22/06/2013

Exode 12:21-28 Le Repas Pascal (2/2)


 

La nuit du départ - 12 :21-28
 
L’enseignement étant donné, voici le moment de mettre la parole en pratique. Il s’agit d’un appel à la foi de tous les Israélites, car il en fallait pour croire à la grâce exercée pour quiconque aura reçu la parole touchant l’agneau et aura appliqué son sang à l’entrée de la maison. Le geste posé par le chef de famille, sa foi personnelle donc, est au bénéfice de tous ceux qui sont à l’abri de sa maison, alors même que sa foi pourrait n’être pas partagée par tous, et qu’elle ne pourrait être comprise par les petits enfants. Mais toutes les âmes qui sont dans la maison sont "mises à part" et engagées dans la voie qui mènera au pays "ruisselant de lait et de miel".
Nous voyons ici combien, à côté du principe que la foi est une relation personnelle avec Dieu, la famille est un principe fondamental aux yeux du Créateur. La famille toute entière est conduite hors d’Egypte en vertu de la foi du chef de famille. Nous lisons ce même principe dans les écrits de l’apôtre : "Car le mari incrédule est sanctifié par la femme, et la femme incrédule est sanctifiée par le frère (son mari) ; puisque autrement vos enfants seraient impurs ; mais maintenant ils sont saints." (1 Corinthiens 7:14). "Saints", entendons-nous : ce terme signifie "mis à part", il n’induit pas autre chose que l’affirmation d’une place particulière au regard de Dieu, et n’ôte en rien la responsabilité personnelle de chaque homme face à la rédemption offerte.
Le moment était venu de mettre en pratique les directives touchant le départ, et notamment la préparation du repas pascal. Un nouveau malheur devait atteindre l’Egypte, la "dixième plaie" (Exode 11) afin que soit établi que la parole de Dieu devait être entendue. Pour les Israélites, la foi manifestée par l’application du sang de l’agneau à l’entrée de la maison était l’abri de leurs familles.

21 Et Moïse appela tous les anciens d'Israël, et leur dit : Tirez à part et prenez du menu bétail selon vos familles, et égorgez la pâque. 22 Et vous prendrez un bouquet d'hysope, et vous le tremperez dans le sang qui sera dans le bassin ; et du sang qui sera dans le bassin, vous aspergerez le linteau et les deux poteaux ; et nul d'entre vous ne sortira de la porte de sa maison, jusqu'au matin. 23 Car l'Éternel passera pour frapper les Égyptiens ; et il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, et l'Éternel passera par-dessus la porte, et ne permettra pas au destructeur d'entrer dans vos maisons pour frapper.
 
24 Vous garderez cela comme un statut pour toi et pour tes enfants, à toujours. 25 Lorsque vous serez entrés dans le pays que l'Éternel vous donnera, comme il l'a dit, il arrivera que vous garderez ce service. 26 Et quand vos enfants vous diront : Que signifie pour vous ce service ? 27 il arrivera que vous direz : C'est le sacrifice de la pâque à l'Éternel, qui passa par-dessus les maisons des fils d'Israël en Égypte, lorsqu'il frappa les Égyptiens et qu'il préserva nos maisons. Et le peuple s'inclina, et ils se prosternèrent.
 
28 Et les fils d'Israël s'en allèrent, et firent comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse et à Aaron ; ils firent ainsi.

Ce jour était exceptionnel. Les Israélites en avaient fini d’être des serfs taillables et corvéables à merci. Ils allaient entreprendre une nouvelle vie, en lien avec l’Éternel, le Créateur des cieux et de la terre, une vie "d’hommes debout". Ils ne passaient pas d’un esclavage à un autre, d’un assujettissement à un nouveau, mais entraient dans la vraie vie, celle que Dieu a voulue pour l’homme. Ils étaient appelés à saisir "ce qui est vraiment la vie" (1 Timothée 6:19). Et la commémoration de ce départ fournissait aux chefs de famille l’occasion de répondre aux questions de leurs enfants, et leur rappeler d’année en année quelle est leur propre vocation…
 
Cette nuit, dès que l’agneau fut immolé et le sang appliqué à l’entrée de la maison, le repas fut rapide, pris à la hâte en tenue de voyage… Expression de détermination qui ne laisse pas le temps aux doutes, aux mises en question. Ils laissaient derrière eux la richesse de l’Egypte, mais aussi leur propre assujettissement…
 
Comment ne pas lire ici ce qui est le fait du départ dans la vie de foi de tout homme dont les yeux se sont ouverts aux réalités éternelles, dont la vie est transformée ? Et cela ne peut que se constater… "Car eux-mêmes racontent de nous quelle entrée nous avons eue auprès de vous, et comment vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient" (1 Thessaloniciens 1:9-10).

