10/10/2011

Daniel 7:1 Les quatre Empires des nations (1/2)


 

LES VISIONS DE DANIEL
DANIEL 7 à 12

 
A la suite des tableaux montrant combien la vie de foi génère des épreuves particulières, des visions sont données qui "parlent" des temps qui devaient s’écouler. Nous y voyons de grands conflits, des armées puissantes, des épreuves pour le peuple des croyants, "les saints du Très-Haut" (7:18) ; et nous pouvons comprendre alors que les scènes de persécutions à l’encontre de Daniel et de ses trois compagnon illustrent au plan individuel le sort vécu aussi collectivement par les croyants en divers temps.
 
Soulignons aussi que ces visions de la nuit ne viennent pas à un homme indifférent, léger, mais à un Daniel, un homme qui fut déterminé très jeune à honorer Dieu, qui s’enquiert de la parole, et qui a l’esprit occupé de son peuple.
 
Daniel s’enquérait de la parole de Dieu, et même de la parole des prophètes récents comme Jérémie – il faut dire que Jérémie a marqué le jeune Daniel ! N’était-il pas de famille princière, donc bien au courant de ce qui se passait à Jérusalem, et Jérémie y prêchait déjà tandis que Daniel s’y trouvait encore…


 

 
LES QUATRE EMPIRES DES NATIONS
DANIEL 7

 
"La première année de Belshatsar, Daniel vit un songe…" C’est un homme fort âgé déjà, ayant derrière lui une vie de fidélité à Dieu et de loyauté envers le roi de Babylone, mais ignoré du nouveau dirigeant du royaume (5:10). Celui-ci exerce la fonction royale alors que son père, contesté par des notables du royaume, s’est retiré en Arabie pour se consacrer au culte du dieu Lune. Il ne reviendra que dix ans plus tard, pour connaître la fin de son empire. Ainsi pouvons-nous situer l’année de la vision de Daniel autour de l’an 548. Au temps de cette vision, la situation paraît stable, les armées Médo-Perses ne sont pas encore en vue, le royaume de Babylone est campé autour d’une capitale réputée imprenable. Mais dans neuf ans, la capitale de l’empire sera investie par l’armée dirigée par Cyrus le Grand, un homme qui sera reçu comme libérateur par tous les dirigeants des nations asservies à Babylone.

7  1 La première année de Belshatsar, roi de Babylone, Daniel vit un songe, des visions de son esprit, pendant qu'il était au lit. Alors il écrivit le songe, et raconta la somme de sa vision.

La vision est extraordinaire. La grande mer est agitée, ébranlée par les "quatre vents des cieux", car cela concerne tous les peuples connus, des bêtes monstrueuses en émergent successivement pour prendre le contrôle sur les nations. Nous retrouvons ainsi, sous une autre présentation, le "Colosse aux pieds d’argile" qu’avait vu en songe le grand Nabuchodonosor, ainsi décrite par Daniel :

"La tête de cette statue était d’or pur, sa poitrine et ses bras d’argent, son ventre et ses cuisses d’airain, ses jambes de fer, ses pieds en partie de fer et en partie d’argile. Tu regardais lorsqu’une pierre se détacha sans qu’aucune main n’ait agi ; elle frappa les pieds de fer et d’argile de la statue et les broya ; alors furent broyés ensemble le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or et ils devinrent comme la balle de l’aire d’été ; le vent les emporta et l’on n’en retrouva nulle trace. Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne et remplit toute la terre" (2:32-35).


Les quatre bêtes et l’Ancien des jours - 7:2-14

Des bêtes impressionnantes, car de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu des empires d’une telle extension. Si fort et cruel qu’ait été l’ancien royaume d’Assyrie, jamais il n’atteint l’extension, la puissance et l’organisation que nous pouvons constater avec la Babylone de Nabuchodonosor.

2 Daniel prit la parole disant : Dans ma vision de nuit, je vis les quatre vents des cieux agiter la grande mer. 3 Quatre bêtes énormes montèrent de la mer, différentes l’une de l’autre. 4 La première était comme un lion et avait des ailes d’aigle ; tandis que je regardais, ses ailes furent arrachées, elle fut soulevée de terre et mise debout sur ses jambes, comme un homme, et un cœur d’homme lui fut donné. 5 Puis il y eût une deuxième bête, semblable à un ours ; elle se dressait sur son côté ; elle avait trois côtes dans sa gueule, entre ses dents, et on lui disait : Lève-toi, mange beaucoup de chair. 6 Après cela, j'en vis une autre, comme un léopard ; elle avait au dos quatre ailes d’oiseau ; cette bête avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée.

7 Après cela, dans mes visions nocturnes, je vis une quatrième bête, effrayante, terrible et extraordinairement puissante ; elle avait de grandes dents de fer, elle dévorait, écrasait et foulait aux pieds ce qui restait ; elle était différente de toutes les bêtes précédentes ; elle avait dix cornes. 8 Je considérais les cornes quand une autre corne, petite, monta d'entre elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle ; sur cette corne, il y avait des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche qui parlait avec arrogance.

Trois "bêtes" puissantes apparaissent donc successivement, la quatrième dépassant les premières ; celle-ci avait dix cornes, et une petite corne, une onzième apparut, jetant à bas les trois premières, et elle parlait avec arrogance… Les manifestations d’une puissance sans frein… Mais face à cette scène se déroulant au sein de la mer des peuples, il se trouve des trônes et une apparition empreinte de pureté et de pouvoir, un pouvoir justicier.

9 Tandis que je regardais, on installa des trônes, et l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, les cheveux de sa tête purs comme de la laine ; son trône était comme un feu flamboyant, les roues comme un feu ardent. 10 Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient, une myriade de myriades se tenaient devant lui. Les juges s’assirent et les livres furent ouverts. 11 Je regardais alors, à cause des paroles arrogantes que la corne proférait ; et tandis que je regardais, la bête fut tuée, son corps périt et fut livré au feu pour être brûlé ; 12 les autres bêtes furent dépouillées de leur puissance, mais une prolongation de vie leur fut donnée, jusqu’à une saison et un temps.

