04/12/2009

Jérémie - La grande dérive, l'an 609


 

LA GRANDE DERIVE
609-605
 
Les premières années de Joïaqim
(Jérémie 11-13, 18-20, 26)

 

 
L'ANNEE 609

La réforme de Josias a suivi son cours. Au Temple de Jérusalem le culte a retrouvé vie, les habitants de Jérusalem et de Judée franchissent à nouveau les portes du parvis. Le roi est présent, agissant ! Il a trente ans de règne déjà, c'est un homme accompli, n’approche-t-il pas de la quarantaine ! Il exerce son influence même au-delà des frontières initiales de Juda, dans quelques villes de la Samarie…
2 Rois 23:19 : Josias supprima encore, dans les villes de Samarie, toutes les maisons des hauts lieux qu’avaient faites les rois d’Israël, provoquant ainsi la contrariété ; il leur fit exactement comme il avait fait à Bethel.
C’est dire la liberté dont jouit le petit royaume !
 
Mais des événements se préparent qui vont transformer le monde, basculer les équilibres internationaux et établir un nouvel ordre politique dans la région. L’Assyrie, royaume cruel, s’est suscité des ennemis implacables. Nabopolassar, gouverneur de la province assyrienne de Babylonie, prend le titre de "roi de Babylone" et s’abstrait du joug de Ninive. Il cherche des alliés pour abattre la puissance tyrannique. Le Pharaon Psammétique Ier (664-610) ne voulant pas intervenir, Nabopolassar se tourne vers Cyaxare, le roi des Mèdes ! Avec les Mèdes il s’avance vers Ninive. Après un siège de deux mois, la ville est investie et transformée en un monceau de ruines ! C’était en 612. L’Assyrie, si puissante, connaît alors des années de décadence avant d’être subjuguée par ses ennemis. Une nouvelle puissance s’est levée au nord…
 
Au sud de Juda, succédant à son père, le Pharaon Néchao II (610-595), fort de la renaissance de l’Égypte et croyant profiter de l'effondrement assyrien, se met en campagne et s’avance vers la Syrie. Sa route traverse la terre d’Israël…
 
L'étau se resserre ! Une puissance implacable au nord, un Pharaon ambitieux au sud, et entre les deux, le petit royaume de Juda, à nouveau au centre de conflits internationaux… Le monde a changé, les visées hégémoniques se sont réveillées autour des dépouilles du royaume d’Assourbanipal. Quelle est la pensée de Josias ? Nourrit-il le rêve du grand Israël du temps de Salomon, caresse-t-il l'idée d'un relèvement politique dans la ligne de la restauration religieuse ? Croit-il à la pérennité de son royaume, malgré les annonces de ruine répétées depuis un siècle par les prophètes ?
Voir Esaïe 39, scène qui date des environs de l’an 710.
Il serait bien imaginable que de telles pensées animent son esprit quand, avec détermination, il se lance dans un combat qui pourtant ne le concernait pas… Il se met en campagne et, avec sa petite armée, tente d’arrêter un roi jeune et puissant, rempli de l’assurance que donnent l’unité retrouvée de l’Égypte et le souvenir de son prestigieux passé… Josias a-t-il interrogé le SEIGNEUR ? Il est loin le temps où il s’était enquis de la pensée de Dieu, envoyant vers Houlda, la prophétesse (2 Rois 22:14) !

En ses jours, le Pharaon Néchao, roi d'Égypte, partit en campagne contre le roi d'Assyrie, vers l’Euphrate. Le roi Josias marcha à sa rencontre ; le Pharaon le fit mettre à mort à Megiddo dès qu'il le vit. Ses hommes le mirent sur un char pour l’emporter, mort, de Megiddo à Jérusalem, où ils l’ensevelirent dans son tombeau. (2 Rois 23:29-30)

Le Pharaon n’est pas même ralenti dans sa course vers le nord, car ce combat de Megiddo est peu de choses pour lui. Au premier coup porté, Josias meurt. Néchao poursuit sa route, établit son quartier général à Ribla en Syrie occidentale et de là conquiert Karkemish plus au nord et y assied sa puissance…
 
