06/12/2009

Jér.1:1 L'appel de Jérémie


 

 

L’APPEL DE JEREMIE
Jérémie 1

Dans l’année 627 avant notre ère, la treizième année du règne de Josias, l’appel de Dieu se fait entendre à Jérémie, un jeune homme encore, seize ans peut-être, vingt au plus ! Une enfance dont rien ne nous est dit. Sans doute s'attend-il au chemin tracé pour lui de par sa naissance, le service sacerdotal.
Jérémie est fils d’un Hilqiya, d’entre les prêtres qui sont à Anatoth, mais il est difficile de penser qu’il s’agisse du même Hilqiya établi comme Grand Prêtre (2 Rois 22:4) à cette même période, car rien dans le livre ne nous indique un lien de filiation.
Nous pouvons penser à un jeune qui réfléchit, qui est ouvert sur le monde qui l’entoure, qui pense à la mission de son peuple devant Dieu et qui s'interroge sur ce qu’il fera de sa vie… Et un appel retentit ! Il en fait lui-même la relation. Nous connaissons ainsi son émotion et ses propres paroles.

La parole du Seigneur me parvint : Avant que je ne te façonne dans le ventre de ta mère, je t'avais distingué ; avant que tu ne sortes de son sein, je t'avais consacré : je t'avais fait prophète pour les nations (1:4-5)

Pourquoi Dieu choisit-il Jérémie ? Nul sage en Israël ne l’a désigné ou formé ! Il n’a pas suivi d’école, il n’est pas bardé de diplômes… Mais Dieu l'a choisi, et la vie menée par le prophète montre l’excellence du choix. Dieu ne connaît-il pas la fin d’une vie avant son commencement ? Ne disait-il pas d’Abraham : "Car je l’ai distingué afin qu’il ordonne à ses fils et à toute sa maison, après lui, de garder la voie du Seigneur en agissant selon la justice et l’équité…" (Genèse 18:19). Connaître est bien autre chose que de savoir l’existence, le nom, les paroles mêmes… Connaître exprime que Dieu sait ce que Jérémie est en lui-même, sa personnalité, ses dispositions, la sagesse qui le caractérise…
 
L’appel retentit ! Nous le voyons surpris…

Je répondis : Ah! Seigneur Dieu, je ne saurais pas parler, je suis trop jeune ! (1:6)

Croître en sagesse, prendre connaissance des oracles de Dieu… Nous pouvons penser que ces dispositions animaient le jeune Jérémie ! Mais parler de la part du Seigneur, être la bouche de Dieu ! C’est tout autre chose, c’est une charge redoutable… Une réaction saine que celle du jeune homme ! Peut-on se réjouir et se flatter d’un appel, s’enorgueillir d’une charge qui est encore à accomplir ? Jérémie est baigné dans la tradition d’Israël, il connaît les prophètes qui ont été avant lui ! Qui ne se souviendrait de Samuel qui oignit David, d’Élie qui combattit les prophètes de Baal, ou encore d’Ésaïe dont les messages sont toujours actuels ? Jérémie a conscience d’être devant Dieu et, comme Ésaïe en son temps, il est ému jusqu’à la crainte. C’est le Tout-Puissant qui lui parle et qui poursuit ainsi :

Ne dis pas : Je suis un enfant, car pour tout ce pour quoi je t'enverrai, tu iras, et tout ce que je te commanderai, tu le diras.(1:7)

"Je t’enverrai, tu iras !" Nous pouvons nous demander s’il s’agit d’ordres donnés, à moins qu'il ne s'agisse de la pré-connaissance de Dieu, celui qui connaît la fin d’une chose avant son commencement : "J’annonce dès le commencement ce qui vient par la suite." (Ésaïe 46:10).Dieu connaît le jeune homme, sa détermination à marcher avec Lui ! Et le rassure :

Mais le Seigneur me dit : Ne dis pas : "Je suis trop jeune". Car tu iras vers tous ceux à qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. N'aie pas peur d'eux, car je suis avec toi pour te délivrer - déclaration du Seigneur. (1:7-8)

