01/12/2009

Jér.39:1 Destruction du premier temple


 

RUINE ET DEPORTATION
586-584
 
Destruction de Jérusalem,
déportation à Babylone et fuite en Egypte

(Jérémie 39-44, 46, 48-49, 52)

 

 
DESTRUCTION DU PREMIER TEMPLE
Jérémie 39:1-10 et 52

Nous arrivons maintenant à une des pages les plus dramatiques de l'histoire d'Israël. Elle commence par la brèche de la muraille de Jérusalem et la prise de la ville par les armées de Nabuchodonosor. Un jour de douleur sans nom, un des jours dont le souvenir est gardé par la célébration d'un jeûne.  
Quatre jours de jeûne furent décrétés en souvenir des événements douloureux entourant la destruction du Temple (Zacharie 8:19), à commencer par le siège de la ville de Jérusalem :  
- 10 Teveth (10ème mois, décembre), début du siège, 
- 17 Tamouz (4ème mois, juillet), brèche dans la muraille, 
- 9 Av (5ème mois, août), la destruction du Temple, 
- 3 Tichri (7ème mois, septembre), le meurtre de Guédalia.

La neuvième année de Sédécias, roi de Juda, le dixième mois, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint avec toute son armée devant Jérusalem et l'assiégea. La onzième année de Sédécias, le neuvième jour du quatrième mois, une brèche fut ouverte dans la ville. Alors tous les princes du roi de Babylone vinrent s'asseoir à la porte du Milieu : Nergal-Sarétser, Samgar-Nebou, Sarsekim, chef des hauts fonctionnaires, Nergal-Sarétser, chef des mages, et tous les autres princes du roi de Babylone. (39:1-3)

C’est d’une ville anéantie par la famine que les princes de l’armée chaldéenne prirent possession ; il n’y avait plus de pain (52:6 ; 2 Rois 25:3) ! Sédécias s’enfuit avec les hommes d’arme mais ils furent rattrapés près de Jéricho. Conduit devant Nabuchodonosor, à Ribla, en Syrie, il est jugé et condamné (39:6 ; 52:9 ; 2 Rois 25:6). Coupable de trahison, sa sentence tombe : réclusion à perpétuité. Mais quelle fut sa captivité ? La dernière image qu’il conserva est celle de ses fils égorgés devant lui avant qu’on ne lui crève les yeux. Une fin effroyable pour ce pauvre roi qui laissa agir les princes dans la ligne de Joïaqim, son frère…
 
La suite est un débordement de douleurs. Le Temple est livré aux flammes ! C'est le cœur de la nation, le signe visible de sa vocation et de son unité qui est réduit en cendres. Cet édifice qui faisait la fierté de tous, par sa beauté largement célébrée, mais surtout par ce qu'il représentait pour tout Israélite…

Le dixième jour du cinquième mois – c'était la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor, roi de Babylone – Nebouzaradân, chef des gardes au service du roi de Babylone, vint à Jérusalem. Il brûla la maison du Seigneur, la maison du roi et toutes les maisons de Jérusalem ; il mit le feu à toutes les grandes maisons. (52:12-13)

L’incendie du Temple ne suffit pas aux vainqueurs. Ils brisèrent les colonnes d’airain, nommées Yakîn et Booz. "Yakîn", c’est-à-dire : "Il affermit" ; "Booz" : "en lui la force" (1 Rois 7:21). La Mer de bronze destinée aux ablutions rituelles des prêtres est mise en pièce… Tout cela sera emporté à Babylone avec en outre les ustensiles du culte. Tout l'or, et l'argent et le bronze. La désolation est telle que le fruit du pillage est détaillé (52:17-23 et 2 Rois 25:13-17). Et non satisfaits encore, avec une violence implacable ils détruisent toute la ville : les maisons des nobles et le palais du roi sont livrés au feu, les murailles de la ville sont abattues. Le peuple de Jérusalem rejoint alors les transfuges, ceux qui étaient sortis de la ville durant le siège. Ensemble ils sont rassemblés à Rama, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem.
 
Après le jugement de Sédécias, c'est le tour des nobles. Nous avons constaté leur rôle désastreux auprès du roi, leur responsabilité dans l’oppression de leurs frères, les pauvres de Jérusalem et de Juda (chapitre 34), leur volonté de mettre à mort Jérémie (38:4). Le grand-prêtre et son second, ce Sophonie, fils de Maascéïa, avec lequel Jérémie eût affaire plus tôt (29:25-29), et des gens de la maison du roi, environ soixante-dix personnes, sont conduits à Ribla auprès de Nabuchodonosor, et tous y furent égorgés.
 