A Jérusalem, c’est le deuil ! Toutefois on ne discerne pas qu’il y eût de grandes lamentations à la mort de Josias ! Enterré, remplacé sans délai par son deuxième fils… Pourquoi son premier-né, Éliaqim, fut-il tenu de côté ? En l'honneur de la reine peut-être…
Éliaqim, dont la mère était Zebudda (2 Rois 23:36) est un fils né avant le mariage de Josias avec Hamutal (2 Rois 23:31), mère de Joakhaz et de Sédécias (2 Rois 24:18).
Quoiqu’il en fût, ce choix ne répondait à la pensée de Dieu ! Le court répit que donnent au jeune roi Joachaz les opérations militaires du Pharaon Néchao en Syrie suffit à faire basculer le royaume quant aux choses de Dieu :

Joachaz avait vingt-trois ans lorsqu’il devint roi ; il régna trois mois à Jérusalem… Il fit ce qui déplaisait eu SEIGNEUR, exactement comme l’avaient fait ses pères. (2 Rois 23:31)

Il lui suffit de trois mois pour se faire ce triste renom, juste le temps que Néchao accomplisse ce qu’il s’est proposé et revienne victorieux de Karkemish. Arrivé à Ribla, son quartier général, il convoque alors Joakhaz et, de là, l’envoie chargé de chaînes en Égypte. Le Pharaon règle ainsi ses comptes avec ce petit royaume qui voulut s’opposer à son grand dessein : renouer avec la politique de ses illustres prédécesseurs… Joachaz ne remontera pas d’Égypte.

Le pharaon Nechao investit de la royauté Eliaqim, fils de Josias, à la place de Josias, son père, et il changea son nom en Joïaqim. Il fit prisonnier Joachaz, qui vint en Égypte et y mourut. Et Joïaqim donna au Pharaon l'argent et l'or ; il dut faire évaluer les ressources du pays pour donner cet argent sur l’ordre du Pharaon ; il contraignit le peuple du pays, chacun selon sa fortune, à donner l’argent et l’or pour le Pharaon. (2 Rois 23:34-35)

Le Pharaon place ainsi sur le trône le premier-né de Josias, en lui changeant son nom, une marque d’assujettissement… Joïaqim, et avec lui tout Juda, est désormais vassal, astreint au versement du tribut.
 
Sous prétexte de payer le tribut, Joïaqim presse le peuple et ne cessera de s’enrichir à ses dépens. Il se bâtira des palais tandis que des Judéens seront réduits à la servitude ! Quant à la restauration de Josias, elle est reléguée au rang de souvenirs ; l’œuvre s’est effondrée pour ainsi dire en un instant !
 
Remarquons qu’en ces moments il semble n’y avoir pas eu un mot de Jérémie à propos de la mort de Josias ni de l'exil forcé de son fils Joakhaz ! Il ne reviendra sur ces événements que dix ans plus tard, exprimant une parole quand vers la fin d’un règne despotique, le peuple pleurera sur Josias, décédé, et sur Joakhaz, enfermé dans les geôles égyptiennes.

Ne pleurez pas celui qui est mort, ne le plaignez pas ; pleurez, pleurez celui qui s'en va, car il ne reviendra plus, il ne reverra plus le pays de ses origines. (22:10)

Ces paroles seront prononcées peu avant la première grande déportation…
 
Dans ces jours de deuil, aux premiers jours de Joïaqim, quand Jérémie se rend à nouveau au Temple, il a devant lui une réalité à venir plus dramatique que le décès du roi : l’exil de tout un peuple ! Du peuple de Dieu ! Il ne peut se défaire de la vision du chaudron bouillant. Alors, il poursuit…

 
Extrait du livre
"LE PROPHETE JEREMIE, l'homme en son temps"
Texte complet, avec notices historiques
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Que dit l'Évangile ?

 

Jér.26:1 Aux portes du Temple


 

AUX PORTES DU TEMPLE
Jérémie 26

Pas de trêve pour Jérémie ! Dès le commencement du règne de Joïaqim (26:1), le prophète va au Temple rappeler ces paroles déjà prononcées au temps de Josias ! Jérémie, chapitres 7 à 9.Chose surprenante sans doute : en l’envoyant, Dieu évoque à nouveau que le jugement pourrait être évité :

Peut-être écouteront-ils et reviendront-ils, chacun de sa voie mauvaise ; alors je renoncerai au mal que je pensais leur faire à cause de leurs agissements mauvais. (26:3)

Un jugement pourtant inéluctable, annoncé un siècle plus tôt à Ézéchias (2 Rois 20:17-18), et trouvant ensuite sa justification sous Manassé (2 Rois 21:11-12) !
 
