01/12/2009

Jér.32 Un champ à vendre à Anatoth


 

LE CHAMP A ANATOTH
Jérémie 32 et 33

L’étau se resserre, les armées de Nabuchodonosor assiègent toujours la ville, les conditions de vie s’aggravent ! Et Jérémie, toujours prisonnier, se trouve placé dans une situation bien étrange !
 
Souvenons-nous de la famille de Jérémie, les premiers qui complotèrent contre lui. "Tous mes amis m'observent pour voir si je vais chanceler. Peut-être se laissera-t-il duper, et nous l'emporterons sur lui, nous nous vengerons de lui." (20:10, 11:19-23) Cela s’est passé peu avant le premier siège de la ville, l’année de la victoire babylonienne à Karkemish. En ce temps là, Jérémie a pensé arrêter, ne plus parler au nom du Seigneur (20:9). Et maintenant, dix-sept ans ont passé… Dix-sept ans face à la contestation, aux blâmes, aux coups… Ce ne sont plus seulement les gens d’Anatoth qui le persécutent, ce sont les princes de Juda, l’entourage direct du roi. Ils veulent sa mort… Jérémie sait que sa seule sauvegarde est le Seigneur, car Il a promis : "Je suis avec toi pour te délivrer" (1:19). Il est plus ferme que jamais… A vrai dire, sa vie est derrière lui. Pour ce qui concerne la terre, quelle illusion peut-il encore nourrir ! Et même quant à son service… Autrefois, il suppliait Dieu pour que le désastre n’arrive pas, mais cela est révolu : la première déportation est un fait, et la seconde va suivre, il le sait !
 
Dans ce contexte, le prophète, limité dans ses mouvements, reçoit la visite d'un de ses cousins, fils de son oncle, un homme d’Anatoth.

Hanaméel, fils de mon oncle, vint me trouver – selon la parole du Seigneur dans la cour de la garde – et il me dit : Achète, je te prie, mon champ qui est à Anatoth, au pays de Benjamin, car tu as le droit de possession et de rédemption ; achète-le ! (32:8)

La visite de quelqu'un de fort intéressé ! Une proposition bien avantageuse pour ce Hanameël ! Que pourrait faire Jérémie de ce champ, lui, réfugié dans l’enceinte de Jérusalem tandis que sa terre, à Anatoth, est piétinée par les armées chaldéennes ? Et que vaudra-t-elle quand le pays sera vidé de ses habitants ? Jérémie ne sait-il pas ces choses ? C’est une évidence, mais derrière les boniments de Hananeël, il discerne que la chose est selon Dieu :

Je reconnus que c'était la parole du Seigneur. (32:8)

Nous avons vu Jérémie "PREDICATEUR", puis "SIGNE" dans l’affaire de la ceinture portée à l’Euphrate, et encore "MIME" dans l’affaire des jougs et maintenant il est "ACTEUR" dans une pièce dont Dieu assure la mise en scène.


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
et liens dynamiques avec les références citées, sur le site :
Que dit l'Évangile ?

 

Jér.32:1 L'achat du champ à Anatoth


 

La transaction - 32:1-16

Pourquoi doit-il faire cet achat déraisonnable ? Il n’en sait rien, mais il a la conviction de devoir le faire. Ainsi, le contrat est établi. Et il l’est selon la coutume : des témoins, une lettre scellée pour le long terme, une lettre ouverte qui atteste des droits acquis, des signatures, l’argent pesé et l’affaire est conclue…

J'achetai à Hanaméel, fils de mon oncle, le champ qui est à Anatoth, et je lui pesai l'argent, dix-sept sicles d'argent. (32:9)

Cet achat inutile, et même absurde, n’est pas sans plonger Jérémie dans des questionnements ! Mais en public, rien ne paraît. Tout au contraire, le prophète donne des directives précises à son fidèle compagnon, toujours prêt à l’assister.