Après la réduction des puissances, leur désolation, vient la reconstruction, un royaume qui ne sera jamais détruit. Souvenons-vous des paroles du Livre de Jérémie, cet homme qui, comme la plupart des prophètes, parla du royaume à venir : "Regarde, je t'ai établi ce jour-ci sur les nations et sur les royaumes, pour arracher, et pour démolir, et pour détruire, et pour renverser, pour bâtir et pour planter." (Jérémie 1:10). Pensons aux paroles données à Ésaïe touchant le gouvernement donné au "fils" (Ésaïe 9:6-7).
 
Mais revenons à la "petite pierre" frappant les pieds du "Colosse" de Nabuchodonosor (2:32-35).

13 Dans mes visions nocturnes, je vis alors arriver, avec les nuées du ciel, comme un fils d'homme ; il s'avança jusqu’à l’Ancien des jours et on le fit approcher de lui. 14 On lui donna la domination, l’honneur, et la royauté ; tous les peuples, nations et langues se mirent à le servir. Sa domination est une domination éternelle, elle ne passera pas, et son royaume ne sera jamais détruit.

"Quatre rois qui surgiront de la terre." Dans le texte araméen (le texte de la Bible hébraïque reçu des Massorètes), l’action est ici à l’imparfait, non pas strictement au futur. Le processus a commencé et doit se poursuivre, ce qui est bien la situation dépeinte, tandis que la première bête est en place et que les suivantes doivent venir. Une lecture plus précise en français serait : quatre rois doivent surgir, l’un est venu et trois autres doivent paraître.

La scène est d’une force impressionnante. Daniel discerne que des bouleversements vont venir et que le cours des temps sera marqué d’angoisses sur toute la terre. Mais une fin à ces tempêtes est annoncée. Que comprendre ? Le prophète "entre" ici dans la vision en parlant à "un de ceux qui se tenaient là". Et il est question ici des "saints du Très-Haut", assurément les croyants véritablement attachés à Dieu. Leur tourment trouvera sa fin dans cette paix annoncée ; il leur sera ainsi rendu justice (7:22) après une effroyable persécution (7:25).


 

 
 
 
Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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Daniel 7:15 Les quatre Empires des nations (2/2)


 

La quatrième bête - 7:15-28

Daniel est particulièrement saisi par la quatrième bête, extraordinaire, la dernière des puissances qui s’imposeront sur la mer des peuples, et de cette dernière s’élèvera un roi. Quelle est donc cette corne ? Qui est ce roi qui parle avec arrogance, prononce des paroles très fortes, et que Daniel, dans la vision, "regarde faire la guerre aux saints du Très-Haut et l'emporter sur eux" ?

15 Moi, Daniel, je fus troublé au plus profond de moi ; les visions de mon esprit m’épouvantaient. 16 Je m’approchai de l’un de ceux qui se tenaient là, et je lui demandai la vérité touchant tout cela. Il me la dit et m'en fit connaître l’interprétation : 17 Ces bêtes énormes, qui sont quatre, sont quatre rois qui surgiront de la terre, 18 mais les saints du Très-Haut recevront la royauté, ils posséderont le royaume à jamais, aux siècles des siècles.

19 Ensuite je désirai avoir une certitude touchant la quatrième bête qui était différente de toutes les autres, extraordinairement terrible, avec des dents de fer et des griffes d’airain ; elle dévorait, écrasait, et foulait aux pieds ce qui restait ; 20 et touchant les dix cornes qu'elle avait sur la tête et touchant l’autre qui montait et devant laquelle trois étaient tombées, cette corne qui avait des yeux et une bouche proférant de grandes choses et qui paraissait plus forte que les autres. 21 Je regardai cette corne faire la guerre aux saints et l'emporter sur eux, 22 jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint rendre justice aux saints du Très-Haut, et que le temps arrive où les saints soient en possession de la royauté.

Daniel reçoit ici la réponse à sa question. Après les trois empires dont l’un est déjà à sa fin, Babylone, tandis que se lève la puissance médo-perse, déjà reconnue au livre d’Ésaïe (Ésaïe 13:17), "semblable à un ours" (7:5). L’histoire nous apprend ensuite la conquête d’Alexandre le Grand, avec "la rapidité d’un léopard", ayant ces quatre ailes le portant avec rapidité jusqu’à l’Indus (7:6), pour arriver alors à une quatrième et dernière puissance, extraordinaire, qui se trouve écrasée par le jugement venant d’En-Haut. Rome émerge, quatrième puissance dont l’histoire nous montre l’implacable essor, l’organisation de ses armées, l’efficacité de son administration. Les formes de gouvernement se succèdent jusqu’à ce que vienne l’Empire, et celui-ci va combattre les "saints du Très-Haut".

Il est clair que cette dernière puissance ne pouvait être connue du rédacteur du livre, car la traduction du livre en grec comme les fragments trouvés dans la bibliothèque de Qumran datent d’avant l’émergence de Rome. Quelques-uns ont voulu y voir les temps de la révolte des Maccabées, mais nous ne pouvons pas attacher aux Séleucides, cette dynastie puissante qui profana le temple de Jérusalem, les caractères extraordinaires dépeints dans la prophétie de Daniel. Les Séleucides gouvernèrent un fragment important du territoire conquis par Alexandre, certes, mais ne parvinrent jamais au statut d’un empire comme le furent Babylone et l’Empire Perse. Leur fin se trouva dans la défaite face aux Romains, un événement bien peu extraordinaire dans le cadre des conquêtes romaines, et loin d’un jugement définitif par "l’Ancien des jours", lequel introduit directement le règne messianique.