Comment concilier ces paroles contradictoires ? Posons la question autrement ! Comment le Dieu de miséricorde pourrait-il ne pas rappeler qu’Il est prêt à bénir, et se faire connaître comme Celui qui pardonne ? Et d'autre part, comment dans sa prescience pourrait-il ne pas savoir que ses appels demeureront vains ? J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives (Deutéronome 30:19). Ainsi chacun est placé devant sa responsabilité. D’un côté, l’homme a une pleine liberté, et de l’autre, Dieu voit tout, et connaît la fin d’une chose avant son commencement… Car je suis Dieu, et il n'y en a pas d'autre ; je suis Dieu, et rien n’est semblable à moi ! J’annonce dès le commencement ce qui vient par la suite et dès le temps jadis ce qui n’est par encore fait(Ésaïe 46:9-10).
 
Jérémie prononce alors ces paroles :
Ainsi parle le SEIGNEUR : Si vous ne m'écoutez pas pour suivre ma loi que j'ai mise devant vous, pour écouter les paroles de mes serviteurs, les prophètes, que je vous envoie, que je vous ai envoyés, inlassablement, et que vous n'avez pas écoutés, alors je traiterai cette maison comme Silo et je ferai de cette ville un objet de malédiction pour toutes les nations de la terre. (26:4-6)

Et il dit cela à la porte du Temple, aux Israélites qui s'y rendaient !
 
A peine a-t-il achevé son discours qu’une tempête se lève, des cris véhéments, des menaces de mort :

Et comme Jérémie achevait de dire tout ce que le SEIGNEUR lui avait ordonné de dire à tout le peuple, les prêtres, les prophètes et tout le peuple se saisirent de lui en disant : Tu mourras ! (26:8)

Un tumulte tel que des princes de Juda, l'entourage du roi, ses ministres, viennent du palais s’enquérir ! Nous devons nous arrêter sur ces paroles que Jérémie leur adresse sans crainte malgré les menaces dont il est l’objet, et notamment ces mots :

Seulement sachez bien que, si vous me mettez à mort, vous vous chargez du sang innocent, vous, cette ville et ses habitants ; car le SEIGNEUR m'a vraiment envoyé vers vous pour vous dire toutes ces paroles. (26:12-15)

Ces hommes de l’entourage du roi font preuve de modération face aux prêtres et aux faux prophètes. Et nous voyons la foule virer de bord, se ranger aux paroles des princes, foule comme toutes les foules, fluctuante en ses cris, suivant la notoriété de celui qui harangue… Des anciens apportent des pensées empreintes de sagesse ; ils avaient à l'esprit des paroles adressées par le prophète Michée au temps du roi Ézéchias, paroles annonçant également la ruine future de Jérusalem (Michée 3:12). Cette parole fut écoutée en son temps… Mais sont-ce les anciens qui font l’histoire ? Les sages enseignent la sagesse, mais dirigent-ils le pays ? Non, ceux qui conduisent sont les détenteurs du pouvoir : autorités religieuses et chefs politiques… Pouvoir et contre-pouvoir qui, ici, se rencontrent et s'opposent !
 
Les princes sont modérés en cette circonstance, ils ne sont pas assujettis aux prêtres vociférant contre Jérémie ! Sagesse de leur part ? Pas vraiment ! Ils puisent leur inspiration du chef qui les emploie. Ils servaient déjà sous Josias, et éprouvaient donc un certain respect pour le prophète, mais cela ne durera pas, car leur nouveau maître n'est pas pareil à son père… Le jeune roi Joïaqim, au commencement de son règne, dans l’euphorie de son accession au trône, dévoile bien vite sa vraie personnalité ! Il n’hésitera pas à faire poursuivre un homme qui avertissait de la part de Dieu, comme Jérémie, mais qui avait fui en Égypte. Et il le fit mourir et fit jeter son corps dans la fosse commune, pudiquement appelée les tombes des gens du peuple(26:23). Les princes alors l’appuyèrent ! Le tournant était pris, ils se sont bien vite alignés sur leur nouveau mentor…
 
Désormais Jérémie connaîtra l’opposition ouverte, les menaces de mort, et bientôt la prison. Sera-t-il l’objet de quelque miraculeuse délivrance ? Non, ce sont des hommes suscités par Dieu qui interviendront pour le protéger, parmi lesquels des hommes de l’entourage du roi :