Il est intéressant de comparer cette scène avec l’appel du prophète Ésaïe. Lorsque celui-ci souligna son indignité en s’écriant "je suis un homme aux lèvres impures" (Ésaïe 6:5), Dieu purifia ses lèvres d’un charbon ardent tiré de l’autel du sacrifice. Jérémie, quant à lui, s’écrie qu’il n’est qu’un enfant et souligne son incapacité à parler. Alors Dieu touche ses lèvres et lui parle, lui faisant connaître le caractère du message qu’il aura à communiquer :

Regarde, je te donne en ce jour autorité sur les nations et sur les royaumes pour déraciner, pour démolir, pour faire disparaître, pour raser, mais aussi pour bâtir et pour planter. (1:10)

Jérémie est établi sur les nations et sur les royaumes ! Il ne connaît pas encore les temps de troubles que traverseront les nations d’alentour, et le royaume de Juda lui-même ! Mais ces temps viennent, et il est urgent d’avertir. Dans le livre nous retrouverons bien souvent ces expressions : déraciner les fausses paix, démolir les illusions coupables, renverser moralement les puissances indignes, mais aussi bâtir sur le fondement d’une vraie foi et planter la paix de l’espérance… Déraciner, démolir, faire disparaître, raser… Jérémie aurait pu être bien étonné de ce qu’il entendait ici : des paroles de destruction, alors qu’il vivait un temps de renouveau ! La destruction n’était-elle pas achevée alors que les autels d’idoles étaient abattus ? Et la reconstruction n’était-elle pas en cours ? Le jeune Josias n’a-t-il pas fait entreprendre la restauration du Temple ? Cet élan vrai, fort, ne serait-il pas le renouveau qui conduirait, sous la férule de rois fidèles, au règne de paix, la promesse faite à David ?
2 Samuel 7:16 : "Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés devant toi, ton trône pour toujours affermi." Promesse rappelée au long de l’histoire : Ésaïe 55:3 : "Tendez l’oreille et venez à moi ; écoutez et vous vivrez ; je conclurai pour vous une alliance perpétuelle, celle de la fidélité envers David, qui est sûre." (voir aussi Actes 13:34).
Assurément, le service de Jérémie est en complet décalage d’avec le courant ambiant, et on le lui fera bien souvent remarquer tandis qu’une grande satisfaction se manifestera parmi le peuple quand ils diront : C'est ici le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur ! (7:4).Il devra s’élever face à cette fausse confiance, déclarer que ce sont des paroles de mensonge. Il sera constamment en porte à faux !
 
Mais il y a l’autre face de son travail, il parlera pour bâtir et planter ! Que sera ce travail si heureux ? Vivra-t-il un temps de redressement ? Non, pas lui-même ! Mais ses paroles seront la nourriture des exilés dans leur douleur, des paroles d’espérance, un fortifiant pour la foi. Ils sauront qu’ils ne sont pas abandonnés de Dieu aux temps où la douleur sera profondément ressentie par ceux qui regarderont à la bénédiction perdue, aux temps où ils éprouveront un véritable deuil exprimé notamment par ces paroles :

Près des fleuves de Babylone, là-bas,
nous étions assis et nous pleurions
en nous souvenant de Sion.
Aux saules de la contrée
nous avions suspendu nos lyres.
Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants ;
nos bourreaux, de la joie :
Chantez-nous des chants de Sion !
Comment chanterions-nous le chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite oublie !
(Psaume 137:1-5)

Soutenir les déportés, les fortifier en attendant le retour de l’exil, la restauration de l’autel et du Temple, la reconstruction de la ville… Et leur donner de vastes perspectives, car Jérémie conduira leur regard jusqu’à la restauration de tout Israël, jusqu’à la venue du Messie, le Germe du Seigneur, Celui qui accomplira les promesses !
Romains 11:26,29 : "Et c’est ainsi que tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, il détournera de Jacob les impiétés… Car les dons de la grâce et l'appel de Dieu sont irrévocables."

