01/02/2009

Esaïe 7:1 : Il sera appelé Emmanuel


 

LE PAYS D'EMMANUEL
La présentation du Roi, Fils de David
Ésaïe 7 à 12

Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a la souveraineté sur son épaule ; on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix.
Esaïe 9.5

 
IL SERA APPELE EMMANUEL !
Ésaïe 7

Les seize années du règne de Jotam sont passées. Depuis plus de seize ans, Ésaïe se dépense à placer le peuple et leurs chefs devant leurs responsabilités, à les avertir des attentes de leur Dieu, à œuvrer pour un redressement moral. Le voilà envoyé auprès du roi Achaz, tout au début de son règne. Nous lisons ici les angoisses d’un jeune roi préoccupé des dangers qui le guettent.
 
Quelques années auparavant, un monarque puissant s’était levé en Assyrie et avait entrepris la construction d’un empire. Très rapidement après son avènement, Tiglath-Piléser III (745-727) avait étendu sa puissance à l’est sur Babylone, à l’ouest sur une partie de l’Asie mineure ainsi que sur Tyr et Sidon, les riches cités phéniciennes. En ce début du règne d’Achaz, il accentue sa pression sur les royaumes de Damas et de Samarie. La résistance s’organise en une coalition de petits états face à ces visées expansionnistes. Retsin, roi syrien de Damas et Péqah, roi d’Israël à Samarie, ont bien conscience de la nécessité d’être forts face à l’Assyrien. Ils font alliance et veulent associer le royaume de Juda à leur projet, mais le tout jeune roi Achaz refuse ! Contrariés, ils envisagent de faire la guerre à Juda, afin de placer sur son trône un homme qui entrerait dans leur alliance : le fils de Tabéel (7.6).
 
Au moment où nous sommes arrivés, nul ne sait encore ce que sera le règne du jeune roi de Juda : comment il implorera l’alliance du roi d’Assyrie, tombant de ce fait sous sa coupe, comment il se vouera aux idoles des nations jusqu’à jeter au feu de ses propres enfants dans des sacrifices abominables… Il est au début de son règne, il a vingt ans. Il vient d’être averti des menaces que font peser sur lui Samarie et Damas !

Le cœur d'Achaz et le cœur de son peuple se mirent à frémir comme les arbres de la forêt sous le vent. (7.2)

Nous le trouvons alors "au bout de l'aqueduc du réservoir supérieur, sur la route du champ du foulon." (7.3) Dans la perspective inquiétante d’une attaque des deux rois ligués contre lui, il assiste à l’examen des fortifications de Jérusalem… Nous pouvons bien nous représenter le roi et ses ministres écoutant les ingénieurs et techniciens qui examinent les travaux à réaliser pour fortifier les défenses de la ville et en garantir le système d’approvisionnement en eau. Il faut savoir qu’à cette époque, le tunnel conduisant au réservoir de Siloé les eaux de la source du Guihôn, à l’est de la ville, n’était pas creusé.

Un reste reviendra ! - 7.1-9

Au milieu de cette activité paraît le prophète Ésaïe. Et ce jour là, au temps de ces bruits de guerre à l’encontre du tout jeune roi, le prophète a la conviction de devoir lui adresser quelques mots, de lui donner des paroles de paix de la part du Seigneur, une réponse vraie à son angoisse…

Alors le SEIGNEUR dit à Ésaïe : Sors, je te prie, à la rencontre d'Achaz, toi et Shéar-Yashoub, ton fils, vers l'extrémité de l'aqueduc du réservoir supérieur, sur la route du champ du Teinturier. Tu lui diras… (7.3)

C’est un message de paix qu’Ésaïe doit apporter au jeune roi, des paroles propres à induire la confiance en Dieu ! Le prophète se rend donc auprès d’Achaz, accompagné de son fils, un fils au nom hautement significatif ! "Shéar-Yashoub" signifie : "un résidu reviendra !"
La mention de ce fils au nom singulier peut donner à penser qu’il s’agirait d’une métaphore, une image particulière soutenant le message du prophète, et non réellement d’un fils, comme il en est aussi du second, nommé Maher-Shalal-Hash-Baz. Métaphore ou fils du prophète ? Quelle que soit la réponse que nous aimons donner à cette question, la compréhension du message n’en est pas altérée. Il nous semble que ce purent être véritablement des enfants donnés au prophète. Des textes nous conduisent à le considérer ainsi; voir en particulier la naissance du second (8.1-4) et le caractère de signe qu’ils portent ensemble avec leur père (8.18), ce qui les associe vraiment.