Et je donnai en leur présence cet ordre à Baruch : Ainsi parle le Seigneur (YHWH) des Armées, le Dieu d'Israël : Prends ces contrats, ce contrat d'achat, celui qui est scellé et ce contrat qui est ouvert, et mets-les dans un récipient de terre, pour qu'ils se conservent longtemps. (32:13-14)

Le vase de terre, protection du document pour de nombreuses années, montre que l’acte qui vient d'être posé ne peut générer le faux espoir d’un retrait des armées… Ce qu’il annonce à son cousin, aux témoins, aux assistants de la scène est la parole d’un espoir qui naîtra après le désastre ! Oui, il y a un avenir, mais après la ruine ! Et il annonce avec force le sens de son geste :

On achètera encore des maisons, des champs et des vignes dans ce pays. (32:15)

Il aurait été bon que les spectateurs comprennent, mais l’histoire ne nous en dit rien : Hanameël est reparti avec ses pièces d’argent, les témoins s’en sont allés avec le souvenir d'une scène qui a dû leur paraître surréaliste…


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Que dit l'Évangile ?

 

Jér.32:17 Pourquoi cet achat ?


 

Pourquoi l’achat de ce champ ? - 32:17-44

La suite est entre Jérémie et son Dieu ! Car s’il comprend le sens du geste – ne l’a-t-il pas proclamé ? – il s’agit néanmoins d’un acte incompréhensible… Alors il s’adresse à Dieu. Mais avant tout, il prend sa mesure devant le Créateur, et il y a là une leçon remarquable ! Il n’est pas homme à demander à Dieu de lui rendre des comptes.
 
Il n’est pas sans intérêt de comparer Jérémie et ce que nous montre le livre de Job. Dans des circonstances difficiles, Job s’est avancé dans des pages entières de raisonnements, tous plus compréhensibles les uns que les autres, mais au bout du débat, il est vaincu : "Job répondit au Seigneur : Je sais que tu peux tout, et qu'aucune pensée ne t’échappe. – Qui est celui qui, sans connaissance, assombrit mes projets ? Ainsi j’ai parlé, sans comprendre, de choses étonnantes qui me dépassent et que je ne connais pas. – Écoute, je te prie ; moi je parlerai ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras." (Job 42:1-4) La contestation a pris fin, Job doit admettre qu’il a parlé sans comprendre ; et il est enfin disposé à écouter. Jérémie, quant à lui, est d’emblée dans cette disposition d'écoute.
 
Avant d’évoquer sa propre difficulté, il exprime la grandeur du Créateur et sa justice, prenant ainsi sa juste place d’homme.

Ah ! Seigneur Dieu, c'est toi qui as fait le ciel et la terre par ta grande puissance, par ton bras étendu : rien n'est étonnant de ta part. (32:17)

Et les attributs divins se succèdent :

Tu agis avec fidélité… Tu es le Dieu grand et vaillant, dont le nom est le Seigneur (YHWH) des Armées… Tes projets sont grands et tes hauts faits magnifiques ; tu as les yeux ouverts sur toutes les voies des êtres humains… Tu as fait paraître des signes et des prodiges… tu t'es fait un nom…
(32:18-20)

Le Seigneur est le Dieu de l’univers, et s’il a parlé, c’est pour tous les hommes… Jérémie rappelle les actes de Dieu envers son peuple pour aboutir à l’aveu que le jugement qui l'atteint est juste et… l’élan s’arrête sur son propre étonnement :

Néanmoins, Seigneur Dieu, tu m'as dit : Achète un champ pour de l'argent, prends des témoins... Et la ville est livrée aux Chaldéens ! (32:25)

Dieu ne laisse pas son serviteur à ses interrogations ! Il explique et ré-explique même le pourquoi de la ruine annoncée, associant Juda aux Dix tribus, car leurs situations sont désormais semblables. Ce que Dieu a en vue, c’est la restauration de tout Israël.
 
De même qu’aux commencements du prophète Dieu lui avait parlé de l’abandon de "la Source des eaux vives" (2:13), Il conclut maintenant par ces mots :

Ils ne m'ont pas présenté leur face, mais leur dos… ils n'ont pas écouté de façon à recevoir la leçon… Ils ont placé leurs horreurs dans la maison sur laquelle mon nom est invoqué… Ils ont bâti les hauts lieux du Baal… pour faire passer au Molek leurs fils et leurs filles. (32:33-35)

Ceci ne souligne-t-il pas la liberté de l’homme, et son corollaire, à savoir le support des conséquences de ses choix ? Peut-on reprocher à Dieu le choix créateur de la liberté de l’homme ? Et ne voyons-nous pas que la liberté mal utilisée, si elle engendre des conséquences pour tout un peuple, n’empêche pas ce grand fait que Dieu a son regard sur chaque homme en particulier ? Dieu est juste ! Baruch, Ebed-Mélec, Jérémie et tant d’autres ne sont-ils pas présentés pour que nous soyons assurés de ce regard de Dieu sur chaque homme, du plus grand au plus modeste ?
 