Les jours viennent – déclaration du Seigneur – où je susciterai à David un germe juste ; il régnera en roi et prospérera, il agira dans le pays selon l'équité et la justice. (23:5)

C’est là une précieuse constante : aucune parole prophétique ne se termine sans annonce du rétablissement, sans promesse d’une bénédiction que nul ne pourrait concevoir, mais qui est révélée d’En-Haut ! Car détruire n’est pas la fin de Dieu, son but ultime… Son propos est de construire pour l’homme un avenir radieux dans la paix et la joie.
Hébreux 11:8-10 : "Abraham obéit à un appel… C’est par la foi qu’il vient s’exile… Car il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur."
L’acte de jugement est exercé en vue d’une restauration, il est une étape forcée dans le chemin qui conduit à la paix, maillon de la chaîne d’or de la grâce qui mène au temps de la paix.
 
Bâtir, planter ! N’est-ce pas aussi construire dans les âmes la solide structure d’une véritable foi, d’une foi existentielle faite de confiance et de paix, bien distincte de quelque proclamation doctrinale ! La foi en ce Dieu que l’on connaît, Celui qui dit être proche car Il est proche… C’est dans la tranquillité et dans la confiance que serait votre force. (Ésaïe 30:15)
 
Appelé pour déraciner, et pour démolir, et pour détruire, et pour renverser, pour bâtir et pour planter… Nous pouvons penser au jeune homme chargé de cet impressionnant appel, le voir marchant dans la campagne, peut-être sur ce chemin qui conduit d’Anatoth à Jérusalem… Il pense à l’appel qu’il a reçu de Dieu. Comment ne s’interrogerait-il pas ? Déraciner, démolir, détruire, renverser… que sera-ce en pratique  ? Et quels seront les jours pour lui ? Que devra-t-il dire ? Car un prophète est un transmetteur des messages de Dieu… Comment ne serait-il pas imprégné de cet appel qui est sien !
 
D’Anatoth il peut voir la ville de Jérusalem, ses portes et peut-être le fronton du Temple en cours de restauration ! Les yeux ouverts, le regard porté sur les scènes de la vie courante, le jeune prophète a l’attention en éveil quant aux choses de Dieu. Ce sont des scènes courantes, banales pour les passants ; mais pour le jeune prophète, préoccupé de son appel, elles deviennent signifiantes, elles font apparaître un message lourd de sens, une instruction qui sera même un pilier fondateur de son ministère naissant.
 
Ces premiers pas sont très significatifs. Soulignons la jeunesse du prophète : il n’est pas encore l’homme accompli que nous connaissons, car le disciple de Dieu est toujours en formation. Ces expériences sont fondatrices, mais la connaissance de Dieu, la préhension de ses pensées insondables est le fait de toute une vie. Pour le prophète, chaque étape, chaque débat avec son Dieu, est un moment de construction, d’édification, un renouvellement des forces et aussi, car il est prophète, un élan nouveau dans une mission difficile et apparemment sans fruit ! Sans fruit ? Non, il y aura la semence répandue, la construction des âmes qui devront affronter les circonstances adverses de l’exil !
 
Mais ces choses seront vues tout au long de la vie du prophète. Pour l’instant nous voyons un jeune homme, grave sans doute, remué par l’appel entendu et méditant en son âme tandis qu’il marche dans la campagne de son pays.

 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Jér.1:11 Le bâton d'amandier


Le bâton d’amandier - 1:11-12

La parole du Seigneur me parvint : Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : je vois une branche d'amandier. (1:11)

L’amandier, "l’arbre veilleur" ou "vigilant", le premier arbre qui fleurit en Canaan ! Sa fleur paraît avant que les feuilles ne se déploient. Un signe emblématique de vie, ainsi que nous voyons la verge d’Aaron : "Le lendemain, lorsque Moïse entra dans la tente du Témoignage, le bâton d’Aaron, pour la maison de Lévi, avait bourgeonné : il avait poussé des bourgeons, donné des fleur et fait mûrir des amandes" (Nombres 17:8). Quelques années avant la scène des bourgeons, ce bâton d’Aaron, transformé en serpent, avait englouti les bâtons des sages et des magiciens d'Égypte (Exode 7). Dieu affirme ainsi sa Toute Puissance, et la fermeté de sa Parole. Dieu veille pour l’accomplir.
 