23 Il dit ainsi : La quatrième bête, c'est un quatrième royaume qui sera sur la terre, différent de tous les royaumes ; il dévorera toute la terre, la foulera aux pieds et l’écrasera. 24 24 Les dix cornes, ce sont dix rois qui s'élèveront de ce royaume. Un autre s'élèvera après eux, différent des premiers, et il abaissera trois rois. 25 Il proférera des paroles contre le Très-Haut, et opprimera les saints du Très-Haut ; il espèrera changer les temps et la loi, et ceux-ci seront livrés en sa main un temps et des temps et une moitié de temps.

Notons qu’il s’agit ici du quatrième empire, les jambes du "Colosse aux pieds d’argile", et non d’une branche du troisième, à savoir les Séleucides. La persécution perpétrée par Antiochos a bien duré trois années et demi, de 168 à 164, mais nous avons ici, manifestement, un autre événement, une autre puissance qui sera à l’œuvre à la fin des temps, comme nous le voyons encore dans la dernière page du livre (12:7).

26 Puis viendra le jugement, et on lui ôtera la domination, elle sera anéantie et définitivement perdue. 27 La royauté, la domination et la grandeur des royaumes qui sont sous le ciel seront donnés au peuple des saints du Très-Haut dont le règne sera un règne qui durera à toujours, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront.

Daniel reçut donc une vision qui couvre toute la période qui sera appelée "le temps des nations" (Luc 21:24), soit depuis la chute de Jérusalem sous Nabuchodonosor jusqu’au règne du Messie. Nous voyons que des fidèles sont en attente d’un retour de l’exil, vers la fin des soixante-dix années dont a parlé le prophète Jérémie (Jér.25:12 et 29:10), mais, ici, le lecteur peut comprendre la fragilité de ce rétablissement de Juifs dans le pays pour la reconstruction du Temple et de la ville de Jérusalem. Si importante soit cette phase de l’histoire du peuple choisi, l’attente du croyant israélite n’est pas la réédification de la nation par des actions politiques, mais l’établissement du règne messianique, ce royaume qui "durera à toujours" (7:27).


Daniel et la vision - 7:28

Que fit Daniel lorsqu’il reçut cette vision ? Nulle réflexion, nulle déduction, nulle publicité, mais une émotion profonde ; il est troublé et "conserve ces paroles dans son cœur." Ce n’est pas pour lui une occasion de supputations, car que peut-il savoir, et aujourd’hui que pouvons-nous savoir, quant à ces événements extraordinaires qui mettront un terme à l’arbitraire des hommes et établiront un monde nouveau, guidé par la sagesse et la puissance du Messie ?
 
Ce qu’il importe de retenir, c’est que pour ce monde où "il n’y a rien de nouveau sous le soleil" (Ecclésiaste 1:9), il y a une fin et l’introduction d’un royaume éternel sous l’égide du Messie d’Israël. Et dans cette confiance, le croyant est nourri de la réalité de Dieu, laissant l’homme à ses libres choix, à sa responsabilité ; il a le regard tourné vers sa créature pour amener, en son jour – duquel nul ne peut connaître la date – l’ère de bénédiction promise qui n’aura pas de fin.

28 C'est ici la fin du message. Quant à moi, Daniel, mes pensées me troublèrent beaucoup, mon apparence en fut changée, mais je conservai ces paroles dans mon cœur.

Les paroles prophétiques sont ainsi données à un juste devant Dieu, un homme qui saura garder simplement ces paroles et trouvera sa confiance en Dieu confortée et fortifiée. Daniel, homme pieux, a compris que beaucoup de temps doit se passer avant le rétablissement de la nation tel qu’il a été annoncé par les prophètes.

 
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La vision allant jusqu’au jugement par l’Ancien des jours, nous pouvons nous interroger touchant la quatrième bête dans laquelle nous discernons l’empire romain, si bien dépeint dans cette page ; car celui-ci aussi disparût dans le cours de l’histoire. Il faudra le Livre de l’Apocalypse pour que nous ayons la mention d’une résurrection de l’Empire (Apoc.13:14). Ce point pouvait toutefois être omis lors de la vision de Daniel, car il n’aurait alors été d’aucune aide pour la compréhension de la vision.
 
Quel est le but d’une telle vision, le rôle moral qu’elle peut jouer pour les exilés, dix ans avant que le second empire ne paraisse, avec Darius le Mède et surtout Cyrus le Grand ? Retenons que la vision est essentiellement messianique, elle met en évidence l’opposition des hommes, la persécution des croyants, nous montrant que la fin de cet opprobre ne viendra que par le règne du Messie.


 

 
 
 
Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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Daniel 8:1 Une nouvelle puissance politique


 

DEUX BETES ET UNE NOUVELLE PUISSANCE
DANIEL 8

 
Environ deux années ont passé quand Daniel reçoit une nouvelle vision. Il se trouve toujours à Babylone, au service du roi, mais en vision il est transporté à l’étranger, précisément au palais de Suse, près du fleuve Oulaï. En cette année 548, le petit royaume d’Elam, dont Suse était la capitale, vivait ses dernières années de relative indépendance entre ses puissants voisins de Babylone et de Perse. Dès après la conquête de Suse en 540, puis de Babylone l’année suivante, le royaume d’Elam fut muée en une petite satrapie avant qu’un successeur de Cyrus le Grand, Darius Ier ne fit de Suse l’une de ses capitales.

8  1 La troisième année du règne du roi Belshatsar, moi, Daniel, j'eux une vision, après celle qui m’était apparue précédemment.

Le texte est très précis. Il s’y trouve une question touchant Elam, appelé "province d’Elam", alors qu’Elam était un royaume indépendant à la date de la vision. Le texte nous conduit à penser en une écriture tardive de la vision, semble-t-il, dans laquelle Elam est citée dans son statut lors de l’écriture. Cela répondrait bien à la mention : "Tiens secrète cette vision" (8:26).

