06/08/2011

Le prophète Ezéchiel


 

Livre du prophète Ezéchiel
Parmi les exilés à Babylone

 

 
PREFACE

A Jérusalem, tandis qu’y règne le roi Sédécias, dernier-né de Josias, et dernier roi de la lignée de David, se trouve un peuple abaissé par la puissance de Nabuchodonosor, roi de Babylone. Là se trouve le prophète Jérémie, un homme de Dieu, assigné à demeurer dans la cour de la prison, mais libre de faire entendre sa parole, les avertissements et consolations de l’Éternel. Des nobles de Juda se trouvaient déjà à Babylone depuis une dizaine d’années, mais aussi, depuis quatre ans tout ce que Juda comportait d’artisans et autres personnes aptes à enrichir le puissant roi babylonien et ses sujets. Ces Judéens exilés dans la douleur, interdits de retour au pays, regardaient de loin la terre qui leur était si chère, et où ils n’avaient pas pu demeurer fidèles à l’Éternel. Non que les exilés soient plus infidèles que le reste du peuple demeuré en Judée, mais les uns et les autres récoltaient les fruits d’un abandon graduel des préceptes de la Loi et surtout le mépris des promesses. Que de fois des prophètes leur furent envoyés pour les enjoindre à s’écarter de l’injustice, des mauvaises pratiques, et de retenir le shabbat que l’Éternel leur avait donné comme signe de la bénédiction.

 
Le prophète Ezéchiel

A Jérusalem, le peuple peut entendre les paroles de Jérémie, mais les déportés aussi ont besoin de la parole d’un prophète ! Journellement, pour ainsi dire, d’autant plus que des bruits leur parvenant de Jérusalem pouvaient faire croire à une stabilisation de la situation, étant confortés par l’établissement sur le trône du dernier descendant de David… Aussi fallait-il qu’ils soient conscients des réalités, par la parole de Dieu, à savoir qu’un relèvement moral aurait dû se produire pour que la ruine soit enrayée, mais que ce relèvement ne se produisait pas. A Babylone se trouve un jeune homme prêt à servir le Seigneur ; un homme de la famille sacerdotale, exercé par ce fait qu’il ne pourra servir au temple, se lève pour servir ses frères, c’est Ézéchiel ; son nom peut être traduit par "Dieu fortifie". Il est suscité afin que ce peuple ne soit pas livré à ses seules appréciations, à d’éventuels vains espoirs entretenus par de mauvais bergers, des faux prophètes… Un relais est donc assuré de la part de l’Éternel lui-même ; le travail de Dieu se poursuit. N’avait-Il pas dit que Juda ne sera pas oublié de Lui ?
 
Le service attendu d’Ézéchiel sera bien difficile. Affirmer la ruine complète alors que les exilés souffraient de leur situation et aspiraient bien naturellement au retour au pays, cela est bien aller à contre courant. Avant de parler, le prophète sera un Signe pour les exilés ; il est écrit que pendant quatre cent trente jours il demeurera dans sa maison, devant une scénographie représentant Jérusalem assiégée, et il sera nourri d’un long plaidoyer montrant la culpabilité de Juda, le retrait de l’Éternel comme garant de sa paix, la ruine qui s’en suivra. Durant des années, il sera ce que l’on appelle un "prophète de malheur", mais après la ruine, il sera le prophète apportant les consolations à ce peuple meurtri, évoquant dans des tableaux inoubliables le rétablissement de la nation tout entière, telle que les prophètes avant lui l’ont annoncé, et que les prophètes qui suivront vont déployer avec bonheur. Un rétablissement qui n’est pas encore venu…

 

 
EZECHIEL, SENTINELLE POUR ISRAËL
EZECHIEL 1 à 11

 
La cinquième année de la déportation de Joïakîn, et donc la cinquième du règne de Sédécias à Jérusalem, en l’an 593 avant notre ère, la parole de l’Éternel vient à Ézéchiel, ce jeune homme de la famille sacerdotale qui fut emmené avec les exilés de la première grande déportation. La parole lui est adressée sous forme de visions. Cela déterminera l’entièreté de sa vie.

1  1 La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j'étais parmi les exilés, près du fleuve Kebar, le ciel s’ouvrit, et j’eux des visions divines. 2 Le cinquième jour du mois, c'était la cinquième année de la déportation du roi Joïakîn, 3 la parole du Seigneur parvint à Ézéchiel, fils de Bouzi, le prêtre, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar ; c’est là que la main du Seigneur fut sur lui.   