Jérémie voit-il là un bâton, un bout de bois, qui lui eût fait dire : "Je vois un bout de bois" ? Non, il discerne l’amandier, l’arbre qui veille, il discerne dans ce bois le bâton du veilleur. Et Dieu confirme :

Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole pour l'accomplir. (1:11-12)

Dieu a prononcé sa Parole, et il ne peut l’abroger. Il a parlé de son peuple, un petit peuple choisi pour faire connaître aux hommes Son message, et le nomme "mon serviteur" : "Mais toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j'ai choisi, descendance d'Abraham mon ami" (Ésaïe 41:8). Même s’ils se sont lassés de Le servir…
Deutéronome 7:7-8 : "Ce n'est pas parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que le Seigneur s’est épris de vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le plus petit de tous les peuples. C’est parce que le Seigneur vous aime, parce qu’il a voulu garder le serment qu'il avait fait à vos pères…"
Ésaïe 12:4 : "En ce jour-là, vous direz : Célébrez le Seigneur invoquez son nom, faites connaître parmi les peuples ses hauts faits, rappelez combien son nom est sublime."
Jérémie 18:12 : "Mais ils disent : A quoi bon ? Nous suivrons nos pensées, chacun de nous agira selon l'obstination de son cœur mauvais."
Jérémie est un homme de la Parole, homme mis à part pour la proclamer sans relâche ! Cette parole de Dieu a tout son prix pour le prophète. Même aux temps de la plus grande détresse, il la proclamera car elle est la parole du Tout-puissant : "La parole du Seigneur m'expose sans cesse aux outrages et aux railleries. Si je dis : "Je ne l'évoquerai plus, je ne parlerai plus en son nom", c'est dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ; je me fatigue à le contenir, et je n'y parviens pas" (20:8-9). Il rencontrera la contradiction, la moquerie et la violence même, comme il en est de tous temps pour ceux qui suivent ce même chemin.
2 Pierre 3:3 : "Dans les derniers jours il viendra des moqueurs pleins de moqueries, qui iront au gré de leurs propres désirs et diront :  « Où est la promesse de son avènement ?"
Jérémie sera jeté au bloc pour cette Parole, mais il tiendra ferme jusqu’au bout.

 
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Jer.1:13 Le chaudron bouillant


Le chaudron bouillant - 1:13-16

Le jeune homme poursuit son chemin méditant sur ces choses. Appelé à être le messager de Dieu ! Quel sera le message à communiquer ? La question est d’importance pour le prophète, car peut-il se placer à la porte du Temple sans savoir que dire ? L’élan pour s’y rendre, où le puisera-t-il s’il ne connaît la parole à prononcer, s’il n’a pas compris ce que signifient ces mots : "Déraciner, démolir, détruire, renverser" ?
 
En traversant quelque hameau, voilà qu'il lève les yeux ! Jérémie regarde au nord et voit un chaudron posé sur le foyer, un chaudron bouillant ! Scène commune ! Mais l’esprit de Jérémie est en éveil. Cette scène est lue comme un signe, un signe fort qui va l’accompagner des années durant, jusqu’à ce que soit arrivé ce qu’elle annonce…

La parole du Seigneur me parvint une deuxième fois : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois une marmite qui bouillonne du côté du nord. Et le Seigneur me dit : C'est du nord que le malheur déferlera sur tous les habitants du pays. Oui, j'appelle tous les clans des royaumes du nord – déclaration du Seigneur. Ils viendront, et chacun d'eux placera son trône à l'entrée des portes de Jérusalem, devant ses murailles, tout autour, et devant toutes les villes de Juda. Je prononcerai mes jugements contre eux à cause de tout le mal qu'ils font : ils m'ont abandonné, ils offrent de l'encens à d'autres dieux, ils se prosternent devant l’œuvre de leurs mains. (1:13-16)

Un message qui pourrait glacer le prophète ! Un mal va fondre sur son pays comme le contenu bouillant du chaudron prêt à être répandu… Dieu annonce ainsi une invasion armée provenant du nord ! Pas pour tout de suite, certes. Le rôle essentiel du prophète n’est d’ailleurs pas l’annonce de quelque événement, mais plutôt d’avertir, d’exhorter afin que l’on revienne à Dieu ! Il apprendra que le jugement est inéluctable ; il connaîtra aussi que ses paroles ne produiront pas ce retour sur soi de l’ensemble du peuple, mais peut-il y croire en ce temps là ? D'ailleurs, les apparences sont autres : le temps est au relèvement, tandis que Josias, le roi, s’est résolument engagé pour le Seigneur ! Le pays est en paix comme il ne l’avait plus été depuis tant d'années, et la réforme de Josias progresse… Les hauts-lieux consacrés aux idoles sont abattus, le Temple est peut-être déjà en cours de réhabilitation !
 