La vision fait explicitement référence aux épopées glorieuses de Cyrus d’abord et d’Alexandre le Grand ensuite. Elle conduit directement à l’élévation des Séleucides établis sur la Syrie lors du partage de l’empire d’Alexandre, et ensuite à la profanation du temple de Jérusalem par Antiochos IV Epiphane, roi de Syrie, cause de la révolte des frères Maccabées. Le temple, profané par Antiochos qui l’avait dédié à Zeus est retourné au culte de YHWH après des années de profanation. Suivra alors l’édification de la dynastie juive des Hasmonéens, des rois plus ou moins indépendants de la Syrie d’abord, puis soumis aux Romains.


Le bélier et le bouc - 8:2-14

Un bélier se tient devant le fleuve ; un imparable coup du butoir va toucher la petite ville de Suse avant que ce même bélier n’investisse Babylone… Deux cornes, car les armées qui s’avanceront sont celles de Cyaxare II, appelé aussi Darius le Mède, alors que c’est son neveu, un homme valeureux, les conduit ; il s’agit de Cyrus, roi de Perse, qui succèdera à son oncle à la tête des Mèdes et des Perses, cette "plus haute des cornes qui s’éleva la dernière".

2 Je regardais cette vision, et à ce que je voyais, j’étais à Suse, au palais, dans la province d’Élam, et je vis dans la vision que j’étais près de l'Oulaï.

3 Levant les yeux, je vis un bélier qui se tenait devant le fleuve. Il avait deux cornes ; ces deux cornes étaient hautes, mais l’une était plus haute que l’autre, et la plus haute s’éleva la dernière. 4 Je vis le bélier qui frappait vers l’occident, et vers le nord, et vers le midi ; aucun animal ne pouvait lui résister et personne ne pouvait délivrer de sa main ; il faisait ce qu'il voulait et grandissait.

5 Comme je réfléchissais, un bouc arriva du couchant parcourant toute la terre sans la toucher ; ce bouc avait une corne impressionnante entre les yeux. 6 Il arriva auprès du bélier qui avait les deux cornes, celui que j’avais vu devant le fleuve ; il courut sur lui dans l'ardeur de sa force ; 7 je le vis s'approcher du bélier et s’exaspérer contre lui ; il frappa le bélier et lui brisa les deux cornes, sans que le bélier eût la force de lui résister ; il le jeta par terre et le piétina, et il n’y eut personne pour délivrer le bélier de son pouvoir.

La puissance médo-perse établie, surgit alors un bouc venant du couchant, de l’occident. Il parcourait la terre "sans la toucher", expression d’une rapidité de conquête qui dépeint on ne peut mieux l’établissement si impressionnant de l’empire d’Alexandre, fils de Philippe II, roi de Macédoine.
 
Comme nous le voyons par la suite, ces annonces prophétiques ne sont qu’une introduction à la parole saisissante qui va plonger Daniel dans l’effroi (8:27). La vision se poursuit par la division de l’empire d’Alexandre et l’élévation progressive des Séleucides dont on sait qu’ils ont disputé aux Lagides d’Égypte la domination sur "le pays de beauté", la terre d’Israël.

8 Le bouc devint très grand mais, lorsqu’il fut devenu puissant, la grande corne se brisa. Quatre cornes imposantes s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents du ciel. 9 De l’une d’elles sortit une corne, toute petite, qui s'aggrandit extrêmement vers le midi et le levant, et vers le pays de beauté. 10 Elle s'éleva jusqu’à l’armée du ciel, fit tomber à terre une partie de cette armée et des étoiles, et elle les piétina. 11 Elle s’éleva jusqu’au chef de l’armée ; le sacrifice continuel lui fut ôté et le lieu de son sanctuaire fut renversé. 12 L'armée fut livrée, en plus du sacrifice constant, à cause de la transgression ; la corne jeta la vérité par terre et réussit dans ses entreprises. 13 J’entendis parler un saint ; et un autre saint dit à celui qui parlait : Jusqu’à quand durera la vision sur le sacrifice continuel, la transgression dévastatrice et le lieu saint et l’armée livrée et piétinée ? 14 Et il me dit : Jusqu’à deux mille trois cents soirs et matins, après quoi le lieu saint sera purifié.

La vision est saisissante pour Daniel. Jérusalem est toujours en ruine, le temple n’est toujours que désolation et cendres, et le "voyant" est placé devant le temple réédifié et le service sacerdotal réinstauré. Mais alors l’armée du ciel est plongée dans un grand désastre, "livrée et piétinée". C’est tout le peuple des croyants qui est ici touché, et en premier ses "étoiles", ceux qui tiennent une position d’autorité parmi eux. Le temple étant profané par ce roi impie, Antiochos IV Epiphane (175-163).


L’interprétation - 8:15-27

Daniel est un homme qui réfléchit, comme nous l’avons vu (8:5) ; la vision n’est pas un film qui passe devant un regard distrait, mais une révélation qui conduit à de sérieux questionnements. Il cherche à comprendre. La voix d’un homme se fait alors entendre, disant à Gabriel, un ange, de "faire comprendre la vision" (8:16). La parole de Dieu est ainsi transmise par le canal d’un ange.

15 Tandis que moi, Daniel, je regardais cette vision et je cherchais à la comprendre, il apparut quelqu'un qui avait l'aspect d'un homme vaillant, il se tenait devant moi. 16 J’entendis la voix d’un homme au milieu de l’Oulaï, et il criait, disant : Gabriel, fais comprendre la vision à celui-ci. 17 Alors, il vint près du lieu où j’étais. A sa venue, je fus rempli d'effroi et tombai face contre terre. Il me dit : Comprends, ô homme, car la vision est pour le temps de la fin. 18 Comme il me parlait, je restai frappé de stupeur, face contre terre. Il me toucha et me fit tenir debout à la place où j’étais. 19 Puis il dit : Je te fais connaître ce qui arrivera au terme de mon indignation, car il y a un temps déterminé pour la fin.