Le jeune homme entre dans sa trentième année et aurait dû commencer, cette année même, son service au temple, comme nous le lisons au livre des Nombres : "…depuis l'âge de trente ans et au-dessus, jusqu'à l'âge de cinquante ans, tous ceux qui entrent en service pour faire l'œuvre dans la tente d'assignation" (Nombres 4:3). Pense-t-il à ce service dont il est privé ? Un descendant de David règne à Jérusalem, des prêtres officient toujours au temple, quoiqu’il fut dépouillé de bien des objets de valeur par les armées de Nabuchodonosor… Y a-t-il une perspective de retour au pays pour lui ? Nous ne pouvons savoir ce que pensait l’homme, Ézéchiel, mais à la lecture des pages de son livre, nous sommes bien autorisés à conclure que des pensées bien sérieuses agitaient son esprit. Il devait avoir à l’esprit les paroles que Jérémie, le prophète demeuré au pays, avait adressées aux déportés, les engageant à s’installer dans le pays de l’exil : "Bâtissez des maisons et habitez-y ; plantez des jardins et mangez-en les fruits ; prenez des femmes et engendrez des fils et des filles, et prenez des femmes pour vos fils, et donnez vos filles à des maris, et qu'elles enfantent des fils et des filles ; et multipliez-vous là et ne diminuez pas. Et cherchez la paix de la ville où je vous ai transportés, et priez l'Éternel pour elle ; car dans sa paix sera votre paix" (Jér.29:5-7).
 
C’était assez dire pour qu’Ézéchiel comprenne qu’un retour au pays n’était pas à l’ordre du jour. Alors pouvait-il se demander si Dieu avait abandonné son peuple… Pourtant, si la lettre de Jérémie encourageait à une installation en terre d’exil, nous savons que le peuple n’était pas abandonné ; Jérémie lui-même n’avait-il pas parlé d’une limite de temps à la puissance babylonienne, soixante-dix années, pas d’avantage ! (Jérémie 25:11-12, 29:10). Ézéchiel lui-même avait connu la douleur des colonnes de l’exil encadrées de soldats ; des familles entières rassemblées à Mitspa, au nord de Jérusalem, après avoir dû quitter leurs maisons et leurs champs, le pays de leurs pères, et conduites ensuite dans cette terre étrangère… Quatre années ont passées, et voici Ézéchiel réalisant que ses perspectives de service au temple s’étaient écroulées. Mais alors il se trouve dans la présence du Seigneur de toute la terre, une vision extraordinaire ; et s’ouvre pour lui un service prophétique. Il a été choisi pour mettre les âmes face à Dieu, pour leur communiquer la pensée du Seigneur. .
 
Et que voit Ézéchiel au quatrième mois de l’an 593 ? La Gloire du Seigneur ! "Je regardai… Il y avait comme un éclat étincelant sortant du milieu d’elle, du milieu du feu… l’aspect de la ressemblance de la gloire du Seigneur. Quand je le vis, je tombai face contre terre et j’entendis quelqu’un qui parlait… c’était l'aspect de la ressemblance de la gloire du Seigneur" (1:.4-28). Vient ensuite la scène du livre-rouleau "écrit en dedans et en dehors, et il y était écrit : Lamentations, plaintes, gémissements !" Et le prophète mange ce rouleau… "Doux dans sa bouche comme du miel" (2:9-3:3), comme Jérémie, en son temps, a pu dire en vérité : "Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l'allégresse et la joie de mon cœur ; car je suis appelé de ton nom, ô Éternel, Dieu des armées !" (Jér.15:16). Pendant plus d’une année, il demeurera dans sa maison, étant avant tout un SIGNE pour que le peuple comprenne ce qu’il n’est pas prêt à entendre…

 

 
 
 
Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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Ezéchiel 1:1 La vision de la Gloire


 

L'APPEL DU PROPHETE
EZECHIEL 1 à 3

Ézéchiel reçoit la parole de Dieu en vue de la faire entendre : "Va, homme, vers la maison d'Israël, et tu leur diras mes paroles" (3:4).  Il est établi "sentinelle pour la maison d’Israël !" (3:17). Et nous le voyons alors pendant plus d’une année, se couchant en silence devant une maquette sommaire de Jérusalem, une simple brique, la sentinelle devenant elle-même un Signe pour les déportés, leur donnant à comprendre l’inéluctable ruine de Jérusalem sous les coups des armées qui l’assiégeront durant une année et demie… Trois cent quatre-vingt dix jours pour Israël et quarante jours pour Juda, un jour par année de patience de Dieu constatant l’iniquité qui prévalait parmi eux.

 
La vision de la gloire de l’Eternel - 1:4-28

Le jeune homme a devant lui tout le prestige de Babylone, et ces images de puissance que sont les portiques grandioses de la ville de Nabuchodonosor chargés d’images de taureaux ailés, signes majestueux de la puissance du roi. Par contraste, la ville attachée au Nom de l’Éternel n’est qu’une bourgade de province réduite à l’état de modeste chef-lieu d’un petit royaume vassal… Et l’Éternel a laissé faire ! Dieu serait-il plus faible que les hommes, incapable de résister à la puissance des grands ? Ézéchiel, sérieux, méditant sur ce service sacerdotal dont il est privé reçoit une réponse exceptionnelle.
 
La vision d’un équipage tout en puissance et en gloire, dépassant de loin les allégories babyloniennes, établissant pour le prophète que nul autre que Dieu, le Dieu de gloire, ne préside aux destinées de la terre qu’il a créée.

