22/06/2013

Exode 12:29-13:16 Le départ de la terre de Goshen


 

LA TRAVERSEE DE LA MER
Exode 12:29-15:21

 
De la ville de Ramsès, dans le Delta du Nil, à l’oasis d’Elim, dans le désert, le récit nous présente la réalité de la nouvelle vie avec Dieu. La rupture morale inévitable d’avec le monde ambiant, aux parfums souvent délétères, suivi de la route inattendue, lorsque le peuple s’en va vers le sud, à l’opposé du pays promis, ce qui pouvait instiller le doute, et un retour au nord qui induit le Pharaon à revenir sus sa parole… Mais, pour les hommes qui s’engagent dans la Mer, c’est la délivrance, car l’ennemi est vaincu. La libération est célébrée, le cantique de Moïse, mais aussitôt viennent les contraintes de la nouvelle vie avec Dieu ; il faut apprendre la marche par la foi, connaître les eaux amères de Mara, mais aussi le bois qui les rend douces, avant de goûter la félicité de l’oasis d’Elim, ses fontaines et ses palmiers…

 
Départ des Israélites - 12:29-13:16
 
Tandis que le repas de la Pâque s’achevait dans les maisons, la pression était montée en Egypte ; le malheur s’était abattu sur le pays, la mort touchant les premiers-nés. Et, de nuit, la parole est lancée : "Sortez du milieu de mon peuple !". Et même le peuple d’Egypte pousse les Israélites à s’en aller. Ces familles taillables et corvéables, dans la souffrance, poussées dehors.

29 Et il arriva, au milieu de la nuit, que l'Éternel frappa tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né du Pharaon, qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né du captif qui était dans la maison de la fosse, et tout premier-né des bêtes. 30 Et le Pharaon se leva de nuit, lui et tous ses serviteurs, et toute l'Égypte ; et il y eut un grand cri en Égypte, car il n'y avait pas de maison où il n'y eût un mort. 31 Et il appela Moïse et Aaron de nuit, et dit : Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple, tant vous que les fils d'Israël, et allez-vous-en, servez l'Éternel, comme vous l'avez dit ; 32 prenez votre menu bétail et votre gros bétail, comme vous l'avez dit, et allez-vous-en, et bénissez-moi aussi. 33 Et les Égyptiens pressaient le peuple, pour le renvoyer du pays en hâte ; car ils disaient : Nous sommes tous morts. 34 Et le peuple prit sa pâte avant qu'elle fût levée, ayant leurs huches liées dans leurs vêtements sur leurs épaules. 35 Les fils d'Israël firent selon la parole de Moïse ; ils demandèrent aux Égyptiens des objets d'argent, des objets d'or et des vêtements. 36 Et l'Éternel fit que le peuple trouva faveur aux yeux des Égyptiens, qui accordèrent leurs demandes ; et ils dépouillèrent les Égyptiens.

Un départ marquant : alors qu’ils furent exploités, les Israélites partent avec de grands biens, une forme de restitution pour les abus dont ils furent victime. Mais ils ne pouvaient s’attarder, ils ne pouvaient attendre que la pâte préparée fût levée. Ils cuisent ainsi leur pain sans levain, car ils ne pourraient en recuire qu’à l’étape… Et quand pourront-ils s’arrêter en paix ?
 
Les pains sans levain ! Un fait mémorable, un signe plus important qu’il n’y paraît, car il évoque la précipitation du départ, mais aussi la détermination de la foi lors d’un nouveau départ, le commencement d’une nouvelle vie. De cela ils auront à se souvenir, cela leur sera salutaire, car le temps tend à émousser les grands moments de la vie, à en ternir l’éclat… Or, cette mise en route d’Israël est bien une image du changement de cap, de la conversion donc, d’une âme qui s’engage dans le chemin de la vie avec Dieu.

37 Et les fils d'Israël partirent de Ramsès pour Succoth, environ six cent mille hommes de pied, les hommes faits, sans les petits enfants ; 38 et aussi un grand amas de gens monta avec eux, et du menu et du gros bétail, des troupeaux en très-grand nombre. 39 Et ils cuisirent en gâteaux sans levain la pâte qu'ils avaient emportée d'Égypte ; car elle n'avait pas levé, parce qu'ils avaient été chassés d'Égypte et n'avaient pu tarder ; ils ne s'étaient pas fait non plus de provisions.

Les Israélites sont dès lors en route, une errance qui durera quarante années alors que le chemin vers Canaan était de quelques jours seulement. Et, fait troublant pour eux, ils sont conduits vers le sud, le long de la Mer rouge, alors qu’ils se trouvaient principalement à l’est du delta du Nil, et sur la voie qui menait en quelques jours au pays de Canaan, au nord-est.

