17/01/2011

Abdias 1 Annonce de ruine


 

Livre des "Petits Prophètes"
Le Prophète Abdias

Tu n’aurais pas dû regarder le jour de ton frère,
le jour de son désastre
 
Abdias 12

Jérusalem est détruite, la grande déportation vers Babylone, la deuxième ordonnée par Nabuchodonosor, est achevée, et, à Mitspa, à quelques heures de marche de Jérusalem en ruine, Guédalia, le gouverneur établi par le roi de Babylone vient d’être assassiné (Jérémie 41:3). Ce fut alors la fuite en Égypte, tant la crainte de représailles était grande après cet acte de félonie. Jérémie, le prophète, bien âgé déjà, fut engagé par l’Éternel à accompagner les fugitifs, et il parlera aux Israélites réfugiés en Égypte quelques années encore. Après cette fuite, il ne restait plus en terre d’Israël que quelques paysans, de modestes habitants de villages reculés, en proie, à leur tour aux appétits territoriaux de tribus édomites. Ils vécurent des temps difficiles pendant les cinq années avant d’être conduits à leur tour à Babylone, lors de la troisième déportation commandée par Nabuchodonosor (Jérémie 52:30).
 
Il semble bien que ce soit au milieu de cette population modeste et éprouvée, dans ces dernières années en terre d’Israël, que se fit entendre la voix de l’Éternel par Abdias. Se pouvait-il, en effet qu’ils se trouvent sans un homme de Dieu pour les encourager ? En ce temps là, Jérémie achevait son service auprès des réfugiés en Égypte tandis qu’Ézéchiel parlait aux exilés à Babylone.
 
Ézéchiel parlait notamment du pays, parlant comme qui dirait au pays lui-même : "Montagnes d'Israël, écoutez la parole du Seigneur !" (Ézéchiel 36:1). Il savait que les hautes terres de Juda était partiellement investies par les Edomites qui profitaient des villages et des champs laissés par les fils d’Israël, et, pour la consolation des exilés qui l’écoutaient, annonçait : "Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que l'ennemi a dit sur vous : Ah ! ah ! ces hauteurs d’autrefois sont devenues notre possession (…) Et vous, montagnes d'Israël, vous produirez votre ramure, et vous porterez votre fruit pour Israël, mon peuple ; car les choses sont près d’arriver" (Ézéchiel 36:2,8). Les Israélites sont-ils dispersés ? L’Éternel les rassemblera, et ils peupleront à nouveau ce pays qui leur donnera ses récoltes et ses fruits.
 
C’est là le cadre le plus probable du ministère d’Abdias. Un ministère d’encouragement au rescapés d’un peuple, la glanure dont profitaient des Edomites après les grandes déportations, avant que vienne la fin, l’exil pour eux aussi, vers l’an 582.
Les paroles d’Ézéchiel touchant Edom montrent bien la situation désolante des quelques-uns qui demeuraient encore, un peu de temps, en terre d’Israël, après la destruction du Temple. Des Edomites se sont hâtés de prendre possession de villages, aggravant ainsi le malheur des quelques Judéens qui restaient. Et pensons-y ! Se pourrait-il que ces quelques uns soient laissés sans un encouragement de la part de l’Éternel, tandis qu’ils voyaient Jérusalem en ruine, et pensaient au peuple exilé ? Ils serraient donc, comme nous le pensons, l’objet de l’attention d’Abdias qui parlerait vers l’an 584, au milieu d’eux demeuré en Judée: le pays est celui de l’Éternel, et les ennemis de Juda n’auraient pas dû s’en emparer ainsi, car le pays est pour ceux auxquels il est destiné.
 

 
Annonce de la ruine d’Edom - 1-9

Sur le prophète lui-même, nous n’avons pas d’indication ; nous ne savons ni de quelle famille, ni de quel village il vint. Son nom seul nous parle quelque peu : Abdias, ou en hébreu "Obadia" signifie "Serviteur de l’Éternel"… Et il se pourrait bien que cet homme ne nous ait laissé qu’une désignation qu’il aurait aimée, laissant les lecteurs dans l’ignorance de sa personne.

1a Vision d’Abdias.

La parole d’Abdias est incisive, voire provocatrice. Dans cette page lue par des Israélites, Edom est apostrophé dès les premières lignes, cette petite nation qui vit dans les montagnes – sa capitale est Pétra – s’est élevée avec arrogance, profitant de la misère survenue en Juda. L’harangue est menaçante.