Dieu est-il injuste ? Un nom est rappelé, celui d’un étranger haut fonctionnaire de la maison du roi (38:7), lequel ne connût pas ce sort funeste quand fut accomplie la promesse qui lui fut faite quelque peu avant le désastre :

Ainsi parle le Seigneur (YHWH) des Armées, le Dieu d'Israël : le fais venir sur cette ville ce que j'ai prononcé, non pas pour son bonheur, mais pour son malheur; cela arrivera en ce jour-là devant toi. Mais en ce jour-là je te délivrerai – déclaration du Seigneur – et tu ne seras pas livré aux hommes qui t'effraient. Je te ferai échapper, et tu ne tomberas pas par l'épée ; ta vie sera ton butin, parce que tu as mis ta confiance en moi – déclaration du Seigneur. (39:16-18)

S'il est impossible d’éviter les conséquences d’une ruine collective – Jérusalem est détruite – Dieu s’occupe de chacun en particulier. Ebed?Mélek sortit Jérémie de la fosse de la prison, agissant selon sa conscience sans regarder à la puissance des princes ; il a mis sa confiance en Dieu et ne fut pas oublié de Lui !
 
Mais s'il se trouve ainsi quelques réchappés de la fureur des armées, le peuple de Jérusalem est maintenant à Rama. Le convoi se prépare, et Jérémie se trouve parmi eux, passé de la prison aux rangs des déportés liés de chaînes (40:1).
 
Les choses ont été rondement menées par ces armées puissantes habituées à gérer la victoire. Le pays est dépouillé, et il reste à organiser sa survie, assurer la gestion de la région et des habitants qui y demeureront. Dieu, dans sa bonté, est attentif aux pauvres de Juda :

les petites gens du peuple, ceux qui n'avaient rien, Nebouzaradân, chef des gardes, leur permit de rester au pays de Juda et il leur donna en ce jour-là des vignes et des champs (39:10).

La bonté de Dieu rejoint ici l'intelligence du prince qui ne pouvait laisser ce pays en friche… sans qu'il ne lui rapporte.


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
et liens dynamiques avec les références citées, sur le site :
Que dit l'Évangile ?

 

Jér.39:11 Guedalia, le gouverneur


 

GUEDALIA, LE GOUVERNEUR
Jérémie 39:11-14, 40-42

Pour ces Judéens qui demeuraient au pays, il fallait un administrateur qui puisse répondre d’eux auprès du roi de Babylone. Aussi l'autorité conquérante établit comme gouverneur Guedalia, le fils de cet Ahiqam qui protégea Jérémie (26:24). Un homme exercé à la gestion des affaires publiques, comme son père et son grand-père aux temps de Josias et de Joïaqim. "Quant au peuple qui restait dans le pays de Juda, ceux que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait permis de rester, il nomma à leur tête Guedalia, fils d'Ahiqam, fils de Shaphân." (2 Rois 25:22). Un homme droit qui ne cachait pas son opinion, à savoir qu’il fallait se soumettre au roi de Babylone (2 Rois 25:24), suivant la parole du prophète Jérémie.Le gouverneur s’établit à Mitspa, ville de Benjamin non loin de Rama où sont encore, à ce moment, les colonnes attendant la déportation, et parmi eux Jérémie… Mais son gouvernement sera bien bref, une pièce en trois actes va sceller l’achèvement de la ruine de Juda :
  • Premier acte : Jérémie est déchargé de ses chaînes à Rama tandis que le gouverneur organise le pays.
  • Deuxième acte : Guedalia est assassiné par des insoumis qui s’étaient réfugiés après du roi des Ammonites.
  • Troisième acte : une lamentable fuite en Egypte…


Jérémie auprès de Guedalia - 39:11-14;40:1-6

Tandis que Nebuzaradân rassemblait les habitants de Jérusalem, Jérémie étant parmi eux, un ordre lui vint touchant le prophète :

Prends-le, veille sur lui, ne lui fais aucun mal, mais agis à son égard comme il te dira (39:12).
Nous avons ici un bel exemple de l’assemblage hâtif des textes relatifs à Jérémie. Jér.39:11-14 présente l’action de Nebouzaradân et résume la conséquence : Jérémie va auprès de Guedalia. Jér.40:1-6 qui a trait à Jérémie et au commencement de Guedalia, apporte des détails montrant le cheminement de Jérémie depuis la cour de la prison jusqu’à sa venue auprès du gouverneur.

