04/12/2009

Jér.25 Fin d'une illusion... Babylone


 

LE TEMPS DE BABYLONE
605-597
 
Joïaqim et Joïakin
Jérémie 22-23,25,35-36,45,47

 
KARKEMISH
L'an 605

Tandis que Joïaqim, vassal du Pharaon, retourne à l’idolâtrie et s’élève avec véhémence contre le prophète, le monde change ! Mais peut-il pressentir le désastre, si proche pourtant ? Il est vassal, et donc aussi protégé par le Pharaon ! Que craindrait-il venant du nord ? Que valent les annonces de Jérémie au regard de la puissance de son protecteur ? Après tout, ce prédicateur, que connaît-il aux arcanes de la politique internationale ? Et pourtant, les jours sont comptés. Ce n’est pour Joïaqim qu’une période d’illusions, et elle sera de courte durée.
 
Une nouvelle puissance politique et militaire a émergé. Elle secoua le joug assyrien dès 626, détruisit Ninive en 612, tint tête aux Egyptiens de Néchao II en 609, quand il ambitionna de reprendre le contrôle de la Syrie… Le feu couve tandis que Karkemish est égyptienne. Mais en 605, le foyer se ranime sous un vent puissant, violent, ravageur ! Nabuchodonosor s’empare de Karkemish ! A peine la victoire remportée, la mort de son père, le roi Nabopolassar, le conduit à rentrer à Babylone. Le 23 septembre 605, il monte sur le trône sous le nom de Nabuchodonosor II.
 
Ce jeune roi est exceptionnel, nanti de multiples talents : homme de guerre, homme d’administration, homme de culture… Son empire va croître tout au long de ses quarante-trois ans de règne (605-562) ! La ville de Babylone s’étendra et s’embellira comme nulle ville au monde.
 
Sitôt couronné, il rejoint son armée au nord de la Syrie. Le verrou de Karkemish avait sauté ; la victoire sur l’armée égyptienne lui donne le champ libre pour établir sa puissance sur les royaumes de Syrie et sur le pays d’Israël. Ainsi, venant du nord, le chaudron bouillant se déverse sur la contrée, et sur Juda, et jusqu’à Jérusalem. La carte politique de la région est bouleversée !
 
Le prophète réalise ce qui se passe, réalisant que ces armées, sans en avoir conscience, servent au gouvernement de Dieu en vue de l’aboutissement de Son propos ! C’est un grand tournant pour Juda ! Quatre ans de sujétion à l’Egypte s’achèvent, et c’est définitif ! Ce ne seront pas les tentatives ultérieures de rapprochement du Pharaon opérées par Joïaqim ou Sédécias après lui qui modifieront le décret…
 
Nouvelle période aussi pour Jérémie ! Nous l’avons vu avertissant aux portes du Temple et dans les villes de Juda pendant les années de Josias. Un homme attentif, un homme qui médite, un homme qui nous fait connaître la pensée de Dieu, et plus encore : la personne de Dieu. Et il est empreint lui-même de la tristesse de Celui qui veut bénir et dont "les eaux fraîches qui viennent de loin" (18:14) sont méprisées. Un homme qui supplie pour ce peuple alors qu’il n’y a déjà plus de remède. Ce n’est plus le jeune prédicateur. Il est devenu signe pour son peuple, par sa solitude, par l’abandon de son héritage à Anatoth, par le grand périple qu'il fit jusqu’à l’Euphrate ! C’est un homme dans la force de l’âge qui convoqua les anciens, c’est aussi un homme qui connut la brutalité, le bloc où il fut incarcéré une nuit par le responsable du Temple !
 
Et lorsque la victoire des armées du nord est remportée à Karkemish, Jérémie fait un bilan… Mais sait-il lui-même qu’il demeurera à la brèche près de vingt années encore ? Sait-il ce qu’il aura à souffrir ? Une chose est claire pour lui : le temps de la domination des nations sur son peuple est venu ! Et c'est sa seule préoccupation, car son peuple court à la désolation…

 
LA FIN D'UNE ILLUSION
Jérémie 25, 45, 36:1-8

En cette quatrième année de Joïaqim, le prophète parlant au peuple résume en une phrase les vingt-trois ans d’avertissements qui se sont écoulés ; un nombre d’années évocateur d’un chemin bien difficile.