4 Je regardai. Il vint du nord un souffle de tempête, une grosse nuée et une gerbe de feu qui répandait une clarté tout autour. Il y avait comme un éclat étincelant sortant du milieu d’elle, du milieu du feu, brillant comme l’apparence de l’airain luisant. 5 Au milieu, quelque chose qui ressemblait à quatre êtres vivants dont l’aspect semblait humain.
L’airain luisant, une substance qui pourrait être un alliage d’or et d’argent. Ce nom est traduit par électrum en latin et a donné le nom de l’électricité en hébreu moderne.
6 Chacun d’eux avait quatre faces, et quatre ailes. 7 Leurs jambes étaient droites et leurs pieds était comme les sabots d’un taurillon ; ils étincelaient de l’éclat de l’airain poli. 8 Ils avaient des mains d’homme sous leurs ailes à leurs quatre côtés ; et ils avaient, les quatre, leurs faces et leurs ailes. 9 Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas quand ils allaient : ils allaient chacun droit devant soi. 10 Leur face ressemblait à la face d’un homme ; les quatre avaient la face d’un lion, à droite ; les quatre avaient la face d’un bœuf, à gauche ; les quatre, ils avaient la face d’un aigle ; 11 et leurs faces et leurs ailes étaient séparées par le haut : chacun avait deux ailes jointes l’une à l’autre, et deux qui couvraient leur corps. 12 Et ils allaient chacun droit devant soi : là où l’Esprit devait aller, ils allaient ; ils ne se tournaient point lorsqu’ils allaient. 13 Et l’aspect de ces êtres vivants était comme des charbons ardents ; c’était comme l’aspect de flambeaux, et ce feu courait entre les êtres vivants ; il rependait un éclat, et de lui sortaient des éclairs. 14 Et les êtres vivants couraient et revenaient, comme de la foudre.

"Là où l’Esprit devait aller, ils allaient" (1:12). Vision extraordinaire, une splendeur éclatante et, au milieu, ce qui paraissait comme des êtres vivants, expression de la puissance agissante de Dieu – faces d’hommes, de lions, de bœufs, d’aigles. Et l’ensemble courait ça et là, partout où il le fallait. Rien ne pouvait échapper à cette puissance tout en mobilité. Cette mobilité absolue captive le regard du jeune homme, il contemple ce dispositif immatériel extraordinaire d’une puissance infinie…

15 Je regardais ces êtres vivants. Il y avait une roue à terre à côté des êtres vivants, devant leurs quatre faces. 16 L’aspect et la structure des roues étaient comme l’apparence d’un chrysolithe ; et les quatre étaient semblables, leur aspect et leur structure étaient comme si une roue eût été au milieu d’une roue. 17 En allant, elles allaient sur leurs quatre côtés ; elles ne se tournaient point quand elles allaient. 18 Et quant à leurs jantes, elles étaient d’une dimension formidable ; leurs jantes, à toutes les quatre, étaient pleines d’yeux tout autour. 19 Quand les êtres vivants se déplaçaient, les roues allaient à côté d’eux ; et quand les êtres vivants s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient. 20 Là où l’Esprit devait aller, là ils allaient, là où l’Esprit tendait à aller ; et les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’esprit de l’être vivant était dans les roues. 21 Quand ils allaient, elles allaient ; et quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient ; et quand ils s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’Esprit du Vivant dans les roues.

Des roues dans les roues, pleines d’yeux ; un équipement inouï qui allait partout où l’Esprit devait aller ; dans sa vision, l’assemblage extraordinaire, les quatre être vivants, deviennent l’Être vivant, le Vivant (Apoc.1:17). A la manifestation de puissance s’ajoute l’acuité impressionnante de la vision. L’Esprit de Dieu couvre toute la terre d’un regard, reconnue par la foi (2 Sam.22:13, 2 Chr.16:9, Psaumes 18:12, 50:2) ce que verra à son tour Zacharie, après l’exil, dans une autre vision (Zach.4:1-10). "Là où l’Esprit devait aller… l’Esprit dans les roues…" Tout dans cette vision est l’Esprit de Dieu, celui que nous voyons planer à la surface des eaux (Genèse 2:2), celui que nous voyons en Zacharie, comme nous voyons aussi les sept esprits qui sont devant le trône de Dieu (Apoc.1:4). Ézéchiel ne peut qu’être assuré de la réalité du regard de Dieu sur le monde entier…

22 Et au-dessus des têtes des êtres vivants, il y avait comme le firmament ayant l’éclat redoutable d’un cristal terrible qui se déployait sur leurs têtes. 23 Au-dessous du firmament, les ailes se tenaient droites, l’une vers l’autre : chacun en avait deux les couvrant d’un côté et deux les couvrant de l’autre côté. 24 J’entendis le bruit de leurs ailes quand ils volaient, comme le bruit de grandes eaux, comme la voix du Tout-puissant, un bruit tumultueux comme le bruit d’une armée ; quand ils s’arrêtaient ils abaissaient leurs ailes. 25 Une voix venait d’au-dessus du firmament qui était sur leurs têtes ; quand ils s’arrêtaient, ils abaissaient leurs ailes.

Des roues pour imprimer la direction, permettant à l’équipage d’aller où il le faut, partout sur la face de la terre ; et aussi des ailes lui permettant de s’élever en un vol auquel nul ne pourrait résister, obéissant à une seule voix, la voix de l’Éternel.
 
