, la foi, ce ne sont pas des denrées dont se nourrissent les collectivités… Habacuc le dit à tous peu avant le grand désastre. Et ce n'est pas sans raison qu'il l'exprime au singulier : "Le juste vivra par sa foi", autrement dit "en tenant ferme". Et au cœur de l’exil, à Babylone, un prophète fera écho aux paroles d’Habacuc, disant de la part de l’Éternel : "Même si je les ai éloignés parmi les nations, si je les ai dispersés dans tous les pays, j’ai été pour eux un sanctuaire dans les pays où ils sont venus" (Ézéchiel 11:16). Ceux qui ont reçu comme une promesse ferme la parole d’Habacuc en éprouvaient la réalité.


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Habacuc 2:5 Qu'en sera-t-il des oppresseurs ?


 

Qu’en sera-t-il des oppresseurs ? - 2:5-20

Revenons à la question du guetteur (2:1). Celui-ci attend de savoir ce qui surviendra à l’oppresseur… La réponse vient, à propos de celui dont il a été dit "la puissance qu’il a deviendra son dieu !" (1:11) ; un constat universel touchant tous l’enivrement du pourvoir, qu’il soit économique, politique ou religieux, une dérive tout à l’opposé de ce que le Seigneur attend des hommes. Cet élargissement du propos, dépassant le cadre des princes de Babylone, est bien induit par le prophète lui-même, alors qu’il affirme que sa vision dépasse les circonstances proches, disant : "car la vision… parle de la fin" (2:3).

5 Assurément, le vin est perfide ; l’homme arrogant ne se tient pas tranquille, il élargit son gosier comme le shéol. Comme la mort, il est insatiable. Il attire auprès de lui toutes les nations, et rassemble auprès de lui tous les peuples. 6a Tous ceux-là ne vont-ils pas faire de lui un proverbe, un sujet d’énigme satirique ?

L’homme arrogant est insatiable. Mais dans sa folie il s’assujettit ceux qui deviendront ses ennemis, qui deviendront les agents de sa ruine. Aussi le prophète anticipe-t-il la complainte : "On dira…"… ; et passent devant lui ceux qui étendent abusivement leur pouvoir, qui pratiquent l’iniquité, qui se font construire des villes à leur gloire…

6b On dira :
 
6c Quel malheur pour celui qui accumule ce qui n’est pas à lui – Jusques à quand ? — et qui alourdit les dettes ! 7 Tes créanciers ne vont-ils pas soudain se lever ? Ceux qui te secoureront ne vont-ils pas s’éveiller ? Tu seras leur proie ! 8 Parce que tu as pillé beaucoup de nations, tout le reste des peuples te pillera, à cause du sang des hommes, à cause de la violence faite au pays, à la ville et à tous ceux qui y habitent.
 
9 Quel malheur pour celui qui se fait un profit inique pour sa maison, afin de placer haut son nid, pour échapper à la main du malheur ! 10 C’est la honte de ta maison que tu as décidée ; en abattant beaucoup de peuples, c’est contre toi-même que tu pèches. 11 Car de la muraille, la pierre crie, et de la charpente, le chevron répond !
 
12 Quel malheur pour celui qui bâtit une ville par le sang, qui fonde une cité par l’iniquité ! 13 N’est-ce pas de l’Éternel des armées que vient ceci : les peuples travaillent pour du feu, et que les peuplades s’épuisent pour rien ? 14 Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux recouvrent la mer.

"La terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel…" Au milieu de ces paroles de jugement, nous trouvons cette affirmation que Dieu établira sa gloire dans les jugements à l’encontre du mal…. Toutes ces œuvres grandioses, les empires qui attirent les regards, les monarques impressionnants… Tout cela sera éclipsé par la "connaissance de la gloire de l’Éternel". Suit en un réquisitoire l’expression des souffrances vers lesquelles se précipitent les nations cruelles, à savoir un terrible retour de flammes. Et quel recours auront-elles alors ? Que vaudront leurs idoles ?

