15/06/2013

Nombres 24 Les Discours de Balaam (2/2)


 

Le troisième discours - 23:27-24:14

Balak a entendu ces paroles prononcées à son adresse, mais peut-il se résoudre à entendre ? Et Balaam peut-il rompre cette scène qui le flatte ? Alors il engage le roi à bâtir pour la troisième fois sept autels…

27 Et Balak dit à Balaam : Viens donc, je te conduirai à un autre lieu : peut-être sera-t-il bon aux yeux de Dieu que tu me le maudisses de là. 28 Et Balak conduisit Balaam au sommet du Péor, qui se montre au-dessus de la surface du désert. 29 Et Balaam dit à Balak : Bâtis-moi ici sept autels, et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. 30 Et Balak fit comme Balaam avait dit ; et il offrit un taureau et un bélier sur chaque autel.
 
24 
1 Et Balaam vit qu'il était bon aux yeux de l'Éternel de bénir Israël, et il n'alla pas, comme d'autres fois, à la rencontre des enchantements, mais il tourna sa face vers le désert. 2 Et Balaam leva ses yeux et vit Israël habitant dans ses tentes selon ses tribus ; et l'Esprit de Dieu fut sur lui.

Balaam comprend cependant qu’il ne peut lutter contre Dieu, et se détourne de ses manières empreintes de superstition pour laisser Dieu parler. Ne regardant plus le roi, il se tourne vers le désert. Notant que "l’Esprit de Dieu fut sur lui", le texte place devant nous des paroles fondamentales venant de Dieu lui-même. Et dans la conscience de ce qu’il fait, le prophète déclare maintenant entendre "les paroles de Dieu", avoir "les yeux ouverts" ; mais reconnaissant aussi ses chutes morale, disant de lui-même : "celui qui tombe". Car un homme peut en effet prendre conscience de sa chute sans se relever vraiment, tout en ayant les yeux ouverts sur ce qu’il aurait à faire sans pourtant s’y résoudre.
 
Le prophète porte son regard sur l’étendue du désert, et sur les tentes d’Israël tout entier… Un discours qui étonne tout homme, particulièrement celui qui vit au milieu du peuple ! Comment recevoir cette parole : "Que tes tentes sont belles, ô Jacob ?"

3 Et il proféra son discours sentencieux, et dit :
Balaam, fils de Béor, dit, et l'homme qui a l'œil ouvert, dit :
4 Celui qui entend les paroles de Dieu, qui voit la vision du Tout-puissant, qui tombe et qui a les yeux ouverts, dit :
5 Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! et tes demeures, ô Israël !
6 Comme des vallées elles s'étendent, comme des jardins auprès d'un fleuve, comme des arbres d'aloès que l'Éternel a plantés, comme des cèdres auprès des eaux.
7 L'eau coulera de ses seaux ; et sa semence sera au milieu de grandes eaux ; Et son roi sera élevé au-dessus d'Agag, et son royaume sera haut élevé.
8 Dieu l'a fait sortir d'Égypte ; il a comme la force des buffles ; il dévorera les nations, ses ennemis ; il cassera leurs os, et les frappera de ses flèches.
9 Il s'est courbé, il s'est couché comme un lion, et comme une lionne : qui le fera lever ? Bénis sont ceux qui te bénissent, et maudits sont ceux qui te maudissent.

"Les yeux ouverts." Ouverts par la réception de la Parole de Dieu, un homme discerne des choses cachées derrière la grisaille du monde… Les hommes tels qu’ils sont avec leurs grandeurs mais aussi leurs défaillances. Il n’est pas de peuple qui échappe à ces courants qui s’opposent, se contrarient…
 
Mais ce qui apporte cette beauté soulignée à propos des "tentes de Jacob", c’est bien leur situation "auprès d’un fleuve", paraissant comme des arbres d’aloès plantés par l’Éternel. La traversée du désert, c’est bien cela : un peuple sorti de l’asservissement, libéré pour connaître la vraie vie selon Dieu, pour goûter la grâce symbolisée par le fleuve. Au-delà des paroles mises dans la bouche de Baalam, nous voyons ce "rocher spirituel" (Exode 17:6, Nombres 20:8, 1 Corinthiens 10:4) dispensant l’eau vivifiante de la grâce ; d’autres prophètes auront la vision du fleuve s’écoulant de la présence divine pour apporter la vie (Ezéchiel 47:1-12, Apocalypse 22:2). Ces vallées, ces jardins, ces arbres d’aloès, l’Aloe Vera aux propriétés curatives extraordinaires, et ces cèdres majestueux… Une vue magnifique d’un peuple abreuvé aux sources des eaux vives. Non un peuple meilleur que les autres peuples, le récit de son histoire est sans concession, mais des hommes et des femmes attachés aux paroles de Dieu. Non assujettis à leur histoire ou leur religion – ferments de sectarismes et de guerres – mais heureux dans le chemin de la confiance en Dieu…
 