Le jeune homme lève plus haut le regard, et voit, sur une voute bleue, comme le firmament resplendissant, un trône, et sur le trône, comme un être humain, une vision qui nous conduit à "l’Ancien des jours" du livre de Daniel (Daniel 7:9) ou ce "quelqu’un assis sur le trône d’où sortent les sept esprits de Dieu" du livre de l’Apocalypse (Apoc.4:4),

26 Tout au-dessus du firmament au-dessus de leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l’aspect du lapis-lazuli et qui ressemblait à un trône ; et, sur la ressemblance du trône, ce qui ressemblait à l’aspect d’un être humain. 27 Je vis encore comme de l’airain luisant qui avait l’aspect du feu et qui rayonnait tout autour, depuis ce qui paraissait être ses reins jusqu’en bas ; je vis quelque chose qui avait l’aspect du feu, une clarté tout autour de lui. 28 Tel l’aspect de l’arc qui apparaît dans les nuages un jour de pluie, tel était l’aspect de la clarté qui l’entourait : c’était l’aspect de la ressemblance de la gloire du Seigneur.

Dieu est-il absent du monde ? C’est la question que pouvaient se poser les Judéens exilés, saisis dans leur désarroi par la puissance de Babylone, ses chars, ses armées et la puissance évoquée par les gigantesques taureaux ailés de ses murailles… Mais, invisible sauf pour la foi, le Seigneur de toute la terre veille, il voit et peut agir quand bon lui semble, son regard couvre toute la terre et sa puissance, retenue sans doute, est sans limite. Ainsi le discerne la foi. Le jeune homme tombe sur sa face...

29 Quand je le vis, je tombai face contre terre et j’entendis quelqu’un qui me parlait. Et je vis, et je tombai sur ma face, et j’entendis une voix qui parlait.

Ézéchiel tombe sur sa face, prosterné devant la magnificence de la vision, comme, deux siècles plus tôt, le jeune Ésaïe s’était écrié "Malheur à moi !" (Ésaïe 6:5) ou Jean, des siècles plus tard, qui tombera "à ses pieds comme mort" (Apoc.1:17).
 
Nous pouvons comprendre ici le fondement de tout service prophétique ; il est marqué par la grandeur et la gloire de Dieu, et bien placés alors pour dire à tous sa grâce et sa bonté, n’ayant de cesse alors d’appeler les hommes à entrer dans la pensée de Dieu et marcher pour Lui plaire.
 
Le jeune homme entend une voix qui lui parle…

 

 
 
 
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Ezéchiel 2:1 Le livre-rouleau


 

La mission du prophète – Le livre-rouleau - 2:1-3:11

Ecouter celui qui seul connaît toutes choses, discerne les pensées des hommes, n’est-ce pas le commencement d’une vie de service pour le Seigneur Dieu ? Ézéchiel, saisi par la vision extraordinaire de la gloire, est sorti de ses réflexions personnelles touchant sans doute l’exil, la charge sacerdotale dont il est prié, et les malheurs de son peuple. Il est mis debout par l’Esprit et écoute, comme le très jeune Samuel en son temps, disant : "Parle, car ton serviteur écoute" (1 Samuel 3:10).

2  1 Et il me dit : Fils d’homme, tiens-toi sur tes jambes, et je te parlerai. 2 Dès qu’il m’eut dit cela, l’Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes jambes. J’écoutai celui qui me parlait.

"C’est moi qui t’envoie" (2:3). Ainsi débute la parole reçue par Ézéchiel. Il n’a guère de choix pouvons-nous remarquer, et d’emblée sa nouvelle situation est mise en perspective, soulignée à plusieurs reprises : il ira vers un peuple rebelle, il devra entendre de la part de Judéens des paroles dures, des visages menaçants, mais il parlera sans s’arrêter au fait qu’il soit écouté ou non (2:5, 2:7, 3:1, 3:27). La responsabilité d’Ezéchiel sera de parler, selon la parole qui lui sera confiée… Un prophète n’est pas appelé à une vie enviable, ce fut le lot de tous ; pensons en particulier à Jérémie qui alla jusqu’à maudire le jour de sa naissance (Jér.15:10, 20:14) mais il était saisi par la parole qui l’habitait, il l’avait "mangée" (Jér.15:16)

3 Il me dit : Fils d’homme, c’est moi qui t’envoie vers les fils d’Israël, vers les nations rebelles qui se sont rebellées contre moi ; eux et leurs pères se sont rebellés contre moi jusqu’à ce jour même, 4 des fils à la face impudente et au cœur obstiné ; je t’envoie vers eux, et tu leur diras : "Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel". 5 Qu’ils écoutent ou qu’ils n’en fassent rien – car c’est une maison rebelle – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. 6 Toi, fils d’homme, n’aie pas peur d’eux, n’aie pas peur de leurs discours, quoique tu aies près de toi des ronces et des épines, et que tu demeures parmi des scorpions, n’aies pas peur de leurs discours et ne sois pas terrifié de leurs visages – c’est une maison rebelle. 7 Tu leur diras mes paroles, qu’ils écoutent ou qu’ils ne prennent pas garde – ce sont des rebelles. 8 Toi, fils d’homme, écoute ce que je te dis : Ne sois pas rebelle comme cette maison rebelle ! Ouvre ta bouche, et mange ce que je te donne.