Cependant Ahiqam, fils de Shaphân, protégea Jérémie et empêcha qu'il soit livré au peuple pour être mis à mort. (26:24)

Ahiqam ! Un homme qui servit Josias, étant déjà à son service lorsque le Livre de la Loi fut retrouvé, et quand le roi envoya vers Houlda la prophétesse… Ainsi, des hommes chaleureux sont suscités pour apporter de l'aide au prophète. Un petit cercle d'amis ? Non, pas même, quelques hommes seulement qui, individuellement, prendront leur responsabilité lorsque le prophète aura besoin d'aide. Jérémie, quant à lui, connaîtra des moments de grande douleur, et de doutes même, mais il ne fera jamais entendre sa solitude, contrairement à Élie qui finit par s’écrier : "J'ai montré une passion jalouse pour le SEIGNEUR, le Dieu des armées ; car les Israélites ont abandonné ton alliance, ils ont rasé tes autels, ils ont tué tes prophètes par l'épée ; moi, je suis resté, seul, et ils cherchent à me prendre la vie !" (1 Rois 19:14)
 
La tension a monté pour Jérémie. Les faux prophètes et les prêtres ont maintenant le champ libre pour s’attaquer à lui. N’avait-il pas déjà dénoncé leurs actions pernicieuses, leurs paroles de paix assoupissant les consciences et précipitant le peuple au devant du jugement ? "Les prophètes parlent mensongèrement, les prêtres exercent leur pouvoir à leur guise, et mon peuple aime qu'il en soit ainsi !" (5:31) C’était au temps de Josias ! Mais aujourd'hui que Josias n'est plus ! Jusqu'où iront-ils ?


 
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Jér.11:1 L'Alliance rompue


 

L’ALLIANCE ROMPUE
11:1-12:17

A ceux qui ne faisaient que suivre le courant, la mort inopinée de Josias a pu apporter l’occasion et le prétexte d’un retour aux iniquités de leurs pères ! Jérémie est donc plus que jamais à la brèche. N’est-il pas urgent de rappeler l’alliance avec le SEIGNEUR à ce peuple bouleversé par la mort du roi Josias et la captivité de Joakhaz ? Car la mort de Josias pouvait engendrer dans les esprits un doute quant au sens de ce renouvellement de l’alliance… Alors une parole du SEIGNEUR vient à Jérémie :

Ecoutez les paroles de cette alliance, et dites-les aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem ! Tu leur diras : Ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d'Israël : Maudit soit l'homme qui n'écoute pas les paroles de cette alliance… (11:2?3)


La conjuration - 11:1-17

Ainsi Jérémie est envoyé dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem. Et Dieu lui dévoile l’état du peuple :

Le SEIGNEUR me dit : Il y a une conspiration chez les hommes de Juda et les habitants de Jérusalem. Ils sont retournés aux fautes de leurs premiers pères… (11:9-10)

Ce ne sont pas seulement des bras qui se lassent, des jambes qui se fatiguent, mais une réelle conjuration !
Ce sont la rupture de l’alliance par une conjuration, la fréquentation du temple et les menaces de mort à l’encontre de Jérémie qui nous donnent à penser que cette section du livre date du commencement du règne de Joïaqim.

L’alliance renouvelée sous Josias, ils l’ont sciemment rompue. Nous pouvons comprendre ici, à quel point elle leur était un fardeau qu'ils subirent tout au long du règne du roi fidèle. Plus de vingt ans après ce temps des débuts de Joïaqim, des Judéens ayant fui en Égypte vont faire au prophète des reproches véhéments affirmant si heureux les temps où ils célébraient la "Reine du Ciel" de laquelle Josias les avait détournés (7:18; 44:18) ! Il n’y a plus de remède ! La restauration est balayée, anéantie ; les idoles réinvestissent les rues de Jérusalem et les villes de Juda. Et Jérémie doit comprendre de ma part du SEIGNEUR :

Quant à toi, ne prie pas pour ce peuple, n'élève pour eux ni cri, ni prière: je ne les entends pas au temps où ils m'invoquent à cause de leur malheur. (11:14)