Aussitôt l’ordre est exécuté. Le chef des gardes propose alors à Jérémie de choisir : l’accompagner à Babylone, aller auprès de Guedalia ou encore s’en aller où bon lui semblait… Veut-il aller à Babylone ? Ne se souvient-il pas de la corbeille de bonnes figues, peut-il ignorer le service qu’il pourrait apporter auprès des déportés ? Par ailleurs, les Juifs demeurant au pays, les pauvres de Juda et de Jérusalem, n’ont-ils pas besoin aussi de la Parole de Dieu ? Un choix difficile, car que sait-il de l’avenir ? Il ne répond donc pas.

Et, comme il n'avait pas encore répondu : Retourne, ajouta-t-il, vers Guedalia, fils d'Ahiqam, fils de Shaphân, que le roi de Babylone a nommé à la tête des villes de Juda, et reste avec lui au milieu du peuple ; ou bien va partout où il te convient d'aller. Le chef des gardes lui donna des vivres et des présents, et il le renvoya. (40:5)

Jérémie est libre maintenant ! Il est devant une alternative : aller auprès de Guedalia ou s’en aller seul ! Ce choix là est simple pour Jérémie, il s’en va à Mitspa auprès du gouverneur.


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Que dit l'Évangile ?

 

Jér.40:7 La vie reprend en Juda


 

La vie reprend en Juda - 40:7-12

C'est un homme de paix, ce Guedalia ! Il enjoint les Judéens restés au pays à s’occuper leurs terres, leurs nouvelles propriétés pourrions-nous dire, car le roi de Babylone avait fait distribuer les champs et les vignes aux pauvres, à ceux qui n’avaient rien !

Guedalia, fils d'Ahiqam, fils de Shaphân, leur fit un serment, à eux et à leurs hommes ; il leur dit : N'ayez pas peur de vous soumettre aux Chaldéens; restez dans le pays, soumettez-vous au roi de Babylone, et vous vous en trouverez bien. Quant à moi, je reste au Mitspa, pour me tenir à la disposition des Chaldéens qui viendront vers nous ; vous, recueillez le vin, les fruits d'été et l'huile, mettez-les dans vos récipients, et restez dans les villes que vous occupez. (40:9-10)

C’était la saison des récoltes, entre le cinquième et le septième mois, la fin de l’été !

Et tous les Judéens revinrent de tous les lieux où ils avaient été bannis ; ils se rendirent dans le pays de Juda vers Guedalia, au Mitspa, et ils recueillirent une grande abondance de vin et de fruits d'été. (40:12)

Les paroles de paix et l’abondance des récoltes pouvaient augurer de jours paisibles dans l’humilité d’un peuple conquis… Mais pouvaient-ils vivre en paix ? Hélas non, il s’en trouvait parmi eux, qui, épargnés de la famine et du glaive, n’avaient pas compris le message de Dieu confirmé par les circonstances dramatiques qu'ils connaissaient. Ils continuaient à s’agiter pour des mirages, l'ambition les dévorait et ils préféraient la course aux vanités… Une vie paisible, dans la reconnaissance et le discernement de la bonté de Dieu, n’est pas recherchée de tous !
1 Tim.6:6-8   "Certes, c’est une grande source de profit que la piété, si l’on se contente de ce qu’on a…"


 
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"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Jér.40:13 Assassinat de Guédalia


 

Assassinat de Guédalia - 40:13-16

Baalis, le roi des Ammonites et Ismaël, prince judéen de sang royal, fomentent un complot contre le gouverneur… Mais Guedalia est trop "homme de bien" pour croire que l’humiliation de la défaite suivie de l’humble paix accordée après ces années de désordre, les longs mois de guerre, et la désolation de Jérusalem, puissent conduire à de folles ambitions et des idées meurtrières. Averti du plan du roi des Ammonites, il ne croit pas à la félonie de cet Ismaël, qui l’a rejoint… Et il tombe dans le piège !