Six-cent mille hommes ! Cela peut représenter plus de trois millions d’âmes, en comptant les femmes et les enfants. Le nombre est impressionnant, surtout en considérant qu’il de la descendance de ces soixante-dix qu’était la famille de Jacob en Egypte (Genèse 46:27) quatre générations plus tôt (Genèse 3:16, Exode 6:16,18,20). Mais il est bien écrit "Et les fils d'Israël fructifièrent et foisonnèrent, et multiplièrent, et devinrent extrêmement forts ; et le pays en fut rempli" (Exode 1:7). Qu’en penser ? Cela imposerait que chaque homme ait en moyenne entre neuf et dix descendants mâles ayant atteint l’âge de procréer. Il pourrait s’agir ici d’une amplification bien commune aux récits anciens, mais il faut reconnaître que la tradition la plus ancienne que nous connaissions, celle de la Bible grecque des LXX, note également ce nombre de six cent mille hommes.
 
Quatre cent trente ans ! Pour ce qui concerne le nombre des années en Egypte, il est utile de considérer ce texte plus ancien des LXX : "Or, le séjour que les fils d’Israël avaient fait tant dans la terre d’Égypte que dans celle de Chanaan, avait duré quatre cent trente ans" (Exode 12:40, Bible des LXX). C’est bien la lecture qu’en faisait l’apôtre Paul lorsqu’il note que ce nombre d’années représente la période qui va du don de la promesse à Abraham à l’année de la sortie d’Egypte : "Or c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence… Or je dis ceci : que la loi, qui est survenue quatre cent trente ans après, n'annule point une alliance antérieurement confirmée par Dieu, de manière à rendre la promesse sans effet." (Galates 3:16-17). Ce sont ainsi quelque deux siècles que dura le séjour des Israélites en Egypte, une durée qui permet de comprendre que c’est la quatrième génération qui traversa la Mer des Joncs (Genèse 3:16).

40 Et l'habitation des fils d'Israël qui avaient habité en Égypte (La Bible des LXX indique : tant dans la terre d’Egypte que dans celle de Canaan), fut de quatre cent trente ans. 41 Et il arriva, au bout de quatre cent trente ans, il arriva, en ce même jour, que toutes les armées de l'Éternel sortirent du pays d'Égypte. 42 C'est une nuit à garder pour l'Éternel, parce qu'il les a fait sortir du pays d'Égypte ; cette nuit-là est à garder pour l'Éternel par tous les fils d'Israël, en leurs générations.

Quatre cent trente ans après le don de la promesse à Abraham (Galates 3:16-17), la quatrième génération descendant de Jacob, alias Israël, le patriarche, le peuple est sorti d’Egypte et entame une nouvelle vie, la vie avec Dieu, "ce qui est vraiment la vie" ( Timothée 6:19). Cette nuit est à garder ! Il fallait absolument ne pas oublier cette grande délivrance, car le chemin pourra être long et plus difficile qu’imaginé, la lassitude pourra s’envahir du corps et de l’esprit, les "pourquoi" pourront s’infiltrer dans les pensées… Alors, tenir en mémoire le point de départ, regarder à ce que l’on a fui, est un exercice salutaire pour se garder d’abandonner la route, pour ressentir au plus profond de son être ce que représente de marcher dans la vraie vie, la vie de la foi. Ainsi les Israélites sont appelés à célébrer d’année en année cette réalité du départ, de la sortie d’Egypte, ce jour mémorable où ils ont emporté à la hâte leur pâte à pain non levée… Une exhortation souvent répétée, soulignant ainsi combien ce travail de mémoire est salutaire (Exode 12:14-20, 12:39, 13:6-7, 23:15, 29:2, 34:18, Lévitique 23:6-8, Nombres 28:16-25, Deutéronome 16:1-8).
 
Une nuit à garder ! Car nous comprenons combien il serait dangereux de laisser s’estomper la mémoire des jours d’engagement dans la vie de la foi !
 
Ainsi est établi le double mémorial, la Pâque célébrée en famille et les sept jours des Pains sans levain. Célébrations de cette nuit où Dieu conduisit le peuple choisi pour lui donner une nouvelle vie, lui donner de laisser derrière lui la servitude afin de marcher d’être des hommes "debout" dans la conscience de créatures de Dieu, et peut-être le sentiment d’avoir été créé à l’image de Dieu !

43 Et l'Éternel dit à Moïse et à Aaron : C'est ici le statut de la Pâque : Aucun étranger n'en mangera ; 44 mais tout esclave, homme acheté à prix d'argent, tu le circonciras ; alors il en mangera. 45 L'habitant et l'homme à gages n'en mangeront point. 46 Elle sera mangée dans une même maison ; tu n'emporteras point de sa chair hors de la maison, et vous n'en casserez pas un os. 47 Toute l'assemblée d'Israël la fera. 48 Et si un étranger séjourne chez toi, et veut faire la Pâque à l'Éternel, que tout mâle qui est à lui soit circoncis ; et alors il s'approchera pour la faire, et sera comme l'Israélite de naissance ; mais aucun incirconcis n'en mangera. 49 Il y aura une même loi pour l'Israélite de naissance et pour l'étranger qui séjourne parmi vous. 50 Et tous les fils d'Israël firent comme l'Éternel avait commandé à Moïse et à Aaron ; ils firent ainsi.
 