"Ce sont des rebelles… Mais toi, ne sois pas rebelle !" Le jeune homme ne dit rien, manifestement, il laisse faire, voit le livre et en apprécie d’un regard le contenu évocateur de bien des souffrances – mais nous savons que l’inéluctable ruine de sa nation n’altère pas les promesses. Il en sera le chantre quand le temps viendra, et ce sera après la destruction du Temple.
 
"Mange ce que je te donne"… C’est un rouleau-livre, comme en verra le prophète Zacharie après l’exil (Zach.5:1-3). Il contient les paroles de l’Éternel qu’il aura à communiquer, il doit les "manger", et il ouvre la bouche…

9 Je regardai ; une main était tendue vers moi, tenant un livre-rouleau. 10 Il le déploya devant moi ; il était écrit en-dedans et sur le revers. Il y était écrit lamentations, plaintes et gémissements.
 
3 
1 Et il me dit : Fils d’homme, mange ce que tu trouves ; mange ce rouleau, et va parler à la maison d’Israël ! 2 J’ouvris ma bouche, et il me donna ce rouleau à manger. 3 Et il me dit : Fils d’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne. Et je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel.

"Dans la bouche, doux comme du miel" comme le sera le livre "dévoré" par Jean (Apoc.10:9-10). Jérémie aussi connut cette douceur de la parole de Dieu, ainsi qu’il l’exprime : "Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l'allégresse et la joie de mon cœur ; car je suis appelé de ton nom, ô Éternel, Dieu des armées !" (Jér.15:16). Nous pouvons bien comprendre ce que cela peut représenter pour un homme saisi de la bonté de Dieu, témoin engagé par le Seigneur pour parler aux hommes, et sachant que la bénédiction promise et attendue viendra… Mais parler au nom de l’Éternel n’est pas une chose aisée, d’autant plus que le prophète aura a parlé à un peuple qui comprendra, non pas un peuple étranger qui entendrait pour la première fois le message de la grâce ! Militer pour un réveil de la fidélité est autre chose que l’éveil de la foi…

4 Il me dit : Va, fils d’homme, va vers la maison d’Israël, et tu leur diras mes paroles ! 5 Car ce n’est pas vers un peuple au langage impénétrable, à la langue inintelligible, que tu es envoyé ; c’est vers la maison d’Israël. 6 Ce n’est pas vers une multitude de peuples au langage impénétrable, à la langue inintelligible, dont tu ne comprends pas les discours. Si je t’envoyais vers ceux-là, ne t’écouteraient-ils pas ? 7 Mais la maison d’Israël ne voudra pas t’écouter, parce qu’elle ne veut pas m’écouter ; car toute la maison d’Israël a le front dur et le cœur obstiné. 8 Voici, je rends ton visage dur face à leur visage, et ton front dur face à leur front. 9 Je rends ton front comme un diamant, plus dur que le roc. N’aie pas peur d’eux, ne soit pas terrifié par eux, car c’est une maison rebelle.

Au jeune Jérémie, autrefois, le Seigneur dit : "Ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas sur toi, car moi je suis avec toi pour te délivrer" (Jér.1:19) ; ici, le jeune prophète est assuré de recevoir la force pour résister aux oppositions qu’il rencontrera, et il est envoyé…

10 Il me dit : Fils d’homme, toutes mes paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur, et écoute-les de tes oreilles. 11 Va trouver les exilés, les gens de ton peuple ; tu leur parleras et qu’ils écoutent ou qu’ils ne prennent pas garde, tu leur diras : "Ainsi parle le Seigneur l’Éternel".

Le fait que Dieu parle à ce peuple abaissé, ruiné, le plaçant devant ses propres responsabilités, est indéniablement un acte de grâce, un signal fort du fait qu’il n’est pas abandonné ; mais sont-ils prêts à recevoir les paroles de vérité qu’ils doivent entendre ? Ils doivent entendre l’annonce d’une ruine complète qui sera achevée par la destruction de Jérusalem ; ils doivent abandonner toute illusion d’un retour à court terme. Dèjà le prophète Jérémie avait annoncé une durée couvrant plus d’une génération, il avait écrit aux exilés, les enjoignant à s’établir là où ils avaient été conduits, bâtir des maisons et chercher le bien du peuple au milieu duquel ils étaient établis. Lui aussi a dû combattu les faux prophètes qui prétendaient un retour envisageable à court terme (Jér.29:4-10).