A ce moment un dialogue très profond s’établit entre Dieu et son serviteur, et nous y lisons l’expression de la douleur de Dieu qui parle de son peuple bien-aimé. Pouvions-nous nous attendre à une telle expression en constatant son état de rébellion, son retour si empressé aux vanités des nations, aux manifestations mystiques idolâtres, et sa volte-face qui les fit tourner le dos au Dieu de vérité, à la Source des eaux vives ? Et ce peuple franchit néanmoins le seuil du parvis du Temple…

Qu'est-ce que ma bien-aimée a encore à faire dans ma maison ? Elle travaille à ses nombreuses intrigues ! Qu’on enlève de chez moi la viande sacrée, car c’est quand tu fais le mal que tu exultes ! Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de son fruit, tel est le nom que t’avait donné le SEIGNEUR. Dans un grand fracas, il y met le feu, et ses rameaux ne vaudront plus rien. Le SEIGNEUR (YHWH) des Armées, qui t’a planté, appelle sur toi le malheur… (11:15-17)

Mais cependant, est-ce un Dieu vengeur qui se présente ici, dans la méditation de Jérémie ? Dieu parle d’Israël comme d’une bien-aimée, cette bien-aimée qui devra être livré en la main de ses ennemis (12:7). "Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de ses fruits…" (11:16) Le peuple tout entier est considéré au regard du fruit attendu, mais ses branches seront arrachées, car il n’y a pas de fruit…
Cette considération est poursuivie dans la Lettre de Paul aux Romains, laquelle évoque les branches arrachées qui seront entées à nouveau  : Romains 11:17-29 : Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées… elles ont été retranchées du fait de leur manque de foi… s'ils ne demeurent pas dans leur manque de foi, ils seront greffés ; car Dieu a le pouvoir de les greffer à nouveau. Et c'est ainsi que tout Israël sera sauvé… du point de vue du choix de Dieu, ils sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons de la grâce et l'appel de Dieu sont irrévocables.


 
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Jér.11:18 Un complot familial


Complot à Anatoth - 11:18-12:6

Nous pouvons bien dire que la douleur de Dieu rencontre celle du prophète. Dieu parle du complot que l’on trame contre l’alliance, et fait aussitôt connaître au prophète le complot fomenté contre lui. Le message de Jérémie dérange, et les premiers touchés sont ses proches… "Que va-ton dire de nous si nous le laissons faire encore ?" Jérémie exprime alors sa propre douleur :

Le SEIGNEUR me l'a fait savoir, et je l'ai su. Alors tu m'as fait voir leurs agissements. J'étais comme un mouton confiant qu'on mène à l'abattoir : je ne savais pas qu'ils préparaient des plans contre moi… (11:18-19)

Il en est profondément marqué ! Dans sa peine, il s’adresse à Dieu avec une grande liberté : il Lui dit son incompréhension, car il parle depuis vingt ans déjà, et ce qu’il voit le trouble :

Tu es trop juste, SEIGNEUR, pour que je t'accuse ; je veux néanmoins te parler d'équité : pourquoi la voie des méchants est-elle celle de la réussite ? Pourquoi vivent-ils tranquillement, tous ceux qui trahissent ? Tu les as plantés et ils ont pris racine ; ils progressent, ils portent du fruit ; tu es proche, dans leur bouche, mais tu es loin des profondeurs de leur être… (12:1-2)

Ce n’est pas la seule fois dans sa vie qu’il s’adresse ainsi à Dieu. Que de "Pourquoi ?" dans la vie d’un homme de Dieu, dans la vie de tout homme qui marche avec Dieu… Le prophète est dans un trouble profond ! Il y a ici de l’expérience de Job (Job 21:7-9), et de celle d’Asaph aussi, lequel nous ouvre les yeux par les paroles qu’il écrivit :

Ainsi sont les méchants : toujours tranquilles, ils accroissent leur richesse.
C’est donc pour rien que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence…
J’ai donc réfléchi pour comprendre cela ; ce fut pénible à mes yeux, jusqu’à ce que j’arrive aux sanctuaires de Dieu ; alors j’ai compris leur avenir. (Psaume 73:12-13,16-17)

La réponse de Dieu ne présage pas d’apaisement alors qu’Il dit au prophète :

Si tu cours avec des hommes à pied et qu'ils te fatiguent, comment pourras-tu te mesurer à des chevaux ? (12:5)

Autrement dit : "Jérémie, si tu es touché par ces ennemis là, tes proches, tes voisins à Anatoth, que feras-tu quand se manifesteront des opposants plus puissants qu’eux ?" Jérémie ne connaît pas ce qui l’attend, la tension va s'amplifier ! Déjà les menaces se sont muées en complots, bientôt les complots se mueront en actes. Non plus de la part des gens de sa bourgade, mais de la part des conducteurs du peuple… Il est averti :

Ne les crois pas, quand ils auront de bonnes paroles pour toi. (12:6)

Complots contre Dieu, complots contre Jérémie ! Le prophète est ainsi accordé au diapason de Dieu, formé par ses propres circonstances pour porter le message qui lui est confié par le SEIGNEUR. Le prophète est un signe pour le peuple.