 
Célébrations relevées dans la Bible hébraïque
 
Lors de la sortie d’Egypte, la foi des Israélites dans la parole prononcée par Moïse s’est exprimée, et c’est un peuple "debout", délivré déjà dans son esprit de l’assujettissement, qui se préparait au départ en prenant le repas de la Pâque. Une image très forte des premiers pas dans la foi, pour quiconque se tourne vers Dieu "pour servir le Dieu vivant et vrai" (1 Thessaloniciens 1:9).
 
Ce n’est pas sans raison qu’il fut demandé aux Israélites de répéter d’année en année "le repas pascal", célébrant ainsi en famille ce mémorial au cours duquel chacun était conduit à repenser son appel et induire des questions aux plus jeunes. Et après le repas pris dans la soirée – le commencement du jour selon la lecture biblique, "il y eût soir, il y eût mâtin" (Genèse 1:5) – lorsque le jour paraît, vient une grande célébration pour le peuple tout entier. C’est la "Fête des Pains sans levain" qui s’étend sur sept jours. Au septième jour, vient en clôture une nouvelle invitation à une cérémonie publique (Lévitique 23:5-7, Nombres 28:16-25).
 
Le texte biblique a retenu quelques célébrations particulières de cette fête annuelle.
Au désert de Sinaï, après le don de la Loi (Nombres 9:1-14)
Un an après la sortie d’Egypte, le peuple célèbre la Pâque et les Pains sans levain autour du Tabernacle. Deux dispositions importantes sont mentionnées. D’une part, les Israélites doivent recevoir les étrangers qui souhaitent célébrer la Pâque, et d’autre part, ceux qui ne pourraient célébrer la Pâque au premier mois sont appelés à le faire au second mois.
A l’entrée en Canaan, à Guilgal (Josué 5:10-12). Pour la première fois, le pain sans levain fut préparé avec du blé du pays. La manne cessa dès lors. C’est une nouvelle étape de la vie...
Sous le roi Ezéchias (2 Chroniques 30).
Alors que le royaume du nord est en plein marasme politique et spirituel, Ezéchias, roi de Juda, appelle tous les Israélites à célébrer la Pâque. Les prêtres n’étant pas en mesure de célébrer la Pâque au premier mois, la fête est organisée au deuxième mois. Des messagers sont envoyés dans tout le pays, et notamment au nord où ils sont mal reçus. Mais des Israélites de toutes les tribus se rassemblèrent à Jérusalem pour la célébration ; il y eût une grande joie lors de ce réveil spirituel.
Sous le roi Josias (2 Rois 23, 2 Chroniques 35:1-19)
Alors que le Temple était fermé, signe d’une ruine spirituelle gravissime, un jeune roi se lève, engage des travaux de restauration et fait reprendre le service sacerdotal. Le Livre de la Loi est alors retrouvé ! C’est dire l’état spirituel du peuple. Mais la fidélité et le dynamisme de ce jeune roi conduit à un nouveau réveil spirituel. La Pâque est célébrée avec joie. Un dernier sursaut de la foi avant le déclin que pleura le prophète Jérémie avec tous les fidèles.
Au retour de Babylone (Esdras 6:19-22)
Rebâtir le Temple n’a pas été œuvre aisée. Non tant par l’importance de la tâche, mais du fait de l’opposition, des pressions venant des notables non-Israélites de la contrée. Mais les prophètes Aggée et Zacharie ont ranimé la foi. Les travaux abandonnés pendant des années ont abouti et le Second Temple a été inauguré une vingtaine d’années après la sortie de Babylone. La Pâque est alors célébrée avec joie ; l’expression d’une vraie renaissance.

 
Célébration avant la Passion du Christ - Luc 22 :14-46
 
La nuit précédant la crucifixion (Mat.26:17-25, Marc 14:12-21, Luc 22:7-20, Jean 13:31-14:31), Jésus prend le repas de la Pâque avec ses disciples. Un repas d’une exceptionnelle importance comme nous le lisons à ces mots : "J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre". La sortie d’Egypte, la mise à l’abri de la puissance du Pharaon… cette délivrance est signe d’une autre libération, non d’une puissance humaine, mais de l’emprise de ce qui éloigne de Dieu. Ainsi ce moment est essentiel, car il conduit de la figure annonciatrice à l’accomplissement de l’œuvre de rédemption

La coupe qui clôture le repas pascal – Luc 22:14-18

Jésus "reçoit" une coupe, la dernière du repas, celle qui le clôture. Il l’accepte et évoque le royaume de Dieu qui doit venir avant de la faire circuler de mains en mains afin que chacun des convives y prennent part. Nous voyons ici une coutume bien établie, la dernière coupe du repas de la Pâque est un geste de communion et d’espérance, ou mieux un signe de communion dans l’espérance.