 

 
 
 
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Ezéchiel 3:12 Ezéchiel, sentinelle pour son peuple


 

 

Ézéchiel, sentinelle pour son peuple - 3:12-27

Le jeune prophète, touché au cœur par la parole de Dieu, elle était "douce comme le miel" (3:3), éprouve avec amertume ce qu’engendre pour sa nation la volonté de vivre sans Dieu, de rejeter l’alliance, ce sont "lamentations, plaintes et gémissements" (2:10). C’est-ce qu’éprouvera Jean aussi, considérant le chemin choisi par le monde tout entier, lorsqu’il prit des mains de l’ange le livre : "Et je pris le petit livre de la main de l'ange, et je le dévorai ; et il fut dans ma bouche doux comme du miel ; et quand je l'eus dévoré, mon ventre fut rempli d'amertume" (Apoc.10:10). La douceur des desseins de la bonté de Dieu côtoie le sentiment douloureux d’une souffrance qui eût pu être évitée… C’est dans cet esprit que le prophète se trouve bientôt au milieu des exilés.

12 L’Esprit m’enleva, et j’entendis derrière moi un puissant grondement : Bénie soit, du lieu ou il réside, la gloire de l’Éternel ! 13 J’entendis le bruit des ailes des êtres vivants battant l’une contre l’autre, le bruit des roues auprès d’eux et le puissant grondement. 14 L’Esprit m’enleva, et m’emporta. J’allais rempli d’amertume dans l’ardeur de mon esprit ; la main de l’Éternel était forte sur moi. 15 J’arrivai à Tel-Aviv, chez les exilés qui demeuraient auprès du Kebar, là où ils habitaient ; je restai là sept jours, désolé, au milieu d’eux.
Tel-Aviv, "Colline de l’Épi". Ce nom hautement symbolique, emblème de l’exil à Babylone pour des générations d’Israélites, a été choisi pour désigner la ville juive de Tel-Aviv, centre économique et culturel d’Israël.

Voici le jeune prophète au milieu des exilés, en silence durant sept jours, ces sept jours qui rappellent les jours de la consécration des sacrificateurs (Exode 26:35), bien à propos pour ce jeune homme de la famille sacerdotale, à l’âge où il aurait dû entrer en fonction dans le temple de Jérusalem. Après ces jours, la parole de l’Éternel vient à lui. Le message qu’il porte place le jeune prophète dans une condition de responsabilité écrasante, celle d’une sentinelle de la part de l’Eternel.

16 Au bout de sept jours, la parole de l’Éternel vint à moi disant : 17 Fils d’homme, je t’ai établi sentinelle pour la maison d’Israël. Tu écouteras la parole de ma bouche et tu les avertiras de ma part. 18 Quand je dirai au méchant "Tu mourras certainement !", si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant au sujet de sa mauvaise voie afin de lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, mais son sang je te le réclamerai. 19 Mais si toi, tu avertis le méchant et qu’il ne revienne pas de sa méchanceté et de sa voie méchante, il mourra dans sa faute, et toi, tu auras délivré ton âme. 20 Si un juste se détourne de sa justice et agit injustement, je mettrai devant lui une pierre d’achoppement pour qu’il trébuche, et il mourra ; si tu ne l’as pas averti, il mourra dans son péché, et on ne se souviendra plus de ses actes justes ; mais son sang, je te le réclamerai. 21 Mais si toi, tu avertis le juste de ne pas pécher, et que le juste ne pèche pas, il vivra certainement, parce qu’il a été averti ; et toi tu auras délivré ton âme.

N’est pas prophète qui veut ! Ainsi pourrions-nous parler à la lecture de ce paragraphe, tant la responsabilité est importante. Mais en réalité, aimer Dieu n’est-ce pas aimer son prochain (1 Jean 4:20-21), et aimer son prochain n’est-ce pas aussi veiller sur lui, à l’opposé de cette parole : "Suis-je le gardien de mon frère ?" (Gen.4:9). Une sentinelle est-elle autre chose que le gardien de ceux qu’il doit avertir du danger…
L’apôtre Paul ne s’écrie-t-il pas : "Si j'évangélise, je n'ai pas de quoi me glorifier, car c'est une nécessité qui m'est imposée, car malheur à moi si je n'évangélise pas." (1 Cor.9:16), faisant allusion ici à la mission dont il a été chargé (Act.9:15, 1 Tim.2:7). Lui aussi peut se déclarer net – dégagé de responsabilité, son âme délivrée – après qu’il eût délivré son message à d’aucuns qui ne voulurent pas recevoir sa parole (Act.18:6, 20:26).

Mais pour Ézéchiel, quelle position et quelle charge ! Gardien, en effet, mais non en raison de l’adhésion de ceux pour lesquels il est établi sentinelle… C’est de la part de l’Éternel qu’il veille sur ce peuple, "soit qu'ils écoutent, soit qu'ils n'en fassent rien" car il s’en trouve qui ne veulent pas entendre, "car ils sont une maison rebelle" (2:5).
 
Le jeune prophète marqué par la ruine de son peuple, saisi sans doute aussi par la puissance de Babylone, est à nouveau placé devant cette vision de la Gloire qui le poursuivra tout au long de sa vie. Et cette Gloire de Celui qui d’un regard parcourt toute la terre est vue ici en relation avec le peuple choisi pour être son témoin sur la terre, et qui a failli. S’il est établi "sentinelle", ce sera pour veiller sur ceux de sa nation qui l’entourent, afin de les avertir au nom même de la gloire de Dieu, et pour leur bien.