C’est une annonce terrible pour Jérémie, et qui marquera les longues années de son ministère, jusqu’à ce qu’arrive la ruine. Au bout du chemin, Jérémie y assistera et pleurera alors sur la ville désolée en formulant des paroles comme exprimées par la ville elle-même, dévastée, vidée de ses habitants : "Qu'il n'en soit pas ainsi pour vous tous qui passez votre chemin ! Regardez et voyez s'il est une douleur pareille à ma douleur, au traitement qu'on m'a fait subir ! Le Seigneur m'a causé du chagrin au jour de sa colère ardente" (Lamentations 1:12).
 
Jérémie ne connaît pas encore l’étendue de cette désolation à venir ! Il s’imprègne seulement de la terrible réalité : la restauration initiée par Josias n’a pas d’avenir ! Comment ? Pourquoi ? Une vérité doit remplir le jeune prophète : une restauration extérieure n’est rien si le cœur n’est pas engagé ! Mais, dira-t-on, si le cœur n’est pas transformé, pourquoi alors, tandis que les hauts-lieux sont abattus, n’y a-t-il pas de rébellion de la part de ce peuple attaché à ses idoles ? Pourquoi ne s’est-il trouvé personne pour fomenter une révolution, pour destituer Josias ? La foule est versatile ! Le roi gouverne, le regard de tout le peuple est tourné vers lui, et il est dans la nature de l’homme de suivre, sans se poser de question… Le Temple est restauré ! Alors on retourne au Temple ! Et lorsque le Temple sera délaissé, après la mort de Josias, la masse délaissera le Temple ; sans beaucoup d’états d’âme on se tournera à nouveau vers les idoles… La crainte de Dieu, la foi, ce ne sont pas des denrées dont se nourrissent les collectivités… Habacuc le dira à tous peu avant la mort de Josias, bien avant le grand désastre. Et ce n'est pas sans raison qu'il l'exprime au singulier : "Le juste vivra en tenant ferme" (Habacuc 2:4). Ces questions doivent s’entrechoquer dans l’esprit du jeune prophète…

 
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Jér.1:17 Lève-toi, Jérémie !


Lève-toi, Jérémie ! - 1:17-19

Maintenant vient le temps du travail, de la transmission du message. Jérémie est envoyé parler de la part de Dieu !
 
Message lourd de sens et qui lui vaudra une forte opposition… Communication difficile à entendre aussi pour ceux qui regardent l’extérieur des choses, les gestes de la restauration, la jouissance de la paix actuelle de Juda. Et l’histoire même ne paraît-elle pas leur donner raison ? Le Royaume a été protégé lors de l’invasion assyrienne un siècle plus tôt. Une barrière avait été établie par Dieu lors de la fidélité d’Ézéchias, afin qu’ils ne soient pas envoyés en exil, contrairement aux Dix Tribus ! Certains penseront que l’existence du Temple ou la possession du Livre de Dieu les garderaient, comme si elles étaient des talismans (7:4 ; 8:8). Mais Dieu connaît les cœurs, et Jérémie devra avertir sans relâche.

Quant à toi, tu passeras une ceinture à tes reins, tu te lèveras et tu leur diras tout ce que, moi, je t'ordonnerai. Ne sois pas terrifié par eux, de peur que je ne te terrifie devant eux. Moi, aujourd'hui, j'ai fait de toi une ville forte une colonne de fer, une muraille de bronze, face à tout le pays : devant les rois de Juda et ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. (1:17-18)

C’est ici l’annonce de l’affrontement entre le prophète, un homme si jeune, et les puissants du pays ! N’aurait-il pas fallu établir un homme expérimenté, un contre-pouvoir solide, un parti qui tiendrait contre les grands de la nation ? Ou bien introduire Jérémie à la cour du roi Josias pour qu’il jouisse là d’une sorte d’immunité ? C’est en Dieu seul que le prophète trouvera son appui.