1b Voici ce que dit le Seigneur, l’Éternel, touchant Édom. Nous avons entendu une rumeur de par l’Éternel, et un émissaire a été envoyé parmi les nations : Levez-vous ! Levons-nous contre lui ! Au combat ! 2 Voici, je te rends petit parmi les nations ; te voilà l’objet du plus grand mépris. 3 L’arrogance de ton cœur t’a séduit, toi qui demeures dans les fentes des rochers, toi qui habites les hauteurs ; toi qui dis dans ton cœur : Qui me fera descendre par terre ? 4 Quand tu prendrais de la hauteur, tel un aigle, quand ton nid serait placé parmi les étoiles, je t’en ferai descendre, dit l’Éternel. 5 Si des voleurs, des pillards dans la nuit, viennent chez toi, comment restes-tu tranquille ? Ne voleront-ils pas ce qui leur est nécessaire ? Et si des vendangeurs viennent chez toi, laisseront-ils autre chose que du grapillage ? 6 Comment ! Esaü est mis à nu ! Ses cachettes sont éventrées ! 7 On te chasse de ton territoire. Tes alliés te trompent, tes amis te possèdent ; ils se servent de ton pain comme d’un piège pour toi, par-dessous – "Il n’y a plus d’intelligence en lui !" 8 N’est-ce pas en ce jour-là, dit l’Éternel, que je ferai disparaître d’Édom les sages, et de la montagne d’Ésaü, l’intelligence ? 9 Tes guerriers seront terrifiés, ô Théman, afin que tout homme soit retranché de la montagne d’Ésaü par le carnage.

Edom n’est pas sans richesse, contrôlant une route importante menant de Syrie en Arabie, mais les Edomites seront chassé de leurs repères imprenables. Le carnage sera complet, étendu sur tout le pays, depuis Théman, district nord d’Edom, jusqu’à Dedan, en passant Botsra, ainsi que Petra est nommée (Jérémie 49:7-22). Comme district le plus proche de Juda, Théman est ici cité par Abdias, car il devait être en première ligne dans les incursions et les annexions du reste de Juda. La manière dont ils profitent de la désolation de Juda conduit à des paroles empreinte de fureur, des annonces d’un abaissement qui sera sans appel.


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Abdias 10 Annonce du rétablissement d'Israël


 

Réquisitoire contre Edom - 10-17

Nous pouvons bien comprendre une telle force, une telle colère, car que de plus abominable que de s’attaquer à celui qui a déjà tout perdu. Ne suffirait-il pas d’attendre qu’il ne soit plus, qu’il puisse survivre quelque peu ? Non, Edom s’est précipité pour s’approprier ce qui restait à quelques pauvres Israélites. A cette occasion, l’Éternel rappelle le lien de famille, ajoutant en cela à la culpabilité, car en effet, Edom n’est-il pas descendant d’Esaü, le frère de Jacob.

10 À cause de la violence exercée contre Jacob, ton frère, tu seras couvert de honte et tu seras retranché pour toujours. 11 Au jour où tu te tenais en face de lui, le jour où d’autres emportaient ce qui faisait sa force, où des étrangers entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi tu étais comme l’un d’eux.

Profiter de la force d’un grande armée, tirer parti d’une opportunité, voici des actes qui ne peuvent susciter qu’une répréhension absolue, aussi Abdias ne peut que conclure au jugement de la part de l’Éternel, ainsi que Joël l’avait fait plus tôt (Joël 3:2-3,19).
 
Abdias, alors, au nom de l’Éternel rappelle le lien de famille, ajoutant en cela à la culpabilité, car en effet, Edom n’est-il pas descendant d’Esaü, le frère de Jacob. Et les griefs sont exposés dans leur gradation : ils se sont réjouis des malheurs de Jacob, ils ont fait cause commune avec l’envahisseur, et même ils ont massacré des fugitifs ou les ont vendus comme esclaves…

12 Tu n’aurais pas dû regarder le jour de ton frère, le jour de son désastre ; tu n’aurais pas dû te réjouir au sujet des fils de Juda, au jour de leur destruction ; tu n’aurais pas dû ouvrir ta bouche toute grande au jour de la détresse. 13 Tu n’aurais pas dû entrer dans les villes de mon peuple, au jour de leur calamité ; ni regarder, toi non plus, sa misère, au jour de sa calamité ; tu n’aurais pas dû porter la main sur ses richesses au jour de sa calamité ; 14 tu n’aurais pas dû te tenir au carrefour pour exterminer ses réchappés ; tu n’aurais pas dû livrer ceux des siens qui étaient demeurés de reste au jour de la détresse. 15 Car le jour de l’Éternel est proche, contre toutes les nations ; comme tu as fait, il te sera fait ; ta récompense retombera sur ta tête.

"Tu n'aurais pas dû…" Parole sérieuse qui parle à tous, alors comme aujourd’hui. Jamais, au grand jamais, les prophètes d’Israël n’auraient pu se réjouir des malheurs qu’ils ont eu à annoncer. Et quand le mot "malheur" sortait de leur bouche, c’est en fait "Quel malheur pour ceux-ci", ou encore "Hélas !" que nous avons à lire. Des Edomites se sont réjouis du malheur qui touchait Israël et Jérusalem ; et, comme nous le lisons, ils se sont empressés de se saisir des biens abandonnés, et de faire du mal aux quelques uns qui avaient jusque là échappés à l’exil.
 