22 La main de l’Éternel fut là sur moi, et il me dit : Lève-toi, sors dans la vallée, et là je parlerai avec toi. 23 Je me levai et sortis dans la vallée ; la gloire de l’Éternel s’y tenait, telle que je l’avais vue près du Kebar. Alors je tombai face contre terre. 24 L’Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes jambes. Il me dit : Va t’enfermer chez toi. 25 Toi, fils d’homme, ils mettront sur toi des cordes avec lesquelles ils te lieront : tu ne sortiras pas parmi eux. 26 Je collerai ta langue à ton palais pour que tu sois muet et que tu ne puisse les reprendre – car c’est une maison rebelle. 27 Mais quand je te parlerai, j’ouvrirai ta bouche pour que tu leur dises : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Que celui qui écoute, écoute ; et que celui qui ne prend pas garde, ne prenne pas garde – car c’est une maison rebelle.

Et la première réalité dont il aura rapidement conscience est la volonté de ne pas entendre que manifestera nombre de ses auditeurs. Ainsi nous voyons le jeune prophète entrer dans sa maison pour y demeurer, autrement dit accepter de n’être pas entendu, de n’être pas un grand prédicateur reçu et adulé. "Ils te lieront, ils mettront des cordes, tu ne sortiras pas parmi eux", des cordes morales, le refus de le recevoir, alors qu’il est étreint de cette conscience aigüe de la gloire de l’Éternel… "C’est une maison rebelle" entend-il pour la énième fois. Impossible de se faire quelque illusion. Mais comment faire entendre des paroles de consolation et de vérité si personne ne se dévouait dans ce chemin ardu ? Ézéchiel, conscient de la grandeur de l’Éternel, n’est pas de ceux qui diraient "A quoi bon ?". Il ne recule pas.

 

 
 
 
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Ezéchiel 4:1 Symbole d'une ruine annoncée


 

EZECHIEL, UN "SIGNE" POUR LES EXILES
EZECHIEL 4 à 7

Pendant quatorze mois, le jeune prophète demeurera en sa maison. En silence semble-t-il, sans nulle proclamation. Il combattra par ses gestes toute illusion d’une fin d’exil alors que Sédécias, descendant de David, règne à Jérusalem, ayant été placé sur la trône par Nabuchodonosor lui-même. Il règne, certes, mais sur un royaume réduit à la vassalité et affaibli par l’absence des exilés, souvent des personnes professant des métiers spécialisés, car le roi de Babylone "transporta tout Jérusalem, et tous les chefs, et tous les hommes forts et vaillants, dix mille captifs, et tous les charpentiers et les forgerons ; il ne demeura rien de reste que le peuple pauvre du pays" (2 Rois 24:14).
 
Un temps de silence, assurément, mais aussi d’écoute de l’Eternel. Il “entendra” la parole de Dieu, il recevra ces annonces du jugement qui se profile, la ruine complète du reste demeuré en Judée autour du roi Sédécias. Cela jusqu’à ce qu’il ait cette impressionnante vision de la Gloire quittant le Temple, comme à regret, jusqu’à se trouver au Mont des Oliviers. A ce moment, pour le prophète, il sera resté plus de quatre cent jours dans sa maison, se nourissant frugalement, face à une maquette sommaire de la ville de Jérusalem... Il est établi comme signe pour les exilés, un signe qui ne pouvait passer inaperçu…


Symboles d’une ruine annoncée – 4:1-17

Une brique et une poêle en fer, maquette de Jérusalem en état de siège, sommaire assurément mais combien sensible pour quiconque viendrait auprès d’Ézéchiel. Un affront à ceux qui croiraient à l’impossible retour au pays. Et le prophète considérera ce montage pendant quatre-cent trente jours, selon les années de culpabilité criante du Royaume du Nord, d’abord et de Juda ensuite.

4  1 Toi, fils d’homme, prends une brique. Tu la placeras devant toi et tu y traceras une ville, Jérusalem. 2 Puis, mets le siège contre elle, bâtis contre elle des tours, élève contre elle un remblai, place contre elle des camps et dresse contre elle des béliers tout autour. 3 Toi, prends une poêle de fer, et mets-la comme un mur de fer entre toi et la ville ; tu dirigeras ta face vers elle, et tu l’assiégera ; qu’elle soit en état de siège. Ce sera un signe pour la maison d’Israël.
 
4 Toi, couche-toi sur le côté gauche, mets-y l’iniquité de la maison d’Israël. Tu seras chargé de leur faute autant de jours que tu seras couché sur ce côté. 5 Moi, je t’impose un nombre de jours égal à celui des années de leur iniquité, trois cent quatre-vingt-dix jours ; tu seras ainsi chargé de l’iniquité de la maison d’Israël. 6 Quand tu auras accompli ces jours, couche-toi sur le côté droit, tu seras chargé de l’iniquité de la maison de Juda pendant quarante jours ; je t’ai assigné un jour pour chaque année. 7 Tu dirigeras ta face et ton bras nu vers Jérusalem assiégée et tu parleras sur elle en prophète. 8 Je mettrai des cordes sur toi, de sorte que tu ne puisse te tourner d’un côté sur l’autre, jusqu’à ce que tu aies accompli les jours de ton siège.