Mais pourquoi donc ce nom donné à son fils ? Rappelons-nous ! Lors de son appel, le jeune homme Ésaïe avait demandé à Dieu : "Jusqu’à quand ?" (6.11) Jusqu’à quand faudra-t-il avertir, parler, prophétiser ? Et Dieu lui répondit : jusqu’à la ruine de tout Israël ! L’homme de foi, pénétré de la fidélité de Dieu, comprend : de la ruine inéluctable sortira un reste du peuple sanctifié… "Un reste reviendra !" Que sera ce reste du peuple qui connaîtra l’accomplissement des promesses ? Comment sera-t-il suscité ? Le prophète en parlera, car il n’est pas d’annonce de désastre sans promesse d’un retour pour ceux qui ressentent la ruine en menant deuil.Le prophète prend donc son fils, se présente à Achaz, et lui dit de la part du Seigneur des paroles d’encouragement ! Ce roi, n’est-il pas jeune encore ? N’est-il pas naturel qu’il suive le chemin de son père, le fidèle roi Jotam ?

Sois tranquille, n'aie pas peur, que ton cœur ne mollisse pas devant ces deux bouts de tisons fumants, devant la colère ardente de Retsîn, d'Aram et du fils de Remalia ! (7.4)

C’est un message de la miséricorde de Dieu. Comme pour dire : Tu trembles devant ces rois, mais que sont-ils, quelle est leur force devant Celui qui peut te garder ? Et d’ajouter : Samarie et Damas te menacent, il se montrent forts, fomentent un plan, imaginent contrôler ton pays, mais qu’en est-il de leur propre avenir ? Achaz entend des paroles bien propres à lui donner confiance et rechercher sa force en Dieu ! N’y a-t-il pas de nombreux précédents, notamment lorsque le prophète Samuel dressa cette stèle, en mémoire d’une grande délivrance : "Samuel prit une pierre qu’il plaça entre Mitspa et la Dent, et il l’appela du nom d’Ében-Ézer ("Pierre de secours") en disant : Jusqu’ici le Seigneur nous a secourus." (1 Samuel 7.12)Ésaïe poursuit son discours :

Encore soixante-cinq ans, Ephraïm, brisé, ne sera plus un peuple. La tête d'Ephraïm, c'est Samarie, et la tête de Samarie, c'est le fils de Remalia. Si vous n'avez pas foi, vous ne tiendrez pas ! (7.8)

Le prophète discerne un avenir funeste pour le Royaume des Dix tribus : la ruine, et même la perte complète de son identité nationale !
Dans les mois qui suivirent, Tiglath-Piléser (745-727) occupera Damas et Samarie. Il amputera même le Royaume de Samarie d’une partie de son territoire ; ce sera la première déportation d’Israélites, des gens de la tribu de Nephtali. En 721, dix ans plus tard, le siège commencé sous Shalmanasar V (727-722) et achevé par Sargon II (721-705) conduira à la chute de Samarie et un exil plus important vers la Mésopotamie. Du Royaume du Nord restera seulement un peuple abaissé, humilié. Après ces jours, le roi d’Assyrie Assarhadon (680-669) donnera la contrée de Samarie à des peuples du nord de la Babylonie (2 Rois 17 et Esdras 4.2). Le mélange de populations sera tel qu’alors on ne pourra plus parler du peuple d’Israël comme tel. L’identité nationale aura alors disparu en Samarie. Cela se passera en effet quelque soixante-cinq années après l’entrevue d’Ésaïe avec Achaz auprès de l’aqueduc.

