29/11/2009

JEREMIE, Homme de foi


 

UN HOMME DE FOI

 
La lecture du Livre de Jérémie nous a fait connaître un homme qui vit, un homme qui pense, un homme qui tremble, un homme qui aussi se réjouit. Un homme qui a saisi l’essentiel et se débat face aux puissances de mort, aux illusions d’hommes qui ne s’appuient que sur eux-mêmes ou leurs semblables, d’hommes qui professent une religion et qui, par leur comportement, déclarent que Dieu est mort ! Cela même en affirmant hautement leur filiation de devanciers prestigieux.
 
Jérémie est un homme qui parle à son Dieu, lui disant non pas ce qu’il convient de dire – ce n’est pas un récitant – mais ce qu’il veut dire, ce qui le pénètre et ce qui le trouble. Un homme qui exprime à Dieu sa foi, sa confiance, mais aussi ses incompréhensions, ses doutes, ses questionnements. Un homme parfois proche de la révolte, qui médite en son cœur à propos de son Dieu : "Je ne l'évoquerai plus, je ne parlerai plus en son nom" (20:9), mais qui poursuit, car il est épris de la Parole de Dieu ! Il ne présente pas l’image édulcorée d’une fade sainteté, mais le modèle d’une foi adulte, saine et vive.
 
Sa vocation n’est pas venue par hasard ! Ni d’un choix personnel ! Jeune homme, Jérémie réfléchissait sur sa place devant le grand Dieu créateur, et une scène en apparence banale comme un bâton d’amandier, un chaudron bouillant, et plus tard la visite du potier ou la vue de deux corbeilles de figues sont pour lui paraboles, indications, instructions… Que dire de ses aller-retour jusqu’à l’Euphrate, pour porter et rechercher ensuite une ceinture de lin…
 
Il a traversé des années de souffrance et d’opprobre ; il a connu la douleur de savoir vaine l’intercession pour ce peuple aimé qu’il aurait voulu voir à l’abri d’un jugement imminent : "Quand Moïse et Samuel se tiendraient devant moi…" (15:1). Il devait avancer, il n’y avait pas d’autre chemin pour lui ! A Baruch, son compagnon et secrétaire, il dira dans des jours difficiles : "Et toi, tu rechercherais de grandes choses ? Ne les recherche pas !" (45:5). Ne l’avait-il pas compris pour lui-même des années auparavant ?
 
Puisque l’intercession était vaine et puisqu’il ne verrait pas de grands résultats, n’eût-il pas été raisonnable de juger ce service insensé, et dire comme d’aucuns : "C'est inutilement que l’on sert Dieu : qu’avons-nous gagné à assurer son service…?" (Malachie 3:14) Mais il poursuit toujours, et après tous les combats, il tient ferme, il ne s’arrête pas…
 
Jérémie a traversé près d'un demi-siècle d'histoire, une des pages les plus douloureuses de son peuple et un temps de bouleversement du monde, lorsqu'émergea la puissance chaldéenne. Nous le voyons se tenir à sa mission spécifique, gardant le cap assigné, marqué comme il le fut tout au long de sa vie par la vision du chaudron bouillant, mais affermi et consolé par le bâton d'amandier. Au temps de la restauration de Josias, sous le despote Joïaqim, devant l'indécis Sédécias, en liberté comme en prison, son message ne varie pas ; il n'est pas une girouette offerte aux vents, car la Parole de Dieu brûle au dedans de lui !
 
Est-ce la notoriété ou la reconnaissance qui purent ainsi le soutenir ? Non ! Jeune prédicateur, aux portes du Temple, il jouit de bien peu de considération. Nous ne voyons pas même de communication avec le roi Josias… Les membres de sa famille le regardaient avec méfiance, et puis avec gêne, car ses prédications pouvaient porter ombrage à leur propre notoriété, et cela les empêchait de dormir tranquille ! Il s'ensuit l'opposition, les complots, la persécution. Sa persévérance fera de lui un homme dérangeant. Il ne cesse d'avertir d'un danger que l'on ne voulait pas voir…
 
C'est après plus de vingt années de prédication aux portes du Temple et dans les rues de Jérusalem qu'il peut se permettre d'interpeller les notables. Il convoque les anciens de Juda et ceux-ci se déplacent pour le voir et l'entendre. Et dix ans plus tard, pour la première fois, nous le voyons franchir le seuil de la maison du roi, dans la grande scène des jougs… Et pour finir, le voilà en prison… Et il y entend les bruits de guerre, les combats à la muraille…
 
L’homme n’a fui ni l’adversité, ni l’iniquité du temps ! Il est resté au milieu de son peuple pour avertir, exhorter, encourager. Nous l’avons vu à la brèche à Jérusalem, préoccupé des exilés à Babylone, leur adressant des missives, pour les encourager et leur faire comprendre que Dieu a son regard sur eux. Après l’assassinat de Guedalia, nous avons lu les paroles adressées au reste du peuple en Judée, et l’homme accompagnant les fuyards en Egypte, afin qu’ils ne soient pas sans secours de la part de Dieu… Jamais il ne s’est retiré ! Et s’il n’a pas été écouté, cela imprima en son âme, certes, de la tristesse, mais nulle révolte…
 
Le témoin de Dieu ! Face à l’opposition, comme d’un Pashhour, l’intendant du Temple qui le fit mettre au bloc, il est le héraut de Dieu, il parle sans crainte mais se répand ensuite devant son Dieu lorsqu’il est seul. Il n’est pas un héros insensible dominant à la fois la population et ses propres émotions… se tenant doctement au-dessus d'un auditoire acquis ! Non, c’est un homme sensible, épris de miséricorde, aimant le peuple et son bien, car il est formé par Dieu lui-même, il est rempli des pensées de son divin Maître. Il est Son disciple avant d’être Son serviteur. Et pour cette raison, il a été choisi par Dieu pour annoncer dans les larmes cette issue dramatique pour un peuple aimé…
 
Jérémie, n'est pas un être mythique, surhumain, mais un homme, tout simplement, avec ses joies et ses convictions, ses espoirs et ses désillusions, mais aussi ses douleurs et ses révoltes… Un homme présenté sans voile pour que nous sachions ce que vaut le service de Dieu, mais aussi ce qu’il peut en coûter… pour connaître la source de la joie et de l’allégresse du cœur.

Tes paroles se trouvaient là et je les ai dévorées ; ta parole a fait la gaieté et la joie de mon cœur, car ton nom est invoqué sur moi, Seigneur (YHWH), Dieu des Armées ! (15:16).

Jérémie a reçu des communications précieuses, des confirmations de l’avenir heureux de son peuple, fondé sur le Messie annoncé, le Germe qui jaillira de Juda ! Il nous a laissé des pages qui donnent à connaître le cœur de Dieu et sa fidélité… Des pages qui sont la joie des croyants dans les temps de détresse !
 
Avant que ne fût venue la ruine de Juda, un autre prophète, contemporain de Jérémie, n’a-t-il pas dit avec force :

Le juste vivra en tenant ferme.
(Habacuc 2:4)

Et celle-ci est fondée et nourrie par la Parole de Dieu ! Elle est toujours actuelle, cette Parole chère au prophète et qu’il ne pouvait taire… Jérémie a donné ainsi des pages qui seront lues à Jérusalem, mais aussi à Babylone et lues même par Daniel à Suse, la capitale du prestigieux empire des Perses. Des pages qui sont lues aujourd’hui, car l'homme de foi y apprend à connaître le cœur de son Dieu !

 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
et liens dynamiques avec les références citées, sur le site :
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