Nous ne pouvons faire un lien précis de dates, le calcul des années à cette époque reculée n’étant pas tel qu’aujourd’hui, et nous ne savons même pas si ces décomptes d’années correspondent chacun à une période identifiable ou à un cumul d’époques discontinues, mais nous pouvons comprendre le temps de support de l’Éternel à l’égard des royaumes de Samarie et de Juda où l’apostasie fut bien plus tardive. En effet, malgré bien des ombres, la fidélité à la Loi, à l’Alliance, ayant perduré bien plus tard, étant brisée avec Manassé d’abord et les fils de Josias, enfin, dont le dernier, Sédécias, est sur le trône.
Trois cent quatre-vingt-dix jours, selon les années d’iniquité du royaume d’Israël, les dix tribus, et quarante années pour l’iniquité de Juda. Les données chronologiques dont nous disposons ne permettent pas de faire coïncider ces nombres avec quelque événement, et il faut bien souligner que les chronologies n’étaient pas tenues comme elles le sont aujourd’hui ; cependant nous pouvons comprendre que l’iniquité d’Israël couvre toute la période depuis le schisme du royaume, lorsque Jéroboam Ier mena les tribus du nord après s’être opposé à Roboam, le fils de Salomon. Les quarante années de Juda conduisent au commencement du règne de Josias, un roi pieux comme il y en eût peu, mais tout au long de son règne nous pouvons voir combien son retour personnel à l’Éternel fut si peu suivi par le peuple. Le décret de désolation avait déjà été commis à son père, Manassé, dix aux auparavant (2 Rois 21:1-18).
Et tous ces mois, le prophète aura un régime alimentaire des plus frugal, la ration d’une ville en état de siège, avant d’être celui de l’exil… Car telle est l’essence même du message silencieux du prophète : la ville sera assiégée pendant plus d’une année avant d’être plongée dans la désolation, la ruine et d’être alors privée d’habitants ; Jérémie élèvera sur la ville une complainte poignante : "Comment est-elle assise solitaire, la ville si peuplée ! Celle qui était grande entre les nations est devenue comme veuve ; la princesse parmi les provinces est devenue tributaire" (Lam.1:1).

9 Toi, prends du froment, de l’orge, des fèves, des lentilles, du millet et de l’épeautre, mets les dans un seul récipient et fais-en ton pain autant de jours que tu seras couché sur le côté ; tu en mangeras pendant trois cent quatre-vingt-dix jours. 10 Ta nourriture, tu la mangeras en te rationnant : vingt sicles par jour. C’est ce que tu mangeras pendant tout ce temps-là. 11 Tu boiras l’eau à la mesure : un sixième de hîn. C’est ce que tu boiras tout ce temps-là. 12 Tu mangeras de la galette d’orge ; tu la feras cuire sur des excréments humains et sous leurs yeux. 13 Et l’Éternel dit : C’est ainsi que les fils d’Israël mangeront leur pain impur parmi les nations vers lesquelles je les chasserai.
 
14 Je dis : Ah, Seigneur Éternel, j’ai évité toute impureté ; je n’ai jamais mangé d’une bête crevée ou déchiquetée depuis ma jeunesse jusqu’à présent, et aucune viande impropre n’est entrée dans ma bouche. 15 Il me répondit : Je vais te donner de la bouse de vache au lieu d’excréments humains, et tu cuiras ton pain dessus. 16 Il me dit : Fils d’homme, voici, je brise le bâton du pain dans Jérusalem ; et ils mangeront en se rationnant et dans l’appréhension, ils boiront à la mesure et dans l’atterrement. 17 Ainsi ils manqueront de pain et d’eau, ils seront atterrés, les uns comme les autres, ils se consumeront dans leur iniquité.

Quelque cinq années avant les événements tragiques de Jérusalem, le prophète est tout à la fois le mime et le signe de ce qu’il annonce, engageant par cela les déportés de Judée à ne pas se bercer d’illusions.
Le "bâton du pain" (4:16, 5:16, 14:13, Lév.26:26, Ps.105:16), autrement dit ce qui apporte le pain, l’accès aux récoltes ou les récoltes elles-mêmes. Nous retrouverons ce "bâton" d’autres contextes, tel le "bâton du berger", signe et garant de la paix pour les brebis (Psaume 23:4), ou le "sceptre du roi" (Genèse 49:10), ou encore les bâtons "beauté" et "liens" par lesquels Zacharie symbolise le maintien de l’Alliance avec l’Éternel d’une part et l’Unité du peuple d’Israël de l’autre, alliance comme unité seront brisées lors du rejet du Messie (Zacharie 11:10,14).
Les habitants de Jérusalem connaîtront un état de siège d’une année et demie, et l’on peut réaliser ce que cela apportera de douleur. Tel est le message silencieux du prophète. Par la parole de Dieu Ezéchiel va prendre conscience avec toujours plus de force, et de souffrance, du chemin d’égarement dans lequel son peuple s’est engagé.


 

 
 
 
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