Jérémie est-il encore devant une difficulté à propos du champ d’Anatoth ? Il n’en parle plus ! Mais les soins de son Dieu ne s’arrêtent pas là ; Il tourne le regard du prophète vers Son œuvre, l’œuvre qu’Il accomplit, comme il en est encore aujourd’hui, que nous en discernions ou non les traces. Les pensées de Jérémie sont tournées vers un "après" radieux, le jour que le Seigneur va établir. Dieu dévoile son projet, ce plan assuré. Pouvons-nous passer rapidement sur de telles paroles ?

Je les rassemblerai de tous les pays où je les ai bannis dans ma colère, dans ma fureur et dans ma grande irritation; je les ramènerai en ce lieu et je les y ferai habiter en sécurité. Ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu. (32:37-38)

Cela, Jérémie le sait, ne l’a-t-il pas lu dans les livres des prophètes qui l’ont précédé, et ne l’a-t-il pas lui-même rappelé au peuple ? Mais sa méditation le conduit plus loin encore, car la réalité d’un rassemblement des douze tribus n’est pas qu’un fait politique, si extraordinaire qu’il put être.

Je leur donnerai un même cœur et une même voie, afin qu'ils me craignent toujours, pour leur bonheur et celui de leurs fils après eux. Je conclurai pour eux une alliance perpétuelle, je ne me détournerai plus d'eux, je leur ferai du bien, et je mettrai ma crainte dans leur cœur, afin qu'ils ne s'écartent pas de moi.
(32:39-40)

Les termes de cette renaissance à venir ne sont pas seulement le redressement d’un peuple ; cela nous le lisons dans la vision des ossements d’Ézéchiel.
Jean 3:7,10 : "Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau – d’en haut… C’est toi qui es maître en Israël, et tu ne sais pas cela ! "
Voir Ezéch.36 :26 : "Je vous donnera un cœur nouveau et je mettrai en vous un souffle nouveau…"
Il s'agit ici d'un travail dans l’âme tel que chacun aura le désir de plaire à Dieu, une vraie "crainte de Dieu" telle qu’ils se tourneront vers le Berger d’Israël… C’est ici le côté de l’homme. Vient alors le côté de Dieu :

Je serai content de leur faire du bien ; je les planterai solidement dans ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme. (32:41)

Nous ne pouvons retenir l’idée d’un Maître sévère, intransigeant, sans compassion ! Dieu, le miséricordieux, le juste, a inscrit la Création dans un plan qui fait sa joie au vu de son aboutissement. L’homme reçoit la vie pour choisir librement son chemin, la vie ou la mort, et Dieu travaille pour le mettre en situation de faire ce choix sans le contraindre. "La sagesse ne crie-t-elle pas ? L’intelligence ne fait-elle pas retentir sa voix ?" La sagesse de Dieu manifestée dans la création trouve sa joie dans l’aboutissement de Son travail : "trouvant mes délices parmi les humains" (Proverbe 8:1,22-29,31).
 
Le dessein de Dieu est d’amener les hommes dans cette sphère de paix et de bonheur pour qu’ils soient heureux, et ceci est une vue essentielle du Royaume.
1 Thes.2:12 : "Dieu… vous appelle à son royaume et à sa gloire."
Donner à l’homme accès à cette sphère dans laquelle la bonté de Dieu sera célébrée à l’unisson, où Il pourra bénir sans réserve, établissant une paix qui ne pourra être altérée, c’est Sa joie ! Et Dieu ajoute qu’il apportera cette paix

... de tout son cœur et de toute son âme (32:41).

Expression saisissante, tellement humaine… Mais, en fait, ne serait-ce pas parce que Dieu, qui est Esprit, a créé l’homme à son image que l’Écriture peut employer ces termes humains pour parler du Créateur ? Nous y trouvons l’expression même de Sa volonté d’accomplir ce qui est Son plaisir :

Car le Seigneur accorde sa faveur à son peuple,
il donne aux pauvres le salut pour parure.
(Psaume 149:4)

Pourquoi ces circonstances parsemées d'épreuves, jonchées de douleurs ? Parce que la joie de Dieu est de bénir non des automates programmés pour Le servir, mais des hommes libres de choisir leur voie. Des hommes qui s'attachent à Lui dans un engagement personnel et entrent alors dans le chemin de la réconciliation, le chemin de Sa présence ! Des hommes qui aussi comprennent que le chemin de Dieu est bon et pratiquent eux-mêmes la justice.
 