Mais, au septième mois, Ismaël, fils de Netania, fils d'Elisharna, de la descendance royale, arriva avec des grands du roi et dix hommes auprès de Guedalia, fils d'Ahiqam, au Mitspa. Ils mangèrent ensemble au Mitspa. Alors Ismaël, fils de Netania, et les dix hommes qui étaient avec lui, tuèrent d'un coup d'épée Guedalia, fils d'Ahiqam, fils de Shaphân. Ainsi il mit à mort celui que le roi de Babylone avait nommé à la tête du pays. Ismaël tua encore tous les Judéens qui étaient auprès de Guedalia au Mitspa, et les Chaldéens, les hommes de guerre, qui se trouvaient là. (41:1-3)

A peine la paix revenue, le sang coule ! Des hommes venus apporter une offrande au Seigneur sont mis à mort et les dépouilles mortelles sont jetées dans la fosse… Traîtrise et cruauté ne sont pas extirpées du peuple, les épreuves n’ont pas parlé à tous ! Une corbeille de mauvaises figues, très mauvaises… Des Judéens s'en prennent à d’autres hommes de Juda… Mais que faut-il faire maintenant, après ces nouveaux combats fratricides ?
 
Quelle situation pour les réchappés du grand désastre, ces Judéens occupés à engranger leurs récoltes dans un sentiment mêlé de douleur et de satisfaction, et peut-être de reconnaissance ! Fini le royaume ! Mais ils disposent de champs, par le décret du roi de Babylone. Et maintenant ces bruits qui leur parviennent du Mitspa ! Troubles, rébellion, assassinats ! Est-ce de la part de Dieu que cette violence n'en fini pas sur leur terre, la terre d'Israël ? Cela ne vient-il pas de l'homme ?
 
Que de questions se bousculaient à l’esprit des Judéens tant éprouvés déjà ! Le gouverneur, homme de paix ayant la confiance des Chaldéens n'est plus…
 
Dans les campagnes de Judée, un grand désarroi ! Et au Mitspa, parmi les meneurs de la rébellion, une grande agitation…
 
Fin de l'acte deux.


 
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30/11/2009

Jér.41:1 Fuite en Egypte


 

Fuite en Egypte - 41:1-42:18

Troisième acte : la fuite lamentable en Égypte ! Etait-ce la seule issue ? On ne peut nier qu’il y eût des craintes à avoir, car des Chaldéens avaient été mis à mort dans la trahison d'Ismaël (41:3), et ces actes cruels pouvaient amener le retour de l’armée babylonienne…
 
Les meneurs sont prêts à partir en Égypte ! Ils s'adressent à Jérémie, avec force engagement de se soumettre à la parole qu’il prononcera de la part du Seigneur :

Que ce soit bon ou mauvais, nous écouterons le Seigneur, notre Dieu, vers qui nous t'envoyons ; nous serons heureux pour avoir écouté le Seigneur, notre Dieu. (42:6)

De fait, ils étaient déterminés à aller en Egypte, mais il leur aurait bien plu de donner à ce départ une forme de légitimité religieuse ; revêtir leur fuite de l’aura d’une marche avec Dieu aurait masqué leur stratégie d’hommes profanes ! Jérémie écoute en silence et se retire. Ce n’est que dix jours plus tard qu’il retourne vers eux. Ce qu'il leur dit de la part du Seigneur ne peut manquer d'étonner, car les meneurs sont traîtres et meurtriers… et il le sait ! Mais il pense aux pauvres du troupeau.

Si vous continuez à habiter ce pays, je vous bâtirai, je ne raserai pas ; je vous planterai, je ne déracinerai pas; car je regrette le mal que je vous ai fait. N'ayez pas peur du roi de Babylone ; celui dont vous avez peur, n'ayez pas peur de lui – déclaration du Seigneur – car je suis avec vous pour vous sauver et vous délivrer de sa main. Je vous accorderai de la compassion: il aura compassion de vous, et il vous ramènera sur votre terre. (42:10-12)

"Bâtir, planter…" Le Seigneur montre une fois de plus ses pensées de miséricorde. Il ne tient qu’à l’homme de permettre à Dieu de bénir, mais est-ce possible s’ils ont des idées arrêtées ! Fuir le pays, s’établir loin, s’appuyer sur un bras humain… Le Pharaon, ennemi de Babylone, n’est-il pas prêt à les accueillir ? Et il dispose d’une armée qui protège ses frontières…
 
 
Combien est difficile la marche par la foi ! Pourtant ce qu’à dit Habacuc est toujours d’actualité : "Le juste vivra en tenant ferme" (Habacuc 2:4).
 