Où ce peuple en sera-t-il soixante-cinq ans après cette entrevue auprès de l’aqueduc ? Revenons à Achaz ! Une telle proclamation est-elle donnée pour nourrir une fausse confiance en soi ? L’avenir entrevu donne-t-il matière à s’enorgueillir ? Ces mots auraient dû être bien encourageants pour le jeune roi plongé dans l’angoisse. Ils se terminent toutefois par un avertissement, car il n’est pas de privilège qui ne soit assorti de responsabilité. Que servirait-il d’être averti de la ruine de Samarie son ennemi, si ce n’est pour prendre garde soi-même à sa propre marche ? C’est une pierre de touche pour Achaz ! Ainsi le prophète termine par ces mots :

Si vous n'avez pas foi, vous ne tiendrez pas ! (7.9)

Et, de fait, la question est bien là : Achaz a-t-il de la foi ? Marche-t-il dans la confiance en Dieu, ou bien, sous ses dehors religieux, ne fait-il qu’imiter la coutume, les convenances sociales, ne suivant qu’en apparence le chemin tracé par Jotam, son père ?

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

18:00 Écrit par Eric dans Esaïe 7 à 12, LE LIVRE D'ESAIE | Commentaires (0)

Esaïe 7:10 : Demande un signe !


 

Demande un signe ! - 7.10-20

Et voilà la mise à l’épreuve, la voie par laquelle le Seigneur fait ressortir ce qui est au fond d’un homme, car les faits seuls rendent comptent de la foi, non pas les proclamations.
Mais quelqu’un dira : Toi, tu as de la foi ; moi, j’ai des œuvres. Montre-moi ta foi en dehors des œuvres ; moi, par mes œuvres, je te montrerai la foi.(Jacques 2.18)

Demande un signe au Seigneur, ton Dieu, soit dans les profondeurs du séjour des morts, soit dans les lieux les plus élevés. Achaz répondit : je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas le Seigneur. (7.10-11)

Il se montre "religieux", il récuse la proposition avec force, selon la Loi semble-t-il, car il y est écrit : "Vous ne provoquerez pas le Seigneur, votre Dieu, comme vous l’avez provoqué à Massa." (Deutéronome 6.16) Combien le risque est grand de faire état de connaissance, de sagesse, par quelque formule biblique afin d’affirmer une piété qui n’est que d’apparence ! Cette application formelle d’un texte de la loi n’est pas le chemin de la foi, et on peut affirmer que la religion, en ce sens, tue la foi. Souvenons-nous de Gédéon qui disposa deux fois la toison sur le champ (Juges 6.36-40) ! Sa foi et sa disposition à marcher pour Dieu avaient besoin d’être soutenues, fortifiées. Il imagina un signe, à la mesure de sa faible foi, et Dieu répondit. La proclamation tranchante d’Achaz, sa prétention d’un grand respect pour Dieu, masque ce qui sera révélé quelques mois plus tard, à savoir une profonde incrédulité qui le conduisit à provoquer Dieu comme peu de rois l’ont fait. Mais cela n’est pas connu encore… Toutefois le prophète ne se trompe pas, et sa réponse est tranchante, car il a compris ce qui est au cœur du roi :

Ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes, que vous lassiez encore celle de mon Dieu ? (7.13)

Suit alors ce signe qu’Achaz n’a pas voulu demander pour lui-même, un signe qui dût paraître bien énigmatique pour le roi :

La jeune fille est enceinte, elle mettra au monde un fils et l'appellera du nom d'Emmanuel ("Dieu est avec nous"). Il se nourrira de lait fermenté et de miel quand il saura rejeter ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon. (7.15)

Le terme hébreu "jeune fille" implique que la personne évoquée soit vierge. Les lettrés juifs qui, au IIIe siècle avant notre ère, établirent la traduction grecque, la Bible des LXX, ont appliqué ici le terme de "vierge", et ce terme grec est sans ambiguïté. La Vulgate, Bible latine fondée sur l’hébreu à la fin du IVe siècle avec l’aide de docteurs juifs de Palestine applique également le terme "vierge". C'est ce que confirme encore le "Dictionnaire de la Bible hébraïque »; le mot hébreu utilisé ici, "yalemah", est traduit par "jeune fille", "vierge". Ce même terme est utilisé pour Rebecca (Genèse 24.43) et Myriam (Exode 2.8) lorsqu’elles étaient jeunes filles dans la maison de leurs parents.