14 Et quand l'heure fut venue, il se mit à table, et les douze apôtres avec lui. 15 Et il leur dit : J'ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre ; 16 car je vous dis que je n'en mangerai plus jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. 17 Et ayant reçu une coupe, il rendit grâces et dit : Prenez ceci et le distribuez entre vous, 18 car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu.

Par les paroles prononcées, le Seigneur a fait état de la restauration d’Israël, selon la promesse maintes fois rappelées par les prophètes, une promesse qui sera confirmée encore par les apôtres et notamment par Jean, lorsqu’il rendra compte de ce qui lui fut révélé : "Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu, et il régnera aux siècles des siècles" (Apocalypse 11:15, voir aussi 12:10). Par cette coupe passée de main en main, le repas de la Pâque s’est achevé.

La deuxième coupe – Luc 22:20

Ensuite vient un geste distinct, nouveau. Nouveau, car il est hors de toute tradition. Ici, Jésus prend l’initiative et, dans ce geste, institue un autre repas composé d’un seul pain partagé entre tous et d’une coupe qui passe de main en main, un geste simple de mémorial.

19 Puis il prit du pain; après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. 20 Il fit de même avec la coupe, après le souper, en disant : Cette coupe est la alliance nouvelle en mon sang, qui est répandu pour vous.

Jésus dit "Ceci est mon corps" et ensuite "Ceci est mon sang". Soulignons la simplicité du geste. Paul, dans la nécessité d’en écrire aux Corinthiens (1 Corinthiens 11:16,20-26), confirme cette sobriété du geste et des paroles, montrant ainsi comment était reçu et mis en pratique le repas du mémorial de la mort de Jésus, ce dont les Actes des apôtres rendent aussi témoignage, lorsqu’il est écrit : "Et le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain…" (Actes 20:7). Et Paul atteste qu’n prenant part à la Cène, le croyant prenait bien une portion de pain (1 Corinthiens 11:26). Lorsque le Seigneur est au milieu de ses disciples, et qu’il dit "Ceci est mon corps, mon sang", nul ne pouvait se méprendre ; il y avait là, devant eux, d’un côté Jésus en personne et de l’autre ce qui allait être le symbole de son corps dans lequel il allait souffrir, et le symbole de sa vie donnée pour prix de notre rédemption, le prix de l’alliance nouvelle, car "le sang c’est la vie" (Genèse 9:4). "Christ étant venu… est entré une fois pour toutes dans les lieux saints avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle" (Hébreux 9:11-12).

 
Une troisième coupe – Luc 22:39-46

Après le repas de la Pâque, prise une dernière fois avant que ne vienne le règne du Messie, et après l’institution de la Cène, repas de mémorial de la rédemption pour les croyants aujourd’hui, vient une troisième coupe, la part exclusive de Jésus. Cette coupe est le jugement divin qu’Il allait endurer en sacrifice expiatoire.

39 Et sortant, il s'en alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers, et les disciples aussi le suivirent. 40 Et quand il fut en ce lieu-là, il leur dit : Priez que vous n'entriez pas en tentation. 41 Et il s'éloigna d'eux lui-même environ d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux, il priait, 42 disant : Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite. 43 Et un ange du ciel lui apparut, le fortifiant. 44 Et étant dans l'angoisse du combat, il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme des grumeaux de sang découlant sur la terre. 45 Et s'étant levé de sa prière, il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis de tristesse ; 46 et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, et priez afin que vous n'entriez pas en tentation.

L’heure, cette heure connue du Seigneur, était venue. Un mystère est près d’être révélé, à savoir comment Dieu, saint et juste, pourra résoudre l’énigme de la grâce annoncée par les prophètes : c’est dans le respect de sa sainteté et de sa justice qui les fautes des hommes peuvent être effacées (Ésaïe 1:18, Michée 7:9). Celui dont Dieu s’est pourvu avant que l’homme ait été créé (1 Pierre 1:19-20), celui qui est annoncé dans le sacrifice offert par Abraham (Genèse 22:8) et évoqué par tous les sacrifices offerts (Hébreux 10:4,8), a reçu la coupe du jugement (Ésaïe 53:5).
 
Il est "l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !" (Jean 1:29), celui qui est annoncé par le sacrifice offert par les Israélites, chacun dans sa maison, lors du repas de la Pâque. "Un agneau sans défaut, mâle, âgé d'un an… toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux soirs… et ils en mangeront la chair cette nuit-là ; ils la mangeront rôtie au feu, avec des pains sans levain

 

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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