 
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Jér.12:7 Ma vigne est gâtée !


 

Ma vigne aussi est gâtée ! - 12:7-13

Et Dieu poursuit la formation de son serviteur en introduisant le prophète dans son intimité, si l’on peut ainsi parler. Jérémie a pris conscience de ses voisins, et de ce que devient son patrimoine à Anatoth. Dieu lui parle du sien propre, le pays d’Israël ! L’expérience du prophète le fait entrer dans la réalité de Dieu, dans Sa manière d’appréhender le désastre de son peuple. Le SEIGNEUR lui dit :

J'ai abandonné ma maison, j'ai délaissé mon patrimoine, j'ai livré à mes ennemis celle que je chéris. (12:7)

Comme pour dire au prophète : "moi aussi j’ai dû abandonner mon patrimoine !" Ce que j’aime, j’ai dû le livrer en la main de mes ennemis, mes mauvais voisins ! Ce que vit le prophète, relativement à ses voisins d’Anatoth, est à l’image du peuple tout entier : le patrimoine divin entouré de mauvais voisins qui pilleront le pays.
 
Il n’est pas possible que la prédication se fasse à la manière des cercles intellectuels, simples débats d’idées ! Que du contraire ! C’est la vie même du prophète qui est marquée par un tel ministère ! Si le prophète est transmetteur de la Parole de Dieu, il est aussi signe de cette Parole ! Ce n’est pas l’exercice d’un mysticisme éthéré ou aseptisé, mais la conscience d’une réalité vécue, concrète… Quel crédit aurait Jérémie, si de temps à autres il prêchait la ruine et l’exil, tandis qu’il cultiverait avec amour son lopin de terre, jouirait de ses fruits et s’enivrerait du parfum suave des plus belles de ses fleurs ?
 
Ceci étant, nous nous trouvons devant la vigne de Dieu plantée, sarclée, soignée de tant de manières : "Qu'y avait-il encore à faire pour ma vigne, que je n'aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j'espérais qu'elle produirait des raisins, a-t-elle produit des fruits puants ?" (Ésaïe 5:4) Nous sommes mis face aux pasteurs auxquels le travail est confié :

Une multitude de bergers ravage ma vigne; ils foulent ma parcelle ; ils font de la parcelle de mes délices un désert, un lieu dévasté. On l'a réduit en un lieu dévasté. (12:10)

Les pasteurs du troupeau de Dieu ! Le SEIGNEUR s’était pourvu de serviteurs pour veiller sur le troupeau ; il y eût des Moïse, des Josué et des Phinées et toute la classe sacerdotale jusqu'à sa ruine en Silo (7:12 et 26:6) ; la royauté ensuite… Mais parmi leurs successeurs, plusieurs ont gâté la vigne, détruit l’œuvre de Dieu. Ils ont une large responsabilité dans la ruine du peuple. Ézéchiel reviendra sur cette question dans une page inoubliable : "Quel malheur pour les bergers d'Israël, qui se repaissent eux-mêmes ! Les bergers ne devraient-ils pas paître le troupeau ?" (Ézéchiel 34:2) Après le retour de l’exil de Babylone, Zacharie en parlera encore : "Et fis disparaître les trois bergers ; les brebis finirent par me faire perdre patience et, de leur côté, ils me prirent en dégoût" (Zacharie 11:8). Ces belles pages se poursuivent par l’introduction du Berger d’Israël : "Je nommerai à leur tête un seul berger qui les fera paître, David, mon serviteur ; il les fera paître, il sera leur berger" (Ézéchiel 34:23)
Jean 10:11,14 : "C’est moi qui suis le bon berger. Le bon berger se défait de sa vie pour ses brebis… C’est moi qui suit le bon berger. Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent."


 
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