Tel est le signe majeur placé devant Achaz, les grands de son royaume, le peuple tout entier. Qui est cette jeune fille ? Où vit-elle ? Que fait-elle ? Et quand ces choses auront-elles lieu ? Il n’en est rien dit. Nous lisons seulement ceci : ce qui est mauvais sera rejeté, et son choix se portera sur ce qui est bon ! Et cela nous indique le motif de la présence, au côté du prophète, de "Shéar-Yashoub, un résidu reviendra !
 
Il n’y a aucune assimilation possible de ce signe étrange, annoncé par Ésaïe, à quelque circonstance vécue à ce moment en Juda. Le prophète arrête là son propos, nous verrons qu’il reviendra sur ce signe, en explicitant le sens, mais non plus auprès de l’aqueduc, devant Achaz !
 
Dans les circonstances présentes où Achaz est préoccupé des menaces de guerre, cet événement à venir, ce signe qu’Ésaïe annonça, n’est pas d’actualité ! Achaz n’a pas voulu de signe ; il n’a voulu ni directive, ni encouragement de la part du SEIGNEUR ! Refus de la main tendue, refus des paroles de grâce… Ésaïe poursuit alors par l’annonce de l’avenir proche : la ruine de Samarie et de Damas, mais aussi, pour Juda, des jours pires que la sécession du Royaume du Nord, et qui se produiront bien avant que le signe annoncé n’apparaisse.

Mais avant que l'enfant sache rejeter ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon, la terre des deux rois qui t'épouvantent sera abandonnée. Le SEIGNEUR fera venir sur toi, sur ton peuple et sur ta famille, des jours tels qu'il n'y en a pas eu depuis le jour où Ephraïm s'est éloigné de Juda – le roi d'Assyrie. (7.14-17)

Ces jours de désolation sont dépeints par des allégories plus dramatiques les unes que les autres. Nous y discernons les puissances du nord et du midi, sans qu’il soit question de temps, de périodes, de règnes :

les mouches qui sont aux extrémités des bras du Nil, en Egypte, et les abeilles qui sont en Assyrie (7.18)

Une désolation annoncée ! Un désastre qui s’étendra progressivement sur tout le pays d’Israël en commençant dès le règne d’Achaz par l’annexion des terres de Nephtali par le roi d’Assyrie. Plus tard, Ézéchias, fils d’Achaz, sera témoin de la destruction du Royaume du Nord. Juda sera alors un condamné en sursis, car le désastre complet était inéluctable ! Le pays lui-même, vidé de ses habitants, retournera à la vie sauvage :

Quant à tous les coteaux qu'on sarclait au sarcloir, tu ne t'y risqueras plus, par crainte des ronces et des épines : on y lâchera les bœufs, le mouton et la chèvre y piétineront. (7.25)

Une dévastation du pays, un pays piétiné par les armées, les champs et les vignes livrées aux ronces et aux épines !

Sur qui s’appuie Achaz ?

Pauvre jeune roi ! Il a vingt ans, il vient de monter sur le trône, et le voilà devant ces menaces venant de Samarie et de Damas ! Il a fait montre de prétextes religieux, déclarant ne pas vouloir offenser Dieu :

Je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas le Seigneur. (7.11)

Mais que fait-il ? Va-t-il jusqu’au bout de son raisonnement, se tourne-t-il vers le Seigneur, "la Pierre du Secours" (1 Samuel 7.12), "le Rocher"  (26.4)" ? Les mots sont "religieux", mais les actes sont ceux de la diplomatie des hommes et ils le conduiront à être vassal du roi d’Assyrie.
 