20 Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses. 21 Le bouc velu, c’est le roi de Grèce, et la grande corne entre ses yeux, c’est le premier roi. 22 Qu’elle ait été brisée et que quatre se soient élevées à sa place, c’est que quatre royaumes se dresseront à la place de la nation, mais non avec la même puissance. 23 A la fin de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure, il s'élèvera un roi arrogant et retors. 24 Sa puissance s'afirmera, mais ce ne sera pas par sa propre force ; il causera des destructions inouïes, réussira dans ses entreprises et détruira les puissants et le peuple des saints. 25 Par son habileté, la tromperie lui réussira, il aura de l'arrogance dans le cœur, et en pleine paix il corrompra beaucoup de gens ; il se lèvera contre le prince des princes, mais il sera brisé sans l'action d'aucune main.

Antiochos IV Epiphane périt d’une mort bien particulière, "sans l’action d’aucune main" (8:25), lorsque, voyant la déroute de ses armées et la force croissante des Judéens, il tomba malade de désespoir, malade jusqu’à en mourir (1 Maccabées 6:8-16, 2 Maccabées 9).
 
Mais le regard du prophète est conduit plus loin dans le temps. Gabriel a fait entendre ces mots : "la vision est pour le temps de la fin" (8:17). Par ceci, nous sommes conduits de la considération d’événements lointains pour Daniel, mais passés aujourd’hui – les agissements d’Antiochos IV Epiphane et la révolte des Maccabées – et à une avancée importante dans le temps, avec pour transition la mention d’une nouvelle puissance, arrogante et retorse, qui sera "brisée sans l’action d’aucune main !" (8:25), revenant ainsi au "Colosse aux pieds d’argile" : "Tu vis, jusqu'à ce qu'une pierre se détacha sans mains ; et elle frappa la statue dans ses pieds de fer et d'argile, et les broya" (2:34). Car nous lisons en effet : "Je te fais connaître ce qui arrivera au terme de mon indignation" (8:19).
 
Ce n’est pas sans raison que ce roi particulièrement arrogant est pour le croyant une préfiguration de l’Antéchrist.

26 Cette vision du soir et du matin est vérité. Quant à toi, tien secrète cette vision, car elle se rapporte à des jours lointains.

"Des jours lointains !" En effet, bien des années se passeront avant que cette nouvelle épreuve ne s’abatte sur la Judée, en effet, le temple n’est pas encore reconstruit. De là vient sans doute cette demande instante que la parole soit "tenue secrète". Mais pourquoi, et jusques à quand ? Que dire ? Nous ne pouvons répondre, mais cependant un point peut être évoqué. Il concerne les Judéens en exil à Babylone qui, à cette période de l’histoire, avaient à cœur le retour à Jérusalem. Nourris par les paroles de Jérémie et d’Ezéchiel, dont le souvenir devait être vivace, ils attendaient ce temps du retour… Bientôt une voix allait s’élever à Babylone pour dire "Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu'elle a reçu de la main de l'Éternel le double pour tous ses péchés" (Ésaïe 40:1-2) et exhorter les Judéens à rentrer dans leur pays pour y reconstruire le Temple et la ville (Ésaïe 48:20). Mais la vision de Daniel, cette douloureuse période pour les croyants, va au-delà des temps si heureux de la réédification d’un témoignage à l’Éternel en réponse à l’édit de Cyrus le Grand.
 
La ferveur des descendants des bâtisseurs du second temple, pouvait être secouée par cette nouvelle épreuve qui devait atteindre leur nation. "N’en sera-ce jamais fini ?", peuvent-ils se demander… Et alors cette page est écrite pour encourager les fidèles, leur dire que si de tels désastres arrivent, Dieu a son regard sur le peuple qu’Il a choisi.


Daniel et la vision touchant les temps de la fin - 8:27

Le récit nous montre ainsi un fidèle épris du sort de son peuple, tourné moralement vers Jérusalem, toujours en ruine, à qui il est donné de considérer un avenir peu heureux, mais dont la fin est la prise en main des affaire du monde par Celui qui aura raison de l’injustice et de l’iniquité, après qu’une puissance arrogante et retorse n’atteigne le comble de l’ignominie.

27 Moi, Daniel, je défaillis et je fus malade quelques jours ; ensuite je me levai et m’occupai des affaires du roi. J'étais atterré à cause de la vision ; je ne la comprenais pas.

Une vision effrayante ! Comment ne pas être troublé face à la cette réalité des épreuves répétées du peuple de Dieu, face aux persécutions de la famille de Dieu, les "saints du Très-Haut" ? Et comment alors ne pas s’écrier avec le Psalmiste : "Jusques à quand les méchants, ô Éternel ! Jusques à quand les méchants se réjouiront-ils ?" (Psaume 94:4).
 
Daniel a bien compris les termes de la vision, les images et les paroles qu’il reçut, mais qui pourrait comprendre cette souffrance qui ne quitte jamais vraiment la famille de la foi ? Cependant nous savons qu’il en est du croyant comme du Messie, et cela, Daniel va l’apprendre lui-même dans la vision qu’il aura plus tard, lorsqu’il entendra : "Après les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché et n’aura rien" (9:26). D’autres parleront des souffrances de Celui qui devait venir, exprimant l’un le visage du Messie marqué par la douleur (Ésaïe 52:14), l’autre les blessures qui creuseront ses mains (Zacharie 13:6). Nous voyons ainsi pourquoi Daniel "était atterré à cause de la vision et ne la comprenait pas".


 

 
 
 
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Daniel 9:1 Oracle des Soixante-douze semaines (1/2)


 

L'ORACLE DES SOIXANTE-DOUZE SEMAINES
DANIEL 9

 
Daniel examine l’annonce de Jérémie touchant les soixante-dix ans de la puissance babylonienne, arrivée à son terme, et la fin de l’exil qui devait l’accompagner. Darius le Mède règne sur Babylone, mais non encore Cyrus, roi de Perse et vassal du roi des Mèdes. Quelques mois encore, et ce dernier recevra le pouvoir et promulguera son édit touchant l’engagement au retour des Judéens dans leur pays, pour y redresser le temple et reconstruire Jérusalem.
 