Ils te feront la guerre, mais ils ne l'emporteront pas sur toi, car je suis avec toi – déclaration du Seigneur – pour te délivrer. (1:19)

Déjà sous Josias naîtra l’opposition ! Mais elle se déchaînera dès l’avènement de Joïaqim, son fils ; des complots seront alors ourdis afin que le message ne soit plus entendu. Ce sera pour Jérémie les coups, la prison, et même la fosse dans laquelle il sera relégué ; mais toujours il sera délivré, car Dieu le lui a promis ! Il ne sait pas encore ces choses, il les connaîtra plus tard, et passera par des moments de profondes interrogations. Et même le découragement l’oppressera. Mais en ses premiers pas de prophète, il n’a pas idée de son avenir, il est jeune et placé devant une bien lourde tâche. Toutefois il est prévenu !
 
Jérémie ira de l’avant ; nous le verrons s’interroger, exprimer sa peine, mais jamais il ne retournera en arrière ! Comme tous les prophètes, il était rempli de la pensée de Dieu, pleurant les désastres qu’il ne pourra éviter par sa prédication ! Dieu conduira Jérémie à le rappeler : Je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes, je les ai envoyés, inlassablement, pour vous dire : "Que chacun de vous revienne, je vous prie, de sa voie mauvaise; réformez vos agissements, ne suivez pas d'autres dieux pour les servir, et vous resterez sur la terre que je vous ai donnée, à vous et à vos pères." Mais vous n'avez pas tendu l'oreille, vous ne m'avez pas écouté. (35:15)
 
Que d’occasions perdues pour écouter ! Que de fois n’est-il pas écrit : Mais vous ne l’avez pas voulu ! (Ésaïe 30:15)
Matthieu 23:37 : "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ! Mais vous ne l'avez pas voulu !"
Alors l’épreuve survient qui produit un retour sur soi afin que revienne en mémoire la bonté de Dieu et que l’on se réjouisse à nouveau en considérant le plan de la grâce conçu afin que l’homme s’attache librement à Lui et puisse goûter Sa bénédiction.
 
Jérémie se lèvera et proclamera la Parole du Seigneur ! Elle est lourde l’image du chaudron bouillant ; elle est lourde la mission de faire connaître le désastre qui vient ! Qu’est-ce qui permettra au prophète de se tenir debout face à ses adversaires ? Comment pourra-t-il réaliser ce qui lui a été dit :

Ne sois pas terrifié par eux, de peur que je ne te terrifie devant eux. (1:17)

Sa marche résolue est fondée sur la vue inoubliable du bâton d’amandier : il sait que Dieu veille. Une pression étreint son cœur et sa pensée ; il est rempli de la Parole de Dieu, il ne peut la retenir, elle doit être communiquée coûte que coûte ! Et devant l’adversaire, il tiendra bon. Si la crainte ou le doute l’envahit, c’est devant Dieu seul qu’il le manifestera, jusqu’à dire : "Quel malheur pour moi, ma mère, que tu m'aies fait naître, moi, un homme de querelle et de dispute pour tout le pays !" (15:10) Et dans sa supplication le Seigneur lui répond chaque fois…


 
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Jér.2:11 La source des eaux vives


 

La source des eaux vives ! - 2:11-4:4

Il y a ici plus que de la contestation ! Le peuple a suivi le chemin de ses voisins, ces nations attachées aux dieux qu’elles se sont fabriqués. Jérémie s’empresse de souligner ce que sont ces idoles… et souligne qu’Israël s’est laissé séduire…
1 Corinthiens 8:4 : "Nous savons qu'une idole n'est rien dans le monde, et qu'il n'y a point d'autre Dieu qu'un seul."
Une nation change-t-elle de dieux ? – pourtant ce ne sont pas des dieux ! Mon peuple, lui, a échangé sa gloire contre ce qui n'a aucune valeur ! Sois-en atterré, ciel ! Frémis et dessèche-toi – déclaration du Seigneur. Car mon peuple a doublement mal agi : ils m'ont abandonné, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l'eau. (2:11-13)