Depuis la treizième année de Josias, fils d'Amôn, roi de Juda, jusqu'à ce jour, voilà vingt-trois ans que la parole du SEIGNEUR m'est parvenue ; je vous la dis, inlassablement, je vous la dis, et vous n'écoutez pas. (25:3)

Gardons en mémoire l’engagement sans réserve de cet homme qui, sans que nous puissions dire qu’il ne fut écouté de personne, marcha seul, honni de son entourage, de ses proches à Anatoth (20:10). Quel fut son soutien tout du long ? La réponse, nous la lisions dans ces pages du temps de la sécheresse : il était nourri de la Parole de son Dieu (15:16).
 
Aujourd’hui, le chaudron bouillant n’est plus une pensée, une perspective lointaine ! Il est une réalité en marche. Les armées sont en mouvement.
 
Comme les autres prophètes, notamment Sophonie ou le malheureux Urie qui prit peur et s'enfuit en Égypte (26:21), Jérémie a parlé de la part du SEIGNEUR. Pensons-nous que les reproches de Dieu touchent des questions de rites, de sacrifices, lorsqu’Il faisait dire au peuple :

Que chacun de vous revienne, je vous prie, de sa voie mauvaise et de ses agissements mauvais (25:5).

Il ne s’agit pas de profession religieuse, mais bien des actes de la vie, du comportement des uns envers les autres, de l’injustice qui se manifeste : oppression, violence, même à l’encontre des plus faibles : "l'immigré, l'orphelin et la veuve" (22:3) ! Jérémie n’avait-il pas illustré combien vaine est la profession religieuse, les rites ? N’avait-il pas coupé sa chevelure, rejetant ainsi les signes de son naziréat, cette marque rituelle de la consécration à Dieu (7:29) ?


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
et liens dynamiques avec les références citées, sur le site :
Que dit l'Évangile ?

 

Jér.25:1 Les soixante-dix ans de Babylone


 

Soixante-dix ans pour Babylone - 25:1-38

Les douleurs annoncées sont évoquées. Soulignons ce regard de Dieu sur le bonheur de l’homme simple, ce bonheur qui sera retiré à Juda :

les chants du marié et les chants de la mariée, le bruit du moulin et la lumière de la lampe. (25:10)

"Les chants de gaieté et les chants de joie, les chants du marié et les chants de la mariée !" (7:34) Jérémie, lui-même un signe de la part de Dieu, a anticipé cet avenir bien sombre en ne se mariant pas (16:1). "Le bruit du moulin" : les champs rapportant leur produit. "La lumière de la lampe" : lumière dans les maisons, depuis le temps de la sortie d’Égypte, lumière chassant les ténèbres (Exode 10:23, Genèse 1:18), lumière de l’attente, lumière qui imprime à l’âme la confiance en son Berger.

Tout ce pays deviendra un champ de ruines, un lieu dévasté, et ces nations seront soumises au roi de Babylone pendant soixante-dix ans. Mais lorsque ces soixante-dix ans seront accomplis, je ferai rendre des comptes au roi de Babylone et à cette nation pour leurs fautes – déclaration du SEIGNEUR – ainsi qu'au pays des Chaldéens, que je réduirai pour toujours en un lieu dévasté. (25:11-12)

Les armées sont en route, le pouvoir est donné au roi de Babylone sur toute la région ; le temps assigné à ce pouvoir est de soixante-dix ans ! Juda et les nations qui l’entourent, serviront les Babyloniens toutes ces années ! Le pays sera "un champ de ruines, un lieu dévasté !" Désolation, car un vent brûlant souffle sur les pistes du désert (4:11).
Ainsi que l’exprime clairement Jérémie, les soixante-dix ans couvrent non l’exil proprement dit, mais le temps de la puissance de Babylone sur les nations, soit soixante-dix ans depuis que les armées d’Assyrie furent vaincues par Nabopolassar, en 609, jusqu’à la prise de Babylone par Cyrus, le Perse, et la promulgation de son édit touchant l’autorisation aux exilés de retourner dans leur pays. Voir Jér.25:12 ; 29:10 ; Dan.9:2; 2 Chr.36:21.
Et le SEIGNEUR ajoute : "Je regarde la terre : c'est un chaos, elle est vide ; quant au ciel, sa lumière n'est plus" (4:23). D’abord sera établie l’autorité de Babylone sur les nations , et ensuite, à trois reprises, des colonnes de déportés quitteront maisons et champs pour la grande ville, Babylone, y allant grossir les hordes de travailleurs de l’exil, accrochant leurs harpes aux saules de Babylone, n’ayant plus le cœur de chanter les cantiques de Sion (Psaume 137:2).
Suite à la première prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, en cette année 605, des nobles seront exilés à Babylone, et Daniel parmi eux. Ensuite auront lieux trois déportations de masse signalées en Jér.52:28-30 : sous Joïakîn en 597, sous Sédécias en 586, année de la destruction de Jérusalem, et en 582 lors d’une campagne militaire qui toucha également Amon, Moab et Edom.
En cette quatrième année de Joïaqim, le jeune roi de Babylone, Nabuchodonosor, le vainqueur de Karkemich a repris ses campagnes militaires pour conquérir un vaste empire s’étendant à nombre de nations (25:15-29).