Ézéchiel, à Babylone, en parlait ainsi : "Ainsi dit le Seigneur, l'Éternel : À cause de ce qu'Édom a fait quand il s'est vengé cruellement de la maison de Juda, et parce qu'il s'est rendu fort coupable en se vengeant d'eux, à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l'Éternel : J'étendrai ma main aussi sur Édom, et j'en retrancherai hommes et bêtes, et j'en ferai un désert depuis Théman, et, jusqu'à Dedan, ils tomberont par l'épée ; et j'exercerai ma vengeance sur Édom par la main de mon peuple Israël ; et ils agiront en Édom selon ma colère et selon ma fureur ; et ils connaîtront ma vengeance, dit le Seigneur, l'Éternel." (Ézéchiel 25:12-14). Ce prophète parla dans des termes similaires d’autres nations, car il n’y eût pas qu’Edom pour se comporter en charognard, il parla notamment d’Ammon, de Moab et des Philistins.
 
Le jour de l’Éternel est proche, dit Abdias, comme le dirent avant lui d’autres prophètes en relation avec leur propre contexte de vie (Joël 1:15, 3:14, Ésaïe 13:6, Sophonie 1:7,14) et comme le clamait, dans le même temps, le prophète à Babylone (Ézéchiel 30:3), mais l’on peut penser qu’Abdias, quant à lui, parlait pour sa propre contrée, le sud montagneux de Juda.

 
Annonce du rétablissement d’Israël - 16-21

Le regard de la foi est porté alors plus avant, vers cette résurrection nationale donc parlaient les prophètes, vers cet avenir radieux de l’accomplissement des promesses. Abdias en parle avec fougue, mettant en perspective le sort funeste d’Edom en regard du rétablissement d’Israël autour de la montagne de Sion, lieu à nouveau consacré. Edom avait festoyé sur les lieux même de la ruine de Juda, mais il faudra qu’un jour elles boivent une coupe de colère (Jérémie 25:15-16,27-28).

16 En effet, comme vous avez bu sur ma montagne sainte, ainsi toutes les nations boiront continuellement, elles boiront, elles avaleront et elles seront comme si elles n’avaient jamais existé. 17 Mais à la montagne de Sion il y aura délivrance, ce sera à nouveau un lieu sacré, et la maison de Jacob retrouvera ses possessions. 18 La maison de Jacob sera un feu, et la maison de Joseph une flamme ; mais la maison d’Ésaü sera du chaume qu’elles allumeront et dévoreront ; et il n’y aura aucun survivant pour la maison d’Ésaü. C’est l’Éternel qui parle !

Le feu, la flamme face au chaume sont bien explicite. Israël retrouvera sa vigueur, sa force, sa vie (Osée 1:11, Jérémie 31:5-6, Zacharie 10:6) ; les frontières de leur nation sera étendue aux territoires de nations disparues, telle Edom (Amos 9:11).

19 Ceux du Midi prendront possession de la montagne d’Ésaü, et ceux du Pays plat prendront possession du pays des Philistins ; ils prendront possession du pays d’Éphraïm et de la campagne de Samarie ; et Benjamin possédera Galaad. 20 Les exilés, cette armée des fils d’Israël, prendront possession de ce qui appartenait aux Cananéens jusqu’à Sarepta, et les exilés de Jérusalem qui sont à Sepharad, prendront possession des villes du Midi. 21 Des sauveurs monteront à la montagne de Sion pour juger la montagne d’Ésaü, et le règne appartiendra à l’Éternel.

Le prophète s’enhardi absolument, exposant l’accroissement d’une nation réunie sous un seul sceptre, alors qu’au temps où il parle, il n’en reste que des lambeaux ; les dix tribus ont disparu depuis longtemps, quant aux Judéens, ils connaissant les uns, très nombreux, l’exil à Babylone, d’autres un refuge précaire en Égypte, tandis que le petit reste autour d’Abdias n’est que l’ombre de lui-même, soumis à l’arrogance et aux agressions de ses ennemis, en particulier les Edomites.

 
Réflexions

La disparition d’Edom devait être progressive, le premier grand coup sera porté par les armées de Nabuchodonosor, lors de sa campagne contre l’Égypte (Jérémie 43:9 et Ézéchiel 29:12). Un siècle en demi après Abdias, le prophète Malachie reparlera d’Edom en des termes peu amènes, après que leur nation eût été ruinée : "Si Édom dit : Nous sommes détruits, mais nous rebâtirons ce qui est ruiné, - ainsi dit l'Éternel des armées : Ils bâtiront, mais moi, je renverserai, et on les appellera contrée de méchanceté, et le peuple contre lequel l'Éternel est indigné à toujours." (Malachie 1:4). Quelques siècles plus tard, les dernières tentatives de relèvement furent réduites à rien, et le nom même du peuple n’est plus.
 
Le regard est porté vers un avenir bien lointain, mais assuré. Jérémie avait parlé de soixante-dix ans de puissance pour Babylone, et aux jours d’Abdias plus d’un demi-siècle devait donc encore s’écouler. Les Israélites qui entendaient ce discours du prophète ne pouvaient pas imaginer connaître cette délivrance, cette résurrection nationale. Mais la parole pouvait les assurer de la permanence du regard de l’Éternel, et ainsi nourrir leur foi pour traverser l’adversité présente.


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