"L’homme qui a les yeux ouverts", celui qui reçoit la Parole de Dieu, voit Israël au bord du fleuve et comprend que "l’eau déborde de ses sceaux", discernant donc la Parole de la grâce s’écoulant au-delà de ses limites, atteignant les nations. En outre il discerne le Roi qui doit paraître, une vision absolument remarquable qui donne sens à la mission d’Israël au milieu des nations, dépositaire des oracles de Dieu. Le roi sera élevé plus haut qu’Agag, "Agag, roi d'Amalek" (1 Samuel 15:8), le texte nous ramenant ainsi au premier combat du désert, lorsqu’avant Sinaï, dès qu’Israël eut bu pour la première fois "l’Eau du Rocher". Moïse était sur la montagne, "le bâton de Dieu à la main", tel un étendard élevé bien haut pour que les Israélites au combat discernent le soutien de Dieu et, par la foi en Lui, remportent la victoire (Exode 17:9).
 
La conclusion est donnée : "Bénis sont ceux qui te bénissent, et maudits sont ceux qui te maudissent". Un avertissement bien sérieux sur lequel il est bon de s’arrêter… Une finale qui nous ramène au triste tableau de Balak, incapable de discernement, assidu à la pratique des "enchantements", et Balaam qui aimerait exploiter à son avantage la superstition du premier, mais qui en est empêché.

10 Alors la colère de Balak s'embrasa contre Balaam, et il frappa des mains ; et Balak dit à Balaam : C'est pour maudire mes ennemis que je t'ai appelé, et voici, tu les as bénis expressément ces trois fois. 11 Et maintenant, fuis en ton lieu. J'avais dit que je te comblerais d'honneurs ; et voici, l'Éternel t'a empêché d'en recevoir. 12 Balaam dit à Balak : N'ai-je pas aussi parlé à tes messagers que tu as envoyés vers moi, disant : 13 Quand Balak me donnerait plein sa maison d'argent et d'or, je ne pourrais transgresser le commandement de l'Éternel pour faire de mon propre mouvement du bien ou du mal ; ce que l'Éternel dira, je le dirai.

C’est la rupture ! Balaam va s’en aller, retourner à Pethor. Et le roi exprime son irritation, soulignant ainsi sa folie de s’opposer à Dieu, son refus d’entendre la conclusion prononcée malgré lui par le mauvais prophète : "Bénis sont ceux qui te bénissent, et maudits sont ceux qui te maudissent."


 
Les derniers discours - 24:15-24

Les dernières paroles vont plus loin encore. Balak va entendre des paroles touchant l’avenir, car Balaam est contraint d’en parler avant de retourner en sa ville. Un avertissement à Balak, représentant ici tous ceux qui ne supportent pas de voir un Israélite dans leur paysage, même s’il ne fait que passer, un avertissement à tous ceux qui rêvent à la destruction du peuple d’Israël.

14 Maintenant, voici, je m'en vais vers mon peuple ; viens, je t'avertirai de ce que ce peuple fera à ton peuple à la fin des jours.

Ce sont donc des visions d’avenir que Balaam fait entendre. Il n’aime pas ce qu’il a à dire, mais il "voit" la levée d’un souverain puissant, "une étoile surgissant de Jacob", qui donnera à Israël vers un avenir radieux. Telle est l’espérance de ce peuple… Ceux qui s’opposent, à commencer par Moab et Edom sont cités pour souligner la vanité de leur opposition au dessein divin. Et soulignons l’universalité de ce propos car, rappelons-nous toujours à ce propos, que la bénédiction d’Israël est aussi le sceau de la grâce répandue sur toutes les nations, car "l'eau coulera de ses seaux" (24:7), l’eau vive de la grâce.