Achaz envoya des messagers à Tiglath-Piléser pour lui dire : "Je suis ton serviteur et ton fils ; viens me délivrer de la main du roi d’Aram et de la main du roi d'Israël, qui se sont dressés contre moi. Achaz prit l'argent et l'or qui étaient dans la maison du Seigneur et dans les trésors de la maison du roi, et il l'envoya comme présent au roi d'Assyrie. Le roi d'Assyrie l'écouta : le roi d'Assyrie partit à l’attaque de Damas, la prit, en exila les habitants à Qir et fit mourir Retsin. Le roi Achaz se rendit à Damas à la rencontre de Tiglath-Piléser, roi d'Assyrie. Ayant vu l'autel qui était à Damas, le roi Achaz envoya à Urie, le prêtre, la description de l’autel et le modèle de tous ses éléments…" (2 Rois 16.7-10).
 
Nous lisons ici clairement ce que produisit le discours encourageant du prophète, lorsque, auprès de l’aqueduc, il lui disait :

Sois tranquille, n’aie pas peur… (7.4)

Le roi ne voulut pas demander un signe, prétextant ne pas vouloir tenter Dieu… Il envoya des messagers demander aide et protection au puissant monarque, et s’assujettit lui-même au Roi d’Assyrie… Et puis, subjugué par la puissance, le faste du roi d’Assyrie, il perdit complètement la confiance en Dieu. Il prit des dispositions touchant le Temple du Seigneur et plongea son pays dans le syncrétisme religieux ; il alla toujours plus loin dans l’idolâtrie, allant jusqu’à offrir de ses enfants en sacrifice… (2 Rois 16.3)
 
Dès cette scène auprès de l’aqueduc, Ésaïe a compris le chemin pris par le roi Achaz. Dès ce moment il parlera plus fortement, plus clairement, de la désolation qui touchera Israël tout entier, en présentant à ceux qui l’écoutent les consolations de Dieu, les raisons de tenir dans le chemin de la fidélité lorsque tout tend à s’écrouler. Et pour cela, il va parler plus précisément de ce fils qui doit être appelé Emmanuel.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

17:30 Écrit par Eric dans Esaïe 7 à 12, LE LIVRE D'ESAIE | Commentaires (0)

Esaie 8:1 : Le pays d'Emmanuel


 

LE PAYS D'EMMANUEL
Ésaïe 8.1-9.6

Maher-Shalal-Hash-Baz - 8.1-4

Au retour de l’entrevue, Ésaïe écrit en grand, sur une tablette, un nom d’une grave signification ! C’est un nouveau pas dans son ministère, une étape nouvelle en relation avec l'accession au trône du roi Achaz. Bien différend de son père Jotam, roi fidèle, ce jeune homme n’a plus que les gestes de la fidélité. Il vient de montrer le néant de sa foi ! Il a refusé les paroles de grâce qu’Ésaïe lui apporta ! Ésaïe rapporte lui-même le geste qu’il fût conduit à accomplir :

Le Seigneur me dit : Prends une grande tablette et écris dessus, d'une manière intelligible : Maher-Shalal-Hash-Baz ("Vite au butin, en hâte au pillage !")… la prophétesse fut enceinte et mit au monde un fils. Le Seigneur me dit : Appelle-le du nom de Maber-Shalal-Hash-Baz, car, avant que l'enfant sache dire : "Papa ! Maman !", on emportera les richesses de Damas et le butin de Samarie devant le roi d'Assyrie. (8.1-4)

Des mois passent, la tablette au message sévère est toujours là, annonciatrice d’un jugement imminent, une désolation commencée sitôt après la mission diplomatique qu’Achaz envoya au roi d’Assyrie. Tiglath-Piléser vient de conquérir les royaumes de Samarie et Damas, désormais vassaux de l’Assyrie ! Et même les habitants de Nephtali sont déportés. C’est le commencement des douleurs annoncées, car le déferlement des armées assyriennes touchera, d’étape en étape, toute la terre d’Israël, quoique pour un temps, Jérusalem doive être épargnée…

Complainte sur le pays - 8.5-10

Une complainte s’élève alors. L’homme de Dieu est ému à la perspective des douleurs qui vont fondre sur son peuple. Il souffre de la désolation qui vient, et en exprime la cause :

Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloé qui coulent doucement (8.6)

Ce réservoir déjà alimenté par la source de Guihôn, dès avant le percement du tunnel sous Ézéchias, est bien ici le symbole de la grâce divine apportant les rafraîchissements de la part du Seigneur, image des eaux vivifiantes dont parlera Jérémie un siècle plus tard : "ils m'ont abandonné, moi, la source des eaux vives, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées" (Jérémie 2.13)
Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif; celui qui boira de l'eau que, moi, je lui donnerai, celui-là n'aura jamais soif: l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira pour la vie éternelle.(Jean 4:13-14)
Au lieu des eaux qui coulent doucement viendra le cours furieux des eaux dévastatrices, l’armée assyrienne.

Partout il débordera de son lit et il s'en ira par-dessus toutes ses rives ; il balaiera Juda, il déferlera et submergera, il montera jusqu'au cou. Le déploiement de ses ailes remplira l’étendue de ton pays, Emmanuel ! (8.7-8)

"Ton pays, Emmanuel !" Nous pouvions nous demander, à la première mention de ce fils de la jeune fille, quel était ce signe évoqué lors de l’entrevue de l’aqueduc. Nous avions lu qu’il choisirait ce qui est bon ! Et nous faisons ici un premier pas dans la connaissance de ce fils. Le prophète voit, au delà des désastres produits par les hommes, le temps béni du règne de justice, le règne de celui auquel le pays appartient.
Et elle enfanta un fils mâle qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer ; et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône. Et la femme s'enfuit dans le désert... (Apoc.12.5-6)
Le fils qui doit paraître est la réponse au désastre, la consolation dans la détresse, pour le prophète souffrant des jugements qu’il doit annoncer. C’est comme l’annonce d’un retournement de la puissance en ce monde, l’échec inéluctable des visées hégémoniques des puissants :

Faites un projet ; il échouera ! Dites une parole ; elle ne tiendra pas ! Car Dieu est avec nous. (8.10)

Emmanuel, Dieu avec nous ! Avant même qu’Il ne paraisse, la foi proclame une réalité – non un chant de victoire, car que valent les accents de triomphe ? – mais une affirmation de la confiance en Dieu le Tout-Puissant.
Que dirons-nous donc à ces choses ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rom.8.31)
Encore faut-il discerner qui est ce "nous", ces personnes qui peuvent faire montre d’une telle confiance ! Ce "nous" lapidaire qui sépare et oppose, qui dit avec force que Dieu accompagne le parti des oppressés face à celui des puissants ! Il établit une distinction au sein même du peuple, distinguant du courant général ceux qui craignent le SEIGNEUR… Ésaïe s’en explique…

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

16:00 Écrit par Eric dans Esaïe 7 à 12, LE LIVRE D'ESAIE | Commentaires (0)

Esaïe 8:11 : Signes et présages


 

Signes et présages pour Israël - 8.11-22

Le prophète donne alors à connaître l’enseignement qu’il reçut lui-même lorsqu’il s’engagea au service de son Dieu, ce qui fondit et soutint son ministère jusque là :

Car ainsi m'a parlé le Seigneur quand sa main m'a saisi, quand il m'a instruit pour que je ne suive pas la voie de ce peuple. (8.11)

Il fait état de sa préparation morale dès qu’il répondit à son Dieu : "Je suis là, envoie-moi !" (6.8) Et il s’en ouvre alors, après seize années, parce qu’au vu du cours que prend le royaume, il lui paraît important que l’on comprenne bien sa pensée. Assuré de la ruine, mais aussi de l’accomplissement des promesses de Dieu, il donna à son aîné le nom de Shéar-Yashoub, et aujourd’hui, placé devant le manque de foi d’Achaz, donna au second, avant même sa naissance car l’annonce en fut faite dès le retour de l’entrevue de l’aqueduc, ce nom évocateur de la ruine imminente, Maher-Shalal-Hash-Baz. Le prophète est marqué par la perspective d’une ruine complète de son peuple, ruine inévitable au vu du comportement ses dirigeants, ces hommes qui ont la forme de la religion, mais non la réalité de la foi !
Ils garderont la forme extérieure de la piété, mais ils en renieront la puissance.(2 Tim.3.5)
Il exhorte à se démarquer du climat délétère qui hante le pays :