51 Et il arriva, en ce même jour, que l'Éternel fit sortir les fils d'Israël du pays d'Égypte, selon leurs armées.

Mais avant le mémorial de la délivrance, le peuple d’Israël doit reconnaître l’autorité divine. La famille est la cellule fondamentale de l’humanité selon le propos divin, et ainsi chaque foyer doit reconnaître son lien à Dieu en "sanctifiant" son premier-né. Il s’agira donc de présenter un sacrifice particulier lors de la naissance du premier-né. Quant aux animaux aussi, car tout appartient au Créateur, il s’agira de sanctifier le premier-né.

13  1 Et l'Éternel parla à Moïse, disant : 2 Sanctifie-moi tout premier-né, tout ce qui ouvre la matrice parmi les fils d'Israël, tant des hommes que des bêtes ; il est à moi.
 
3 Et Moïse dit au peuple : Souvenez-vous de ce jour, auquel vous êtes sortis d'Égypte, de la maison de servitude, car l'Éternel vous en a fait sortir à main forte ; et on ne mangera point de pain levé. 4 Vous sortez aujourd'hui, au mois d'Abib. 5 Et quand l'Éternel t'aura fait entrer dans le pays du Cananéen, du Héthien, de l'Amoréen, du Hévien, et du Jébusien, qu'il a juré à tes pères de te donner, pays ruisselant de lait et de miel, il arrivera que tu feras ce service en ce mois-ci. 6 Pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain, et le septième jour il y aura une fête à l'Éternel. 7 On mangera pendant les sept jours des pains sans levain ; et il ne se verra point chez toi de pain levé, et il ne se verra point de levain chez toi, dans tous tes confins. 8 Et tu l’expliqueras à ton fils, en ce jour-là, disant : C'est à cause de ce que l'Éternel m'a fait quand je sortis d'Égypte. 9 Et cela te sera un signe sur ta main, et un mémorial entre tes yeux, afin que la loi de l'Éternel soit en ta bouche, car l'Éternel t'a fait sortir d'Égypte à main forte. 10 Et tu garderas ce statut en sa saison, d'année en année.

L’autorité de Dieu sur les familles des hommes, et la nouvelle naissance du peuple sont ici intimement liées. L’Éternel a rappelé son autorité par la mort des premiers-nés en Egypte, un peuple qui vivait dans l’ignorance de son Dieu ; quant à Israël, appelé à être serviteur de Dieu en ce monde, il se devait de reconnaître cette autorité dans ce geste de reconnaissance touchant les premiers-nés. Et aussi, chaque année, ils mangeront des pains sans levain pendant sept jours, le levain symbolisant ce qui s’oppose à Dieu pour apporter la ruine, ainsi que Paul écrira à propos de ce levain "qui fait monter la pâte toute entière" (Galates 5:9).

11 Et il arrivera, quand l'Éternel t'aura fait entrer dans le pays du Cananéen, comme il l'a juré à toi et à tes pères, et qu'il te l'aura donné, 12 que tu consacreras à l'Éternel tout ce qui ouvre la matrice, et tout ce qui ouvre la portière des bêtes qui t'appartiendront : les mâles seront à l'Éternel. 13 Et tout premier fruit des ânes, tu le rachèteras avec un agneau ; et si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Et tout premier-né des hommes parmi tes fils, tu le rachèteras.
 
14 Et quand ton fils t'interrogera à l'avenir, disant : Qu'est-ce que ceci ? alors tu lui diras : À main forte l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte, de la maison de servitude. 15 Et il arriva, quand le Pharaon s'obstinait à ne pas nous laisser aller, que l'Éternel tua tous les premiers-nés dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né des hommes jusqu'au premier-né des bêtes ; c'est pourquoi je sacrifie à l'Éternel tout ce qui ouvre la matrice, les mâles, et je rachète tout premier-né de mes fils.

Les "pains sans levain" et l’offrande de sacrifice lors de la naissance d’un premier-né seront donc des signes assurant la pérennité du souvenir et la transmission du flambeau aux générations (13:8 et 14). Les bases indispensables de la fidélité à l’Alliance.

16 Et ce sera un signe sur ta main et un fronteau entre tes yeux, car à main forte l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte.

Un signe, un fronteau… Plus tard des bandelettes portant des versets de la Bible seront portées sur des vêtements de prière, mais ici sans nul signe visible, nous voyons ici la réalité morale du service de mémoire, lequel est d’une toute autre nature que les gestes symboliques qui finissent souvent par s’accomplir par simple tradition.
 
Le regard du racheté doit être celui de l’homme conscient de l’opération de Dieu envers lui, et ses actes marqués par cette réalité qui donne sens à sa vie. Le regard du croyant ne peut être celui de l’homme asservi, car il est "debout" dans la conscience de la vie avec Dieu et conséquent dans toutes ses actions.


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
ACCEDER
AU SITE

 
 

Les commentaires sont fermés.