Ainsi le désastre imminent annoncé sur Jérusalem est un passage, une étape pourrions-nous dire, pour qu’arrive la vraie vie avec Dieu ! Alors il y aura des cœurs engagés pour Dieu, et le Seigneur se réjouissant dans le bien qu’Il prodigue… Le prophète Osée avait dit : "Moi, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur" (Osée 2:16). Le désert, un dépouillement nécessaire pour appréhender les vraies valeurs, pour prendre le bon chemin !
 
Et la parole adressée à Jérémie, acteur majeur de la scène de l’achat du champ, se termine par cette confirmation du sens de l’acte posé :

On achètera des champs pour de l'argent, on écrira des contrats, on les scellera, on prendra des témoins, au pays de Benjamin et dans les environs de Jérusalem, dans les villes de Juda, dans les villes de la montagne, dans les villes du Bas-Pays et dans les villes du Néguev, car je rétablirai leur situation – déclaration du Seigneur. (32:44)

Ainsi Jérémie connaît des temps de méditation avec Dieu qui dépassent les circonstances qu’il traverse… Mais celles-ci sont dramatiques, la ville est assiégée, et cela ne peut laisser le prophète insensible.


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Jér.33:1 Demande-moi !


 

Demande-moi ! Je répondrai. - 33:1-26

L’espace de Jérémie est réduit aux murs de la prison tandis qu’il entend le bruit des combats. Le siège de Jérusalem est près de la fin, les terrasses sont placées contre les murailles de la ville, des maisons sont détruites, c‘est dire combien la bataille fait rage (33:4-5). Que peut Jérémie à ces choses ? Assurément, il souffre de la détresse de Jérusalem ; peut-être pense-t-il aux années passées, à l’inutilité de ses avertissements. Nous pouvons penser que son oreille attentive aux bruits de la ville, aux clameurs des combats. Il ressent la souffrance dans l'attente de la fin de Jérusalem… Que faire dans l’inaction forcée de la prison ? Vers qui ou quoi tournera-t-il son esprit ? Dieu lui montre un chemin :

Invoque-moi, et je te répondrai ; je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées, que tu ne connais pas. (33:3)

Une question vient sans doute à l’esprit en entendant les bruits de la ville, le vacarme des maisons renversées, les blessures faites aux remparts… Que va-t-il advenir de ce peuple ?

Cette ville… Je la rétablirai, je les guérirai et je leur ouvrirai une source abondante de paix et de loyauté. Je rétablirai la situation de Juda et d'Israël, je les rebâtirai comme par le passé. Je les purifierai de toute la faute par laquelle ils ont péché contre moi. Je leur pardonnerai toutes les fautes par lesquelles ils ont péché contre moi, par lesquelles ils se sont révoltés contre moi. (33:6-8)

Une "source abondante de paix et de loyauté" ! Le propos de Dieu est d’établir un peuple pour faire connaître son Nom et sa miséricorde. Rappelons-nous ces paroles du début du prophète : "En effet, comme un homme attache une ceinture à ses reins, ainsi je m'étais attaché toute la maison d'Israël et toute la maison de Juda – déclaration du Seigneur – pour qu'elles soient mon peuple, mon nom, ma louange et ma splendeur. Mais ils n'ont pas écouté" (13:11). Quoiqu’ils n’aient pas voulu entendre, ce propos est ferme, et il sera connu de toutes les nations de la terre. Mieux, il est pour toutes les nations, selon la promesse faite à Abraham (Genèse 18:18) :

Cette ville sera pour moi un sujet de gaieté, une louange et une splendeur parmi toutes les nations de la terre qui apprendront tout le bonheur que je fais pour eux ; elles seront effrayées, elles trembleront de tout le bonheur, de toute la paix que je fais pour elle. (33:9)

Le prophète Zacharie, encourageant ceux qui travaillaient à la construction du Second Temple, poursuivra dans cette ligne : "Il viendra encore des peuples et des habitants d’un grand nombre de villes. Les habitants d’une ville iront à l’autre en disant : Allons essayer d’apaiser le Seigneur et chercher le Seigneur (YHWH) des Armées…" Et des hommes des nations diront : "Nous irons avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous" (Zacharie 8:20-23). Il y a "un avenir et un espoir" pour tout Israël (29:11). Le prophète  Zacharie enjoindra alors ces hommes remontés de l'exil à aimer ce qu'ils attendent : "Aimez la loyauté et la paix !" (Zacharie 8:19) Car que signifierait de se réjouir de la perspective d’un avenir heureux, si la loyauté et la paix ne sont pas recherchées dès aujourd'hui ?
 