15 Quel malheur pour celui qui fait boire son prochain — toi qui verses du poison et l’enivres – afin de regarder sa nudité ! 16 Tu t’es rassasié d’ignominie plutôt que de gloire ; bois, toi aussi, et découvre ton incirconcision ! La coupe de la droite de l’Éternel s’est tournée vers toi : il y aura un honteux vomissement sur ta gloire. 17 Car la violence faite au Liban t’étouffera, ce que tes troupeaux auront ravagé les terrifiera, à cause du sang des hommes, à cause de la violence faite au pays, à la ville et à tous ceux qui y habitent.
 
18 De quel profit est l’image taillée, pour que l’artisan la taille ? Une image de fonte qui enseigne le mensonge, pour que l’artisan qui la façonne mette sa confiance en elle, faisant ainsi des idoles muettes ? 19 Quel malheur pour celui qui dit à un morceau de bois : "Lève-toi !" ! Va-t-elle enseigner ? Elle est plaquée d’or et d’argent, mais, en elle, pas le moindre souffle.
 
20 Mais l’Éternel est dans le palais de sa sainteté… Silence devant lui, toute la terre !

"L’Éternel est dans le palais de sa sainteté !" La terre devrait garder le silence, plutôt que de s’élever dans la négation de la puissance de Dieu, demeurer à sa place de créature, plutôt que d’affirmer que Dieu n’est pas, sous prétexte qu’ils ne peuvent le voir.
 
Certes, la question est d’importance, celle du silence de Dieu devant l’oppression sans nom que se permettent des puissants en ce monde. Mais la foi se saisit de la suite, cette parole forte : "Silence devant Lui, toute la terre" ! La vision d’Habacuc est pour le temps de "la fin" (2:3) ; bien des victimes connaîtront les souffrances injuste jusqu’au jour où elles auront fermé les yeux…
 
Mais il demeure la grande affirmation du prophète, celle dont l’Éternel a rempli son âme, son esprit : "le juste vivra par sa foi" ! Une confiance mille fois mise à l’épreuve peut-être, mais dans laquelle l’homme de foi sera soutenu jusqu’au bout. Qu’en sera-t-il de "la fin" ? La Bible se termine pour ainsi dire sur ces mots : "Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées." (Apocalypse 21:4). Mais qui pourra soutenir de telles épreuves sans voir de ses yeux de délivrance ? L’homme est appelé à marcher dans le chemin de Celui qui l’a formé à son image ; et ainsi lisons-nous : "Venez, les bénis de mon Père, héritez du royaume qui vous est préparé dès la fondation du monde ; car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais infirme, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus auprès de moi." (Matthieu 25:34-36).


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Habacuc 3:1 Prière


 

PRIERE D'HABACUC
3:1-19

Prière d’Habacuc – La parole d’Habacuc se termine sur un hymne, un psaume destiné à être chanté ; il est adressé "Au chef de musique", avec la demande qu’il soit accompagné par des "Neguinoth", des instruments à cordes. Le mode musical est celui d’une complainte, "Shiguionoth".

3  1 Prière d’Habacuc, le prophète. Sur Shiguionoth

Ce psaume peut être lu en trois mouvements. Les premiers mots sont faits d’acceptation face aux perspectives de ruine de son peuple, mais il fait appel à la miséricorde. Le second temps exalte la puissance de Dieu qui sort du silence "des palais de sainteté" (2:20) pour exercer le jugement sur la terre. Pour terminer, nous voyons la douleur du prophète à la vue de la ruine de son peuple, il constate la grande désolation, mais termine par l’affirmation de sa foi et l’assurance du soutien de l’Éternel. 
 
Acceptation des décrets de Dieu
 
Le guetteur a entendu les déclarations de l’Éternel, tant le jugement de Juda que la ruine de Babylone et, au-delà, les jugements de "la fin" (2:3) ; il se soumet à son décret. Cette confiance est l’expression de sa foi, il connaît l’Éternel.

2
Ô Éternel, j’ai entendu ce que tu as déclaré, j’ai craint ton action, Éternel. Dans le cours des années, réalise-la ; dans le cours des années, fais-la connaître ! Mais, dans ta colère, souviens-toi de ta miséricorde !

Nous avons ici une grande leçon. Jamais un homme de Dieu ne pourra se réjouir dans la souffrance des hommes ; nul prophète ne parla sans évoquer la miséricorde, car le message de Dieu, qui ne peut supporter l’iniquité des hommes et les souffrances infligées par l’homme contre son frère… ce message est toujours une parole de paix, l’annonce de la bénédiction à venir, la finalité de l’œuvre de Dieu.
 