Le prophète poursuit :

Reste de Juda, le Seigneur vous le dit : N'allez pas en Égypte ! Sachez-le bien, je vous ai avertis aujourd'hui. Vous vous égarez vous-mêmes, car vous m'avez envoyé vers le Seigneur, votre Dieu, en disant : "Prie pour nous le Seigneur, notre Dieu ; tout ce que le Seigneur, notre Dieu dira, dis-le-nous, et nous le ferons !" Je vous l'ai dit aujourd'hui ; mais vous n'écoutez pas le Seigneur, votre Dieu, ni tout ce qu'il m'a chargé de vous dire. Sachez-le bien maintenant: vous mourrez par l'épée, par la famine ou par la peste dans le lieu même où vous voulez aller pour y séjourner en immigrés. (42:19-22)

Ce ne sont pas les épreuves, les peines, la prison ou même la débâcle de Juda qui pouvaient altérer la foi du prophète ! Avec sa franchise habituelle, il parle la vérité quoiqu'il lui en coûte, et cela provoque une franche colère ! Les orgueilleux qui mènent toute l’affaire, Azaria, Yohanân et quelques autres, laissent tomber les masques, invectivant Jérémie :

Azaria, fils de Hoshaya, Yohanân, fils de Qaréah, et tous ces hommes arrogants dirent à Jérémie : Ce que tu dis est faux; le Seigneur, notre Dieu, ne t'a pas envoyé pour dire : "N'allez pas en Egypte pour y séjourner en immigrés." Mais c'est Baruch, fils de Nériya, qui t'incite à nous faire du tort en nous livrant aux Chaldéens, pour qu'ils nous mettent à mort ou qu'ils nous exilent à Babylone. (43:2-3)

Voilà des paroles bien méchantes ! Le prophète devait leur dire ce qu’ils avaient envie d'entendre, son rôle assigné était d’appuyer leur détermination… Mais pensaient-ils que le prophète, âgé d’une soixantaine d’années, était un homme amorti, et qu'il ferait tout ce qu'ils voulaient ? Dépités, ils n'osent toutefois l'attaquer de front, car dans ces temps il y avait malgré tout un peu de respect pour les cheveux blancs… Alors, bien injustement, ils accusent Baruch !
 
A Mitspa, l'agitation est à son comble. Quoiqu'ils n'aient pu donner à leur mouvement la justification religieuse souhaitée, les familles s'affairent aux préparatifs du départ. Le grand convoi se forme pour un exil volontaire en Égypte.
 
De l’autre côté, dans les campagnes de Judée, la question se pose à chaque famille : rester ou partir ? Rester, ce serait s'exposer aux représailles des Chaldéens. Souvenons-nous que des Chaldéens ont été assassinés lors du meurtre de Guedalia. Partir, c'est abandonner leur pays, leurs champs qui donnèrent cette année une si belle récolte… Ou encore s'enfuir dans les contrées voisines, en Moab, auprès des Ammonites, en Édom ou ailleurs…
 
Un contingent important choisit manifestement l'exil en Égypte, mais quelques uns restèrent au pays. Ils ne connurent toutefois qu'un répit de quelques années. Ils purent être témoins oculaires des agissements d'Édom qui investit le pays, ils purent aussi entendre le prophète Abdias rappeler à ces pillards édomites que Dieu voit ce qui arrive à son peuple… Cinq ans plus tard, ce petit reste sera conduit à Babylone, rejoignant ainsi les rangs de la déportation (52:30).
 
 
Revenons à ce convoi pour l’Égypte ! Que fait Jérémie ? Il ne paraît pas combattre le point de vue de ses opposants, il se tait devant ces paroles violentes, ne relève pas cette décision de fuir, laquelle Dieu réprouve… Pas de proclamation, mais, tout en réprouvant la décision, il accompagne les fuyards. Voici une grande leçon d’humilité. Ceux qui partent auront besoin d'avertissements tandis que les quelques-uns qui resteront au pays vont bientôt rejoindre leurs frères à Babylone. Ainsi, dans leur voie d'indépendance et même de rébellion, les fuyards sont encore les objets de l'attention de Dieu qui se fait entendre par son prophète.


 
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