La louange de Dieu répandue par toute la terre, est-ce une fin en soi ? Non, ce qui a du prix pour Dieu, c’est le bonheur de l’homme, ses joies journalières, la grâce des enfants qui jouent dans les places, la joie des jeunes gens à l’aube de la vie, l’allégresse des fiançailles, le bonheur de l’épouse et de l’époux, la paix heureuse du vieillard. La rébellion de la ville l’avait privée, hélas, de cette paix heureuse ! N’est-ce pas avec une infinie tristesse que Jérémie avait annoncé, tant d’années auparavant, de la part du Seigneur, que par leurs iniquités ils tournaient le dos à ce bonheur ? "Je ferai taire dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem les chants de gaieté et les chants de joie, les chants du marié et les chants de la mariée : le pays sera une ruine" (7:34, 16:9, 25:10). Dans la prison, Jérémie est nourri de cette vision d’avenir :

Ainsi parle le Seigneur : En ce lieu dont vous dites : Il est réduit en ruines, il n'y a plus là ni humains ni bêtes – dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem, qui sont dévastées, où il n'y a plus ni humains, ni habitants, ni bêtes, on entendra il de nouveau les chants de gaieté et les chants de joie, les chants du marié et les chants de la mariée, les chants de ceux qui disent : "Célébrez le Seigneur (YHWH) des Armées, car le Seigneur est bon, car sa fidélité est pour toujours !", de ceux qui offrent des sacrifices de reconnaissance dans la maison du Seigneur. Car je rétablirai la situation du pays, comme par le passé, dit le Seigneur. (33:10-11)

Il y aura gaieté et joie, et il sera connu que cela vient du Seigneur, ainsi les actions de grâce monteront avec vérité et spontanéité… Le prophète tourne alors le regard vers les bergers qui conduisent les brebis, et dont pas une ne manque (33:12-13), scène de paix illustrant cette quiétude des brebis groupées autour de leur berger. "C’est moi qui ferai paître mon troupeau, c’est moi qui ferai coucher les bêtes – déclaration du Seigneur Dieu" (Ézéchiel 34:15).
Jean 10:4,10 : "Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche devant elles ; et les brebis le suivent ; parce qu’elles connaissent sa voix… moi, je suis venu afin qu’elles aient la vie et l'aient en abondance."
Et que sera le Centre de cette ère de paix ? Il n’est pas fortuit que l’annonce de la venue du Fils de David soit ici rappelée à la veille de la seconde déportation comme elle le fut à la veille de la première (23:5). Au moment de l’écroulement, n’est-il pas heureux que les déportés tournent le regard vers le Roi selon le cœur du Seigneur, le Fils de David qui établira ce règne de paix et de justice ?

En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un germe de justice ; il agira dans le pays selon l'équité et la justice. En ces jours-là Juda sera sauvé, Jérusalem demeurera en sécurité ; et voici comment on l'appellera : "Le Seigneur est notre justice". (33:15-16)

Regard porté vers cette venue annoncée, sujet de joie pour tout le peuple, comme le disait Ésaïe plus d'un siècle auparavant : "Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Il a la souveraineté sur son épaule ; on l’appelle du nom de Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père éternel, Prince de paix. Etendre sa souveraineté, accorder une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l’affermir et le soutenir par l’équité et par la justice, dès maintenant et pour toujours : voilà ce que fera la passion jalouse du Seigneur (YHWH) des Armées" (Ésaïe 9:5-6).
 
Aussi clair que le jour succède à la nuit, aussi assurée que le cours des astres perdure, ainsi est la promesse : mon alliance avec David ne sera pas rompue. Il y a quarante ans déjà, Jérémie avait vu un bâton d’amandier… "Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : je vois une branche d'amandier – de l'« arbre-veilleur ». Et le Seigneur me dit : Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole pour l'accomplir (1:11-12).


 
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