Vous n'appellerez pas conspiration tout ce que ce peuple appelle conspiration ; vous ne craindrez pas ce qu'il craint, vous ne le redouterez pas. C'est le SEIGNEUR (YHWH) des Armées que vous devez reconnaître pour saint, c'est lui que vous devez craindre, c'est lui que vous devez redouter. (8.12-13)

Le prophète enseigne ainsi ceux qui veulent l’écouter, il comprend que "le SEIGNEUR se détourne de la maison de Jacob." Mais il se confie en Lui, "son espérance" (8.17). Un travail toujours à contre-courant, l’affirmation que les promesses de Dieu s’accompliront, mais non selon une "prétention généalogique". Elles se réaliseront dans un "reste", des Israélites marchant dans la fidélité au Seigneur. Et il s’écrie, embrassant ces deux fils auxquels il a donné des noms symboliques :

Moi-même et les enfants que le Seigneur m'a donnés, nous sommes des signes et des présages en Israël de la part du SEIGNEUR (YHWH) des Armées qui demeure au mont Sion. (8.18)

"Maher Shalal Hash-Baz", qu’on se hâte au pillage… "Shéar-Yashoub", un reste reviendra… et "Ésaïe", le Seigneur a sauvé. Le tableau d’un avenir qui n’a pas encore paru : la nuit aura une fin, l’aurore doit paraître, mais qui connaîtra cette résurrection nationale ?

A la loi et au témoignage ! Si on ne parle pas ainsi, c'est qu'il n'y aura pas d'aurore pour le peuple. (8.20)

Comme il avait dit à Achaz : "Si vous n'avez pas foi, vous ne tiendrez pas !" (7.9)
 
La Loi avait été donnée à Israël, code de gestes religieux pour les uns, pédagogie de la foi pour ceux qui croissaient dans la connaissance.
Et quand il a mis dehors toutes ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix..(Jean 10.4)
Pour la foi, le chemin est tracé : ne pas suivre le courant général, mais s’attacher à la connaissance de Dieu. Une "pierre d’achoppement" pour les uns, un "sanctuaire" pour les autres (8.14), un accès à Dieu qui ne sera jamais ôté, même lorsque la ruine sera consommée dans l’exil à Babylone. Ézéchiel l’exprimera alors : "Ainsi parle le Seigneur Dieu : Même si je les aie éloignés parmi les nations, si je les ai dispersés dans tous les pays, j’ai été pour eux, un peu, un sanctuaire dans les pays où ils sont venus." (Ézéchiel 11.16)
 
Il y avait l’Israël selon la filiation naturelle, et l’Israël selon Dieu. Pour ceux-ci, la promesse a un prix, et il tiennent la charte fondamentale, les tables de la Loi disposées dans l’arche du témoignage, dans le Sanctuaire (Exode 25.16), le symbole même de l’alliance du Sinaï ! La gloire d’Israël ne repose pas sur la possession de la Loi, mais sur l’obéissance à celle-ci. Jérémie le redira, un siècle plus tard : Comment pouvez-vous dire : Nous sommes sages, la loi du Seigneur et avec nous ! … Ils ont rejeté la parole du Seigneur, et quelle sagesse ont-ils ?"(Jérémie 8.8-9)
 
Pour ceux qui ne retiennent pas la Loi, il n’y a pas d’aurore, pas de lumière ! Et déjà les ténèbres ont commencé d’envahir le pays, événement annonciateur d’un avenir bien sombre :

il sera repoussé dans d'épaisses ténèbres. (8.22)

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

15:00 Écrit par Eric dans Esaïe 7 à 12, LE LIVRE D'ESAIE | Commentaires (0)

Esaïe 8:23 : Une grande lumière


 