L’eau vive ne leur convenait plus, cette eau vive des patriarches (Genèse 26:19), cette eau jaillissant du Rocher (Exode 17:6 ; Nombres 20:8), expression de la grâce permanente, une rivière qui grandit comme un fleuve pour quiconque s’y abreuve (Psaume 78:16,20 ; Ézéchiel.47:1-5). Les soins de Dieu s’étaient-ils arrêtés là ? Non ! Mais ils ont couru, qui en Egypte, qui en Assyrie, se confondant en vassalités, car ces empires sont grands en ce monde, ils y sont forts, ils y ont du relief… Les annales d'Assourba-nipal, roi d’Assyrie, en témoignent : Manassé le grand-père de Josias lui payait le tribut, l’aidait même en ses guerres… Des citernes qui ne retiennent pas l’eau ! Car qu’en est-il du grand homme que l’on flatte ? Quelle reconnaissance, quel privilège attendre de la vanité ?Une parole vient de Dieu, expression douloureuse d’une grâce toujours offerte et si souvent rejetée, comme le disait Ésaïe : "Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne, que je n'aie pas fait pour elle ?" (Ésaïe 5:4) La vigne, les ceps, objets des soins de Dieu :
Matthieu 21:33 : "Il y avait un maître de maison, qui planta une vigne, et l'environna d'une clôture, et y creusa un pressoir, et y bâtit une tour ; et il la loua à des cultivateurs …"

Moi, je t'avais plantée comme un cépage de choix, un plant d'une qualité tout à fait sûre ; comment as-tu pu te changer pour moi en boutures dégénérées d'une vigne étrangère ? (2:21)

En une forme de dramaturgie où il joue les deux rôles, le prophète prononce les appels et produit les réponses, évoquant ainsi l’état du peuple de Dieu. L’appel :

Arrête-toi, sans quoi tu finiras nu-pieds et le gosier sec ! Pourquoi irais-tu boire à ces sources de vanité ?(2:25)

Et il clame aussitôt la réponse du peuple :

Mais tu dis: A quoi bon ! Moi, j'aime les étrangers, je veux les suivre ! (2:25).

La suite est-elle accusation véhémente et jugement implacable ? Loin de là ! Nous lisons l’expression des regrets, l’expression de la tristesse de Dieu.
 
La Source des eaux vives, le Dieu de miséricorde, exprime sa douleur :

Ai-je été pour Israël un désert, ou un pays de ténèbres ? (2:31)
Pourquoi couvrir tant de distance pour changer ton chemin ? (2:36)

Esaïe n’avait-il pas parlé ainsi, au temps du désastre du Royaume du Nord ? Car ainsi parle le Seigneur Dieu, le Saint d'Israël : C'est en faisant demi-tour et en vous reposant que vous seriez sauvés, c’est dans la tranquillité et la confiance que serait votre force. Mais vous ne l’avez pas voulu. (Ésaïe 30:15)
 
Jérémie fait alors référence aux Dix Tribus, le Royaume du Nord disparu, dilué dans un exil qui n’a pas eu de retour. Israël l’infidèle comparée à Juda la traîtresse… Référence établie pour réaffirmer avec force l’accomplissement des promesses : Dieu veille sur sa Parole pour l’accomplir ! Le "bois d’amandier", le "bâton qui veille" confirme ses promesses dans un discours propre à exciter la jalousie des auditeurs, ceux de Juda qui ne croient pas encore à leur propre exil :

Va, crie ces paroles vers le nord : Reviens, Israël l'infidèle ! – déclaration du Seigneur. Je n'aurai plus pour vous un visage sévère ; car je suis fidèle, – déclaration du Seigneur – Je ne garde pas rancune pour toujours… Revenez, fils rebelles, – déclaration du Seigneur – car c'est moi qui suis votre maître. je vous prendrai, un d'une ville, deux d'un clan, et je vous ramènerai à Sion. Je vous donnerai des bergers selon mon cœur; ils vous feront paître avec intelligence et bon sens. (3:12-15)