Je pris la coupe de la main du SEIGNEUR et je la fis boire à toutes les nations vers lesquelles le SEIGNEUR m'envoyait : à Jérusalem et aux villes de Juda, à ses rois et à ses princes, pour en faire un champ de ruines, un lieu dévasté, un objet de sifflement d'horreur et de malédiction – voilà pourquoi il en est ainsi en ce jour – au Pharaon, le roi d'Égypte, aux gens de sa cour, à ses princes et à tout son peuple ; à toute la population mêlée, à tous les rois du pays des Philistins … à tous les rois du nord, proches ou éloignés les uns des autres, et à tous les royaumes qui sont sur la terre. Et le roi de Shéshak boira après eux. (25:17-26)

Par le rejet de la Loi du SEIGNEUR, le mépris des promesses, le désir d’être comme les nations de la terre, Juda se mit au rang de ces nations idolâtres et partagera leur sort. Après toutes ces nations viendra le tour de Shéshak, à la fin des soixante-dix années assignées, car Babylone n’est-elle pas l’image même de l’idolâtrie ?

Shéshak, cryptogramme de Babel codé : B»»Sh, a»»e, e»»a, l»»c. Désignation de Babylone utilisée par prudence et aussi par dérision. Voir aussi 51:41. L’usage occasionnel du terme Shéshak pour désigner Babylone pourrait illustrer la crainte qu’elle inspire, tandis qu’il ne devait pas être bon d’en parler ouvertement en mal, d’où ce cryptogramme. Il serait ici prononcé par dérision, évoquant ainsi la crainte qu’inspire sa puissance, la puissance de ses agents de l’ordre. Il faut se rappeler par exemple la mort brutale des deux faux-prophètes qui, à Babylone, s’élevaient contre la parole de Jérémie, rejetant l’affirmation de la longueur du temps d’exil (29:21,28). L’usage de ce cryptogramme en ce texte d’avant l’exil semble indiquer que nous disposons d’une copie écrite au cours de cette période tragique.
Mais aujourd’hui cette puissance émergente, sans qu'elle ne le sache, est le bras de Dieu… La conquête sera violente, comme le sont les paroles du prophète : "Un vacarme se répand jusqu'aux extrémités de la terre, car le SEIGNEUR a un litige avec les nations" (25:31), et la douleur sera ressentie par les mauvais pasteurs du peuple de Juda :

Hurlez, bergers, criez ! Roulez-vous par terre, princes des troupeaux ! Car les jours sont arrivés où vous allez être égorgés et dispersés. Vous tomberez comme un objet de valeur. (25:34)

Ce sont des appels pressants ! Mais comment seront-ils entendus ? Pour les auditeurs, ils seront comme un non événement ! Jérémie semble parler dans le vide ; nous ne voyons aucun mouvement qui indiquerait une crainte, un regret… En effet, le peuple aimait les paroles trompeuses des faux prophètes, ceux qui parlaient "paix" quand la guerre était aux portes… "Ils soignent à la légère la blessure de mon peuple : "Tout ira bien, tout ira bien !", disent-ils, et rien ne va !" (6:14, 8:11)


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Jér.36:1 Livre des paroles de Jérémie


 

Livre des paroles de Jérémie - 36:1-8

Vers la fin de l’année 605, Jérémie est conduit à écrire ces paroles dans un livre ! Il est enfermé nous est-il dit, sans que nous ne connaissions ses circonstances. Emprisonnement ? Menaces de mort ? Cela est possible et pourrait résulter des paroles qu’il exprima cette année même, paroles sévères, inacceptables pour les autorités… Une chose est certaine : Jérémie n’est pas libre de ses mouvements. Mais la situation requiert l'urgence, l’exhortation ne peut se relâcher…

Prends un livre-rouleau ; tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites sur Israël, sur Juda et sur toutes les nations depuis le jour où je t'ai parlé, depuis les jours de Josias, jusqu'à ce jour. Peut-être la maison de Juda prendra-t-elle garde à tout le mal que je me prépare à lui faire, de sorte que chacun d'eux reviendra de sa voie mauvaise ; alors je pardonnerai leur faute et leur péché. (36:2-3)