Vision tragique des temps de jugement
 
Nous voici devant une fresque impressionnante. Une vision de gloire, d’une puissance que nul ne peut arrêter. Pour exprimer la grande puissance de Dieu, Habacuc revient à la manifestation grandiose de la sortie d’Égypte, lorsque la délivrance parut "à la montagne de Paran" (Nombres 10:12). Les accents sont ceux que nous pouvons lire dans les grands moments épiques de l’histoire d’Israël (Exode 15, Juges 5, Psaumes 18, 68, 77), mais ici c’est pour évoquer les circonstances à venir dont il a accepté la rigueur, disant : "dans le cours des années, fais-la connaître !" (3.2).

3
Dieu (Eloah) vint de Téman, le Saint vient de la montagne de Paran. SÉLAH.

Le prophète s’élève dans la contemplation de la magnificence de l’Éternel. Les caractères de la puissance sont élevés au paroxysme, et la création elle-même est entre ses mains, les collines éternelles même, ce qui paraît ne pas pouvoir disparaître s’effondre.

Sa magnificence couvre les cieux, et sa louange remplit la terre.
4
C’est comme la clarté de la lumière ; des rayons partent de sa main ; la voilà, sa force cachée !
5
Devant lui marche la peste, la fièvre sort sur ses pas.
6
Il se dresse et prend la mesure de la terre, il regarde et met en déroute les nations.
Les montagnes antiques se disloquent ; devant lui s’effondrent les collines éternelles.
Ses voies sont éternelles.

Le prophète "voit" sous ces traits poétiques la "force cachée" de Celui qui se tient dans le palais de sa sainteté (2:20). Une force ignorée ! Le Seigneur en a ainsi décidé en fondant les mondes, pour que l’homme apprenne la foi en Celui qu’ils ne peuvent voir. Cachée aussi, car les événements qui seront vécu comme un jugement de la part de l’Éternel résulteront des ambitions d’un monarque ou, en d’autres circonstance, de quelque phénomène naturel ; mais Habacuc, le "voyant" y discerne la main de Dieu.
 
Et il poursuit, évoquant les manifestations de la puissance divine face aux ennemis d’Israël, ici les Syrien de Cushan et les Madianites qui sont affolés…

7
Je vois les tentes de Cushan réduites à rien, les toiles de Madian frémissent.
8
Est-ce contre les rivières que s’irrita l’Éternel, ta colère est-elle contre les fleuves, ta fureur, contre la mer, que tu montes sur tes chevaux, sur tes chars de victoire ?
9a
Ton arc est mis à nu, tes serments sont les flèches de ta parole. SÉLAH.

La puissance de l’Éternel vise-t-elle le pays ou ses habitants ? Le prophète indique un nouveau temps d’arrêt dans le chant – "Sélah" – avant d’expliciter sa pensée par ce langage symbolique : des rivières, des montagnes, le soleil, la lune et les éclairs… Une dévastation décrite à la manière d’autres textes apocalyptiques des Ecritures, et qui sera rendue manifeste quand le temps sera venu, "à la fin", comme le prophète l’avait compris (2:3).

9b
Tu fends la terre par des rivières.
10
Les montagnes te voient et tremblent, une averse violente passe, l’abîme fait retentir sa voix, il lève ses mains en haut.
11
Le soleil, la lune, s’arrêtent dans leur demeure à la lumière de tes flèches qui volent, à la clarté fulgurante de l’éclair de ta lance.
12
Tu parcours le pays avec indignation, tu piétines les nations avec colère.

Pourquoi cette désolation ? Quelle raison est-elle avancée ? Certes le jugement de la terre n’a pas pour motif exclusif la cruauté à l’égard de son peuple, Israël, mais le prophète parle à Jérusalem et centre ici le jugement sur l’iniquité faite à l’encontre de son peuple. Les puissants qui détruisent Israël rencontrent Celui qui "sort" pour le salut de son peuple. L’Éternel "sort pour le salut de ton oint", dit-il. Hababuc parle au reste de ce peuple qui doit se préparer à l’exil, qui doit vivre avec la ruine de toutes ses espérances, ceci afin que les fidèles, les justes, trouvent dans la parole de l’Éternel des consolations et gardent au cœur la confiance en leur Dieu.