Cette annonce de la fidélité de Dieu, Jérémie ne peut la limiter aux Dix Tribus seulement. Tandis qu’il annonce l’exil, son cœur débordant est tourné vers le retour, il voit le salut du peuple tout entier : le temps messianique, le royaume de David reconstitué sous l'autorité de Celui qui descend de ce roi prestigieux, mais que David appelle Seigneur.
Psaume 110:1 : "De David. Psaume. Déclaration du Seigneur à mon seigneur…"
Voir aussi Matthieu 22:44 : "Il reprit : Comment donc David, par l’Esprit, peut-il l’appeler Seigneur, lorsqu’il dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur…"

En ces jours-là, la maison de Juda marchera avec la maison d'Israël ; puis elles viendront ensemble du pays du nord au pays que j'ai donné pour patrimoine à vos pères. (3:18)

Il y a un jour où la trompette sonnera le temps du retour. Au son de la trompette, du shofar, répondra un réel retour sur soi (3:21-25 et Zacharie.12:11) pour que puisse être inauguré le Royaume de paix et de justice. La vraie fête du Grand Pardon aura lieu. Un peuple mènera deuil et dira :

Nous sommes là, nous venons à toi, car tu es le Seigneur (YHWH), notre Dieu. (3:22)

Les paroles des Cantiques des montées (Psaumes 120 à 134) seront alors entendues, la voix de ceux qui s’élèveront de degré en degré, de marche en marche, au parvis de Dieu. Et l’on entendra aussi les paroles de réjouissance du Messie : Je me réjouis quand on me dit : Allons à la maison su Seigneur ! (Psaume 122:1) Les fêtes du septième mois (Lévitique.23:24-43)Rosh Hashana, Yom Kippour, Sukkot : le jour du Shofar, le Grand Pardon et enfin la fête des Cabanes – auront alors leur accomplissement. Mieux qu’une nouvelle année, ce sera une nouvelle ère. La grâce rédemptrice sera manifestée, aboutissement du travail de Dieu :

Tu m'appelleras "Père", et tu ne te détourneras pas de moi. (3:19)

Mais ce temps n’est pas encore. Le peuple voit le zèle de son roi, et trouve assurément de bon ton de suivre le mouvement, de retourner au Temple, de reproduire les célébrations antiques… après la fréquentation des hauts-lieux idolâtres ! Alors Jérémie doit leur parler encore de la part du Seigneur :

Israël, si tu reviens, si tu reviens à moi, – déclaration du Seigneur. (4:1)

Car il y a retour et retour ! Ce n’est pas un mouvement de foule, l’allégeance au souverain ou quelque engouement collectif qui change le cœur, mais un travail personnel, au fond de soi même, seul devant Dieu.
Jean 7:37 : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive !"

Car voici ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda et à Jérusalem : Défrichez-vous un champ nouveau, ne semez pas parmi les épines. Faites-vous circoncire pour le Seigneur ; ôtez le prépuce de votre cœur, hommes de Juda et habitants de Jérusalem… (4:3-4)

Ces exhortations sont de tous temps ; ainsi au temps de Josias, ainsi dans l’exil, ainsi aujourd’hui ! Mais les appels sont-ils écoutés ?

… de peur que ma fureur n'éclate comme un feu et ne dévore sans qu'il y ait personne pour éteindre, à cause de vos agissements mauvais. (4:4)

Dieu, le Dieu de miséricorde, parle de fureur, d’un feu impétueux que nul ne peut éteindre. Rechercher la miséricorde, c’est abandonner les mauvaises voies pour retourner à Dieu, au Seigneur qui, dans sa grâce, n’attend que de pouvoir bénir ! Là est la grande question pour Israël, pour Juda… pour tous ! Comment seront accomplies ses promesses s’il n’y a pas un profond travail dans l’âme, s’il n’y a pas un peuple pour rechercher cette part avec son Dieu ? Lorsque la bénédiction n’apporte pas de fruit, y a-t-il autre chose que l'épreuve pour produire dans les cœurs l'attente de la miséricorde ? C’est bien la conclusion du prophète, et sa grande douleur.

 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
et liens dynamiques avec les références citées, sur le site :
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