En effet, dans les dernières années du roi Sédécias, Jérémie, le prophète, a parlé de la fin du royaume de Nabuchodonosor (Jér.25.11 et 29.10) et de la fin de l’exil des Judéens à Babylone, notamment dans une lettre adressée aux exilés à Babylone (Jér.29:4-32).

9  1 La première année de Darius, fils d’Assuérus (nom hébreu de Xerxes), de la dynastie des Mèdes, qui fut fait roi du royaume des Chaldéens, 2 la première année de son règne, moi, Daniel, je compris par les livres le nombre des années qui devait s'accomplir sur les ruines de Jérusalem, d'après la parole de l’Éternel parvenue à Jérémie le prophète : soixante-dix ans.

Daniel présente son humiliation devant Dieu, en tant que membre du peuple rebelle, comme d’autres serviteurs de Dieu l’on fait ou le feront (Esdras 9, Néhémie 9). Il doit être âgé d’environ quatre-vingt cinq ans déjà ! Une longue course marquée par une grande fidélité.


Prière et supplications de Daniel - 9:3-19

Considérer les vraies causes de la situation désastreuse d’Israël, et l’assumer, exclut toute plainte personnelle. L’homme a médité tout au long de sa vie et continue de le faire. Il présente à Dieu une réelle confession, alors que sa vie personnelle a été et demeure exemplaire. Nous ne pouvons qu’être saisis de la manière dont cet homme mûr et rempli de sagesse s’assimile à son peuple dans cette confession, alors qu’il avait du quitter sa famille et son pays dès son adolescence pour vivre dans un milieu moralement hostile.

3 Je me tournai vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière et les supplications, dans le jeûne, sous le sac et la cendre. 4a Je priai l’Éternel, mon Dieu, et je fis ma confession, disant :

4b Je te suplie, Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes l’alliance et la fidélité envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements ! 5 5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons agi en méchants et en rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles. 6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. 7 À toi, Seigneur, la justice, et à nous la confusion de face, comme il en est aujourd’hui pour les hommes de Juda, les habitants de Jérusalem et tout Israël, à ceux qui sont proches comme à ceux qui sont loin, dans tous les pays où tu les as chassés à cause des infidélités qui ont été commises envers toi. 8 Seigneur, à nous la confusion de face, à nos rois, nos princes, et nos pères, parce que nous avons péché contre toi. 9 Au Seigneur notre Dieu sont la compassion et le pardon, car nous avons été rebelles envers lui. 10 Nous n’avons pas écouté la voix de l’Éternel, notre Dieu, pour marcher selon ses lois qu’il a mises devant nous par ses serviteurs les prophètes.

D’emblée, la fermeté mais aussi la fidélité de Dieu sont soulignées, ce Dieu qui "garde l’alliance et la fidélité envers ceux qui l’aiment et gardent ses commandements" (Deutéronome 7:9). C’est ici la définition même de la foi ; elle est confiance et adhésion à la parole qui vient de Dieu. Il est vraiment heureux de constater que si l’Alliance a été rompue unilatéralement par Israël, en tant que peuple, elle est maintenue envers quiconque se tient devant Dieu, aimant et gardant ses commandements. Dans l’exil, n’est-Il pas pour quiconque s’attend à Lui comme "un petit sanctuaire" (Ézéchiel 11:16). Daniel dit et redit "A nous la confusion de face", mais il a confiance en la compassion de Dieu…

11 Tout Israël a transgressé ta loi et s’est détourné en n’écoutant pas ta voix. Alors se sont répandues sur nous les malédictions liées au serment qui sont écrites dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu, parce que nous avons péché contre Dieu. 12 Ses paroles ont été accomplies, celles qu’il avait prononcées contre nous et contre les chefs qui nous ont gouvernés, en faisant venir sur nous un malheur si grand qu'il n'en est jamais, sous tous les cieux, arrivé de semblable à ce qui est arrivé à Jérusalem. 13 Comme cela est écrit dans la loi de Moïse, tout ce malheur est venu sur nous, et nous ne nous sommes pas tournés vers l’Éternel, notre Dieu pour revenir de nos iniquités et comprendre ta vérité. 14 L’Éternel a veillé sur ce malheur et l’a fait venir sur nous ; car l’Éternel, notre Dieu, est juste dans toutes les œuvres qu’il a faites ; et nous n’avons pas écouté sa voix.

Ce qui est survenu pour Israël était écrit dans la loi de Moïse ! N’est-il pas écrit  "Mais si ton cœur se détourne, et que tu n'écoutes pas…", pour ajouter "J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta semence" (Deutéronome 30:15-20, voir aussi 29:27-28).
 
Le fidèle peut-il réclamer justice ? Nous voyons le cheminement de pensée de cette supplication : reconnaissance de la justice de Dieu, de la juste sentence appliquée, jusqu’à en venir à cette réalité qu’il en va du nom du Seigneur Dieu. Ainsi le fidèle trouve un levier pour sa supplication, disant "car ta ville et ton peuple – réellement coupable – sont appelés de ton nom".

15 Et maintenant, Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple d’Égypte à main forte, et qui t’es fait un nom, comme il paraît aujourd’hui, nous avons péché, nous avons agi en méchants ! 16 Seigneur, s'il te plaît, selon toutes tes justices, que ta colère et ta fureur se détournent de ta ville, Jérusalem, ta sainte montagne. Car à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont exposés aux outrages de tous ceux qui nous entourent.

17 Maintenant donc, ô notre Dieu, entends ma prière et ma supplication, à moi, ton serviteur ! Pour l'amour du Seigneur, fais briller ta face sur ton sanctuaire désolé. 18 Mon Dieu, tends l'oreille et écoute, ouvre les yeux et vois nos lieux dévastés et la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n’est pas à cause de nos actes justes que nous présentons devant toi nos supplications, mais à cause de tes grandes compassions. 19 Seigneur, entends ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! Ne tarde pas, agis en vue de toi-même, mon Dieu, car ta ville et ton peuple sont appelés de ton nom.