Contre toute attente, nous y lisons des paroles empreintes de la patience de Dieu, une petite lueur d’espoir encore : "Peut-être la maison de Juda prendra-t-elle garde…"
 
Baruch, fils de Nériya le scribe, entre en scène ! Un homme d’une famille élevée : son père est d’entre les scribes, son frère sera de l’entourage du roi Sédécias (51:59). Les paroles lui sont dictées par le prophète, et elles doivent être entendues…

Puis Jérémie donna cet ordre à Baruch : Puisque je suis retenu et que je ne peux aller à la maison du SEIGNEUR, tu iras toi-même et tu liras dans le rouleau que tu as écrit sous ma dictée les paroles du SEIGNEUR ; tu les liras au peuple, dans la maison du SEIGNEUR, un jour de jeûne ; tu les liras aussi à tous les gens de Juda qui seront venus de leurs villes. (36:5-6)

Quel chemin pour un tel homme qui abandonne ainsi les perspectives propres à son rang social pour accompagner Jérémie ! Et il le servira jusqu’au bout.


 
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"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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03/12/2009

Jér.45:1 Baruch, fils de Nériya


 

Baruch, fils de Nériya - 45:1-5

Qu’attendait donc Baruch lorsqu’il se mit au service du prophète ? Compagnon du prophète, invité à écrire sous sa dictée, envoyé au Temple pour communiquer la Parole de Dieu !
Terminant le corps principal du livre du prophète Jérémie, cette parole à Baruch se situe en la quatrième année de Joïaqim, dès le temps où il écrivit sous la dictée de Jérémie les paroles annoncées par le prophète jusque là.
C’est un honneur, et il pourrait s'y trouver une tentation, celle de traduire l’honneur en privilège… Nous voyons que Baruch connut bien vite le poids d’une telle charge. Que dit-il ?

Quel malheur pour moi ! Le SEIGNEUR ajoute le tourment à ma douleur ; je me fatigue à force de gémir, et je ne trouve pas le repos ! (45:3)

Baruch paraît être allé plus d’une fois au Temple de la part de Jérémie, et plus d’une fois il dût éprouver ce que le prophète lui-même a ressenti au commencement (15:10). Jérémie est bien placé pour apporter une réponse à ce cri de lassitude. Il conduit le regard de Baruch sur le travail du SEIGNEUR :

Ainsi parle le SEIGNEUR : je rase ce que j'ai bâti, je déracine ce que j'ai planté – tout ce pays. (45:4)

Tout ce pays, c’est moi qui l’ai bâti et planté… et regarde ce qui doit arriver ! Qu’en penses-tu, Baruch ?

Et toi, tu rechercherais de grandes choses ? Ne les recherche pas ! … Mais je te donnerai ta vie pour butin, dans tous les lieux où tu iras... (45:5)

Pas de grandes choses, mais cette difficile mission d’annoncer un jugement inéluctable… avec cette seule promesse : Dieu veillera sur ta vie, Baruch !

Baruch, fils de Nériya, fit exactement ce que lui avait ordonné Jérémie, le prophète ; il lut dans le livre les paroles du SEIGNEUR, dans la maison du SEIGNEUR. (36:8)

Et Baruch poursuit sa route avec Jérémie ; il poursuivra jusqu’au bout…


 
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"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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Jér.36:9 Le jeûne proclamé


 

LE POUVOIR DE BABYLONE
Jérémie 36:9-32,35

Pendant ce temps, le jeune roi Nabuchodonosor avance en Syrie, poursuit encore, et le voilà devant Jérusalem ! Un commencement de douleurs pour le petit royaume de Juda. "En ses jours, Nabuchodonosor, roi de Babylone, se mit en campagne" (2 Rois 24:1). Le livre des Chroniques, ainsi que celui de Daniel, nous font connaître ce qui se passa : la ville en état de siège, puis la défaite et un convoi de prisonniers conduits à Babylone. Le roi Joïaqim et des princes de sang royal, dont Daniel et ses trois amis, sont conduits à la capitale de l’empire ! Le Temple du SEIGNEUR est dépouillé d’une partie de ses ustensiles…
 