13
Tu sors pour le salut de ton peuple, pour le salut de ton oint ; tu fracasses le faîte de la maison du méchant, mettant à nu les fondements jusqu’au cou. Sélah.

Un nouvel arrêt dans ce cantique, avant d’en venir à une forme de synthèse conduisant à la conclusion personnelle du prophète, l’expression de sa foi et la direction qu’il entend donner à sa vie.
 
Il semble que, dans ce qui suit, le prophète passe de la colère de Dieu contre le pouvoir destructeur qui toucha son peuple au souvenir de cette terrible destruction et des conséquences de cette ruine, évoquant le figuier, la vigne et l’olivier, emblèmes de sa prospérité qui était près de disparaître, pour en arriver à la mise en pratique de la foi, base de sa propre vie.

14
Tu transperças de leurs propres flèches la tête de ses chefs qui arrivaient comme un tourbillon pour me mettre en pièces en pousant des cris de joie, comme s’ils dévoraient déjà les pauvres dans leur repaire.
15
Tu as ouvert un chemin à tes chevaux dans la mer, dans un bouillonnement de grandes eaux.
16
J’ai entendu, et mes entrailles ont frémi. A ce bruit mes lèvres balbutient ; la pourriture entra dans mes os et, sans bouger, je frémis en attendant le jour de la détresse où notre assaillant attaquera le peuple.
17
Car le figuier ne fleurira pas, et il n’y aura point de produit dans les vignes ; la production de l’olivier sera décevante, les champs ne donneront pas de nourriture ; les brebis disparaîtront de l’enclos et les bœufs de l’étable.
18
Mais moi, je me réjouirai en l’Éternel, je trouverai de l’allégresse dans le Dieu de mon salut.
19
L’Éternel, le Seigneur, est ma force ; il rendra mes pieds semblables à ceux des biches, il me fera marcher sur les lieux élevés.

"Mais moi, je me réjouirai en l’Eternel, je m’égayerai dans le Dieu de mon salut. …" Cette finale est merveilleuse, bien dans la ligne de ce que le prophète a dit quant à la marche par la foi, au milieu même du désastre, lorsqu’il affirmait : "Le juste vivra par sa foi" ! Nous voyons ainsi en Habacuc un véritable attachement à Dieu résultant de sa connaissance de l’Éternel ; cela lui ouvre un chemin et le fortifie tandis que c’est avec un terrible effroi qu’il a cette vision des armées puissantes qui plongeront son peuple dans une désolation extrême ! Un chemin tracé pour tout croyant, pour tous ceux qui comprennent que leurs ressources ne sont pas dans l’imitation d’un homme ou sous la conduite d’une organisation, mais dans la foi, dans la confiance en Dieu.
 
Le message s’achève ainsi. Il restait à remettre le texte au "chef du musique" dirigeant le chant dans le temple. Et Habacuc qui a déjà indiqué le mode de l’hymne, à savoir celui d’une "complainte" (3:1), recommande les instruments appropriés à l’accompagnement du chant : "néguinoth", les instruments à cordes.

Au chef de musique. Sur Neguinoth.

Les instruments à cordes sont indiqués pour le chant des psaumes de douleur et de supplication, mais ils soulignent alors le support de l’épreuve, la force qu’apporte la confiance dans l’adversité et l’assurance profonde dans une délivrance anticipée par la foi. "Quand je prie, réponds-moi" , "Ne me reprends pas dans ta colère""Ainsi je chanterai ton nom à perpétuité", "Quand tu te levas, ô Dieu, pour le jugement, pour sauver tous les débonnaires de la terre" "Dieu nous bénira, et tous les bouts de la terre le craindront" (Voir les Psaumes "sur Neghinoth" : 4, 6, 54, 55 , 61, 67, 76).
 
Habacuc, le "voyant", est un enseignant, sans doute, mais aussi un modèle ; il ouvre un chemin à la foi, celle qui est cachée au plus profond de l’âme du fidèle, et qui lui donne la force et la lumière pour marcher en ce monde, et d’abord pour simplement y vivre, car "le juste vivra par sa foi".


La lecture des prophètes se retrouve au site "Que dit l'Evangile ?",
complétée de textes introductifs et de notices historiques.
Il s'y trouve un lien intéractif aux références bibliques.
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