Que de supplications du Livre des Psaumes trouvent leur fondement dans ces paroles "à cause de ton nom…", ajoutant pour le peuple "délivres-nous" (Ps.79:9), et pour soi-même "tu pardonneras mon iniquité" (Ps.25:11) ou encore "mène-moi et conduis-moi, agis pour moi, fais-moi vivre" (Ps.31:3, 109:21, 143:11). Ici, Daniel paraît fait écho au prophète Jérémie dans le livre duquel il a pu lire : "À cause de ton nom, ne dédaigne point, n'avilis pas le trône de ta gloire ; souviens-toi, ne romps pas ton alliance avec nous." (Jér.14:21).
 
Dans ces jours de fin d’exil, un prophète se lèvera à Babylone pour exhorter à saisir l’opportunité de "sortir de Babylone" et dira : "Voici, je te purifierai, mais non comme de l'argent : je t'ai choisi au creuset de l'affliction. À cause de moi-même, à cause de moi-même, j’agirai ; car comment mon nom serait-il profané ? Et je ne donnerai pas ma gloire à un autre. Écoute-moi Jacob, et toi, Israël, que j'ai appelé. Moi, je suis le Même, - moi, le premier, et moi, le dernier." (Ésaïe 48:10-12).
 
Revenant à la confession de Daniel, nous saisissons avec force combien les événements annoncés ne sont pas donnés pour générer des supputations de dates, pour envisager une puissance politique ou religieuse ou s’arrêter sur quelques évaluations savantes ; elles engagent le croyant, le fidèle, à se trouver devant Dieu, connaître sa pensée et s’appliquer à répondre à son attente. Pensons ! La supputation d’une date ou d’un événement, la connaissance d’un jugement à venir qui toucherait la terre dans plusieurs générations… Quelle valeur aurait cette préoccupation pour une âme ? C’est bien l’exemple que nous donne ce récit touchant la supplication de Daniel. Il reçoit la parole de Dieu et s’applique à marcher selon ce qu’il connaît, fidèle à ce qu’il croit.


 

 
 
 
Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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Daniel 9:20 L'oracle des Soixante-douze semaines (2/2)


 

Gabriel et les soixante-dix semaines - 9:20-27

Daniel est étreint de la parole qu’il a lue au Livre de Jérémie touchant la fin de l’exil de son peuple, mais il va recevoir une nouvelle révélation. L’histoire d’Israël n’est pas achevée avec le retour à Jérusalem, à la fin de la puissance de Babylone, quoique ce fut une magnifique opportunité pour les Judéens en exil, car ils devaient, selon les Ecritures, aller rebâtir le Temple à l’invitation de Cyrus (Ésaïe 44:28).

Notons en passant que Cyrus le Perse était zoroastrien, disciple de Zarathoustra, et donc avait foi en Dieu, l’Unique, même si cette connaissance était venue hors de la révélation faite à Abraham et Moïse. Remarquons toutefois que Zarathoustra apparut en Médie un siècle après qu’un flot d’exilés d’Israël, du royaume de Samarie, aient été envoyés dans cette lointaine province du royaume assyrien (2 Rois 17:6).

Ce retour d’exil d’une petite partie des familles exilées, était le chemin voulu par Dieu pour qu’un peuple soit réuni pour "préparer un chemin pour le Seigneur" (Ésaïe 40:3). En effet, si cet appel entendu à Babylone en fin d’exil était essentiellement moral, s’adressant à chacun en particulier, il devait résulter notamment en l’établissement d’un peuple au sein duquel allait paraître le Messie.
 
La révélation est donnée à Daniel, un homme qui est loin de rechercher des dates et des événements, un croyant fidèle qui lit les Ecritures. Un "bien-aimé", un homme "qui fait ce qui est droit, qui aime la bonté, et qui marche humblement avec son Dieu" (Michée 6:8), un de ces hommes qui "craignent l’Éternel" et dont celui-ci fait son "trésor particulier" (Malachie 3:16-17). Un homme auquel Dieu aime communiquer sa pensée, tel Abraham à propos duquel il dit : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire" (Genèse 18:17).

20 Je parlais encore, je priais et faisais la confession de mon péché et du péché de mon peuple Israël, je présentais ma supplication devant l’Éternel, mon Dieu, pour la sainte montagne de mon Dieu.

21 Je parlais encore en priant, lorsque Gabriel, l’homme que j’avais vu dans la vision, au commencement, s'approcha vers moi d'un vol rapide à l'heure de l’offrande du soir. 22 Il m'instruisit, il me parla disant : Daniel, je suis sorti, maintenant, pour éclairer ton intelligence ; 23 au commencement de tes supplications, la parole a été émise et je suis venu pour te la déclarer, car tu es un bien-aimé. Comprends donc la parole, et sois intelligent dans la vision :

24 Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville pour faire cesser la transgression et mettre fin à tes péchés, pour faire l'expiation des fautes et amener la justice des siècles, pour sceller vision et prophète et pour oindre le saint des saints. 25 Sache et comprends : Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem jusqu’au Messie, le prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines ; la place et le fossé seront rebâtis, mais en des temps de trouble. 26 Après les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché et n’aura rien. Le peuple du prince qui viendra détruira la ville et le lieu saint, et la fin en sera avec débordement, jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolations. 27 Il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine et, au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; à cause de la protection des abominations, il la rendra désolée, jusqu’à ce que la consomption et ce qui est décrété soient versés sur la désolée.