"La troisième année du règne de Joïaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint contre Jérusalem et l'assiégea.
Le livre de Daniel, comme le chapitre 52 de Jérémie (une annexe au livre de Jérémie, postérieure à l’écriture de livre comme l’indique Jérérémie 51:64 : "Jusqu'ici les paroles de Jérémie") utilise le comput babylonien qui fait établir pour première année d’un roi, l’année civile qui suit celle de son intronisation. Ainsi il s’agit de la quatrième année de Joïaqim selon le comput des livres des Rois et de Jérérémie 1-51. 
2 Chroniques 36:6-7 : "Nabuchodonosor, roi de Babylone, partit en campagne contre lui. Il l’attacha avec des entraves de bronze pour le conduire à Babylone. Nabuchodonosor emporta à Babylone des objets de la maison du Seigneur et les mit dans son palais à Babylone."
Le SEIGNEUR lui livra Joïaqim, roi de Juda, et une partie des objets de la maison de Dieu. Il les emmena au pays de Shinéar, dans la maison de ses dieux , et il mit les objets dans le Trésor de ses dieux. Le roi dit à Ashpenaz, chef de ses hauts fonctionnaires, d'amener quelques Israélites de la descendance royale ou de familles de dignitaires… Il y avait parmi eux, d'entre les Judéens, Daniel, Hanania, Mishaël, et Azaria." (Daniel 1:1-6)
 
Daniel et ses compagnons vont être établis à Babylone par Nabuchodonosor en vue de les élever en son royaume, une disposition politique adroite visant à souder l’Empire. Daniel est ainsi parti sans retour. Quels sont les sentiments qui l’animent ? Désespérance ? Rébellion contre Dieu ? Non, il a au cœur les paroles de Jérémie, ces paroles que le prophète prononçait quelques mois auparavant touchant les soixante-dix années de la puissance de Babylone ! Jusqu'à la fin de ses jours, il les aura à l'esprit. Lors de la chute de Babylone, soixante-dix ans plus tard, il s’exprimera ainsi : "Je compris par les livres le nombre d’années qui devait s’accomplir sur les ruines de Jérusalem, d’après la parole du SEIGNEUR qui était parvenue à Jérémie, le prophète : soixante-dix ans" (Daniel 9:2).
 
De Babylone où il fut emmené, Joïaqim est renvoyé à Jérusalem, vassal soumis à Nabuchodonosor. Le désastre paraît être ainsi évité ! Après tout, verser le tribut au Pharaon ou au Roi de Babylone… Mais son assujettissement lui parle-t-il ? Au cours du trajet vers Babylone, a-t-il réalisé l’incertitude de son avenir ? Et la délivrance et le retour, les a-t-il mis à profit pour réfléchir et revenir sur lui-même, se tourner vers Dieu ? A-t-il compris enfin la réalité des paroles prononcées par Jérémie ? Cela se verra bien vite. Pour Joïaqim, ce ne sont pas quelques jeunes gens emmenés auprès de Nabuchodonosor, ni quelques objets du Temple placés dans un temple de Babylone qui l’émeuvent…
 
Le voilà donc réinstallé en son palais, ses serviteurs autour de lui, les princes de Juda assurant leur service… La suite nous montre ce que l’humiliation de la défaite a donné à comprendre à ce roi arrogant.


Le jeûne proclamé - 36:9

En 604, année qui suit ce premier siège de Jérusalem, la cinquième année de Joïaqim, un jeûne est proclamé au neuvième mois.
Sans qu’il y ait de texte à ce propos, ce jeûne paraît être établi en mémoire du premier siège de Jérusalem par Nabuchodonosor. Ce siège a eu lieu un an auparavant, vers cette période de l'année, après le couronnement du roi de Babylone.
Les conditions politiques ne sont plus ce qu’elles étaient sous Josias. En quatre ans la région a été bouleversée, et les illusions se sont évaporées… Nabuchodonosor grandit en puissance, Juda lui est assujetti, le Temple est en partie dépouillé…
 
Les conditions sont telles que, comme en tous temps de crise, plusieurs se tournent vers Dieu. Il y a une attention nouvelle aux paroles du prophète, un ressaisissement des consciences.
 
Au jour du jeûne donc, dans un des locaux du Temple, le fidèle Baruch lit encore une fois le livre de paroles de Jérémie. Un contraste, quand nous nous souvenons de Pashhour qui, deux ou trois années auparavant, jeta Jérémie au bloc ! Une action violente perpétrée publiquement à la porte du Temple et qui ne fut nullement réprouvée par quelque témoin… Ce n’est plus le cas au jour ou nous sommes arrivés. La conquête de Nabuchodonosor fut un véritable traumatisme !


 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
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