15 Il proféra son discours sentencieux, et dit :  
Balaam, fils de Béor, dit, et l'homme qui a l'œil ouvert, dit :
16 Celui qui entend les paroles de Dieu, et qui a la connaissance du Très-haut, qui voit la vision du Tout-puissant, qui tombe et qui a les yeux ouverts, dit :
17 Je le verrai, mais pas maintenant ; je le regarderai, mais pas de près. Une étoile surgira de Jacob, et un sceptre s'élèvera d'Israël, et transpercera les coins de Moab, et détruira tous les fils de tumulte.
18 Et Édom sera une possession, et Séhir sera une possession,... eux, ses ennemis ; et Israël agira avec puissance.
19 Et celui qui sortira de Jacob dominera, et il fera périr de la ville le résidu.

De Moab, il sera parlé par Jérémie : "À l'ombre de Hesbon se sont tenus ceux qui fuyaient devant la force ; car un feu est sorti de Hesbon, et une flamme du milieu de Sihon, et elle a dévoré le coin de Moab et le sommet de la tête des fils du tumulte" (Jérémie 48:45). A propos d’Edom qui s’est opposé à Israël, refusant le passage du peuple par sa contrée, il est dit ailleurs qu’il tirera profit de la débâcle lors de l’exil : "A cause de la joie que tu as éprouvée parce que le patrimoine de la maison d’Israël a été dévasté" (Ezéchiel 35:13, voir aussi Abdias, Jérémie 49:7-22…). Est-ce à dire qu’Israël leur fera la guerre ? Non, en aucune manière ! Mais il est affirmé que le Seigneur Dieu voit tout ce qui survient sur la terre et accomplira ce qui doit être fait en son temps. Sophonie dira de la part de l’Éternel : "J'ai entendu les outrages de Moab et les injures par lesquelles les Ammonites outrageaient mon peuple et s’élevaient contre ses frontières" (Sophonie 2:8).

20 Et il vit Amalek, et proféra son discours sentencieux, et dit :
Amalek était la première des nations ; et sa fin sera la destruction.

Amalek est cité, après qu’il fut évoqué plus haut par le nom de son roi, Agag (24:7). C’est, faut-il le rappeler, la première des nations à avoir fait la guerre à Israël peu après la sortie d’Egypte. Son avenir est scellé ; ainsi en est-il de ceux qui jusqu’au bout rejetteront consciemment la grâce…

21 Et il vit le Kénien, et il proféra son discours sentencieux, et dit :
Forte est ta demeure, et tu as placé ton nid dans le rocher. 22 Toutefois le Kénien doit être consumé, jusqu'à ce qu'Assur l'emmène captif.

Le Kénien. Il paraît bien que sous ce nom soient connues des tribus nomades de la péninsule du Sinaï : "leur nid est dans les rochers" (24:21). C’est parmi l’une d’entre elles que Moïse trouva refuge (Juges 1:16), et dans une de leurs montagnes qu’il gardait le troupeau et eût la vision du Buisson ardent (Exode 3). Ici, nulle mention d’animosité à l’égard d’Israël, mais ces tribus aussi iront jusqu’à leur fin, lorsque l’Assyrien ravagera le pays et déportera nombre de ses habitants. Le prophète poursuit alors, disant "Malheur !" en pensant à ce désastre. Nous trouvons ici une parole commune aux prophètes, lesquels ne se réjouissent pas du malheur quand il survient, mais se lamentent au regard des souffrances que les hommes endurent ou endureront. Et cela alors qu’est évoquée la personne de Héber, le Kénien qui se séparera de la famille du beau-père de Moïse et fera la guerre à Israël (Juges 4:11).

23 Et il proféra son discours sentencieux, et dit :
Malheur ! Qui vivra, quand Dieu fera ces choses ? 24 Et des navires viendront de la côte de Kittim, et affligeront Assur, et affligeront Héber, et lui aussi ira à la destruction.

Le tableau s’achève, les intervenants s’en retournent chacun de son côté...

25 Et Balaam, se leva, et s'en alla, et s'en retourna en son lieu ; et Balak aussi s'en alla son chemin.

L’enseignement s’arrête-t-il là, sur cette vision idyllique d’une nation promise à un avenir glorieux ? Et bien, il ne paraît pas ! Sous cette forme théâtrale du roi de Moab s’attachant les services d’un Balaam, c’est la Parole de Dieu qui est présentée au lecteur ; en quelques lignes, le dessein divin est déployé. Mais envers quel peuple ? Un peuple meilleur, étranger aux turpitudes d’un monde sans Dieu ? Loin de là ! Mais alors est-ce un aveu d’injustice de la part de l’Eternel ? Comment un homme peut-il se trouver dans cette sphère de bénédiction ? L’enseignement se poursuit donc pour nous faire considérer l’autre côté du décor…


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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