Une grande lumière - 8.23-9.6

Repoussé dans d’épaisses ténèbres ! Mais y a-t-il dans l’Écriture des paroles de désespoir absolu ? Ce n’est pas la propos de Dieu ! Que nous lisions la Loi, les Prophètes, ou encore les livres de Sagesse, tous tournent le regard du lecteur vers le jour nouveau, celui de la paix, de la justice, ce jour où il n’y aura plus de larmes. Ainsi lisons nous en clôture de la Torah, le Pentateuque : "Lorsque toutes ces paroles arriveront sur toi, la bénédiction et la malédiction que j'ai placées devant toi, si, parmi toutes les nations où le Seigneur, ton Dieu, t'aura banni, tu réfléchis, si tu reviens au Seigneur, ton Dieu, et si tu l'écoutes de tout ton cœur et de toute ton âme, toi et tes fils, exactement comme je te l'ordonne aujourd'hui, alors le Seigneur, ton Dieu, rétablira ta situation ; il aura compassion de toi, il te rassemblera encore d'entre tous les peuples où le Seigneur, ton Dieu, t'aura dispersé." (Deutéronome 30.1-3)
 
Les ténèbres progressent dans le pays ruisselant de lait et de miel, le pays d’Emmanuel. Alors le prophète déploie la magnificence de l’œuvre de Dieu, il exalte son Nom en parlant de la lumière inondant la terre plongée dans les ténèbres :

Mais les ténèbres ne régneront pas toujours sur la terre où il y a maintenant des angoisses. Si le passé a réduit à peu de chose le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, l'avenir donnera de la gloire à la route de la mer, à l'autre côté du Jourdain, au territoire des nations. (8.23)

Sitôt ces paroles exprimées, le prophète lève le voile sur un avenir lumineux :

Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui habitent le pays de l’ombre de la mort une lumière a brillé… (9.1)

Les jours s’écoulent sans lumière, sans espérance, sans que l’homme puisse discerner un jour plus beau, un jour libéré… Le prophète décrit ce terrible état : joug, coups de trique, bottes piétinant le pays… le pays où règne l’ombre de la mort ! Mais ce temps ne peut durer, le silence de Dieu ne peut se prolonger à l’infini. Il y a une fin, ainsi que le psalmiste l’exprime : "Il les fit sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort, et rompit leurs liens" (Psaume 107.14). Le prophète exulte, il revient à ce signe qu’il proposa à Achaz : "la jeune fille enceinte mettant au monde un enfant, et son nom sera Emmanuel." Nous avons lu que le pays d’Israël est le pays d’Emmanuel ! Et nous faisons ici un deuxième pas dans la connaissance de l’enfant. Ésaïe s’écrie :

Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a la souveraineté sur son épaule ; on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix. (9.5)
Elle mit au monde un fils, un mâle, qui va faire paître touts les nations avec un sceptre de fer. Son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône. (Apoc.12.5)

Le fils, descendant de David comme nous le lisons au verset suivant, sera le souverain sur Israël : "Portes, élevez vos linteaux ! Élevez-vous, portails antiques ! Que le roi glorieux fasse son entrée ! Qui est ce roi glorieux ? Le Seigneur, le fort, le héros…" (Psaume 24.7-8) La louange se répand dans l’énoncé des titres de gloire qui lui seront attribués. Merveilleux, Conseiller ! Il est le vainqueur, l’agent puissant de l’accomplissement du conseil de Dieu. Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix ! Ceci rend compte d’une réalité à venir, le règne de justice et de paix sous le sceptre du "Fils de David" :

Étendre la souveraineté, accorder une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l’affermir et le soutenir par l’équité et par la justice, dès maintenant et à toujours ; voilà ce que fera la passion jalouse du SEIGNEUR (YHWH) des Armées. (9.6)

Ce sont des paroles d’espérance, de confiance, pour les croyants tandis qu’ils ont à traverser ces temps difficiles et en connaîtront d’autres, plus douloureux encore. Ils puiseront leur force, le courage, dans la confiance en la venue de l’aurore qui dissipera les ténèbres.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

14:00 Écrit par Eric dans Esaïe 7 à 12, LE LIVRE D'ESAIE | Commentaires (0)