Daniel a évoqué la reconstruction de la ville de Jérusalem (9:16), mais aucun ordre n’est alors donné pour sa reconstruction, quoique celle-ci soit évoquée au Livre d’Ésaïe (Ésaïe 44:26) ; il faudra attendre encore quelques années. Dans les mois qui allaient suivre cette vision, un ordre sera donné par Cyrus le Grand pour rebâtir le temple (Esdras 1:2), et nous pourrons voir des habitations restaurées, mais dans un lieu ouvert, sans protections, sans fortifications. La parole donnée à Daniel va au-delà, exprimant la reconstruction de la ville, une vraie ville avec une place, centre de rassemblement et de décisions, et un fossé qui en délimite les contours et établit sa protection (Néhémie 2:7-8). Et dès cet ordre donné, s’écouleront des "septaines d’années" jusqu’à l’accomplissement de ce qui fonde le plan rédempteur. Soixante-dix semaines d’années sont déterminées jusqu’à ce que la question de la responsabilité de l’homme devant Dieu soit entièrement traitée.

Lisant les Ecritures, nous voyons l’édification du Second Temple, en accomplissement de l’Edit de Cyrus (Esdras 1) suivi de son développement lors de la montée d’Esdras lui-même à Jérusalem (Esdras 6). Jérusalem est alors habitée, mais non encore dans son statut de ville protégée ; les murailles sont toujours en ruine. Au cours de la vingtième année du roi Artaxerxés (465-424), Néhémie est troublé de cette situation et s’en ouvre au roi. Celui-ci envoie alors Néhémie à Jérusalem, avec la mission d’y reconstruire la ville ; quelques années plus tard, la ville est parée de murailles et de portes. Pendant les travaux, les dirigeants de la population non-juive de la région manifestent une vive opposition, mais la muraille s’achève et est inaugurée par une grande célébration (Néh.12:27-43).
 
Il y a, dès cette parole pour rebâtir Jérusalem, "sept semaines et soixante-deux semaines" jusqu’à l’accomplissement de cette parole : "le Messie sera retranché et n’aura rien."   Le décompte des années conduit à soixante-neuf fois sept ans, soit quatre cent quatre-vingt trois années à compter de l’envoi de Néhémie. A quelques années près, justifiées par l’usage de nombres symboliques – sept, soixante-dix – nous arrivons à la crucifixion : "Le Messie sera retranché et n’aura rien".
 
Il reste alors une soixante-dixième semaine à courir, au milieu de laquelle, comme nous le lisons, seront arrêtés de force "le sacrifice et l’offrande". Nouvelle destruction du Temple, perpétrée par "le peuple du prince qui viendra". Nous pouvons y voir cette épreuve tragique qu’est la révolte juive qui commença en l’an 66, conduisit à la destruction du temple en l’an 70 et le dernier désastre à Massada en 73. Et depuis lors, il n’y a plus de temple à Jérusalem, et la ville est objet de contestations et de troubles. Il s’agit de l’ancienne ville située dans le secteur appelé "Jérusalem-Est".
 
La vision évoque alors "le prince qui viendra", nouveau dirigeant de l’empire romain dont l’arrogance et l’impiété n’auront pas de bornes ; il s’agit bien de la puissance dont il a été question lors de la première vision : "Je considérais les cornes quand une autre corne, petite, monta d'entre elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle ; sur cette corne, il y avait des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche qui parlait avec arrogance". Elle paraîtra sur la terre à la fin, pour connaître son jugement par "l’Ancien des jours" (7:8-9).

Comment lire une telle révélation sans en être bouleversé ! Le récit nous montre que le Messie viendra, il en donne même la période, mais tellement lointaine ! Pensons à un événement annoncé pour dans plus de quatre siècles ! Pour les croyants qui se sont attachés à ce texte à l’époque où ils en eurent connaissance, la grande leçon n’est donc pas une question de dates, mais tient essentiellement dans le fond de la question évoquée, à savoir le décret divin consistant à régler par devers Lui la question de la culpabilité des hommes en manifestant le Messie. Dieu prendra en main toute cette réalité du jugement pour en assumer le prix et justifier ainsi la grâce.
 
Ne sont-ce pas ici les leçons essentielles de cette parole :
Le Messie va "faire l'expiation des fautes et amener la justice des siècles". Ce que nous lisons au Livre d’Ésaïe : "mais il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris" (Ésaïe 53:5).
"Le Messie sera retranché et n’aura rien." Comment ne pas lire ici la parole du Livre d’Ésaïe : "Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs, et sachant ce que c'est que la langueur, et comme quelqu'un de qui on cache sa face ; il est méprisé, et nous n'avons eu pour lui aucune estime" (Ésaïe 53:3).
Voici la confiance des fidèles : savoir qu’ils sont en relation avec Celui qui a de telles pensées de grâce et de miséricorde, car cet "avenir annoncé" révèle le "présent heureux" du fait qu’ils ne peuvent être oubliés de Dieu. Et pendant plusieurs siècles ces paroles touchant la venue du Messie ont été lues parmi les Juifs. Ils seront nourris de la parole de Dieu, les fidèles se parleront l’un à l’autre, comme le dira Malachie, un siècle après le retour de l’exil et la construction du second temple : "Alors ceux qui craignent l'Éternel ont parlé l'un à l'autre, et l'Éternel a été attentif et a entendu, et un livre de souvenir a été écrit devant lui pour ceux qui craignent l'Éternel, et pour ceux qui pensent à son nom." (Malachie 3:16). Et ceux qui se parlaient ainsi pouvaient méditer ces paroles du livre de Daniel, comme celles du livre d’Ésaïe, ou encore les paroles de Zacharie, le prophète ; en particulier ces paroles touchant l’œuvre de la rédemption, là où il est écrit du Messie  "Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait" (Ésaïe 53:11), après qu’il fut dit qu’il aura souffert et aura été rejeté des hommes (9:26, Ésaïe 53:3), mais que ce rejet ne changera pas son amour pour le peuple : "On lui dira : Quelles sont ces blessures à tes mains ? Et il dira : Celles dont j'ai été blessé dans la maison de mes amis" (Zacharie 13:6).


 

 
 
 
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06:00 Écrit par Eric dans Daniel 7 à 12, LE LIVRE DE DANIEL | Commentaires (0)