14/06/2013

Nombres 25 - Séductions et défaillances


 

Séductions et défaillances
Nombres 25:1-18

Reprenons ces discours prononcés par Balaam. L’enseignement pouvait-il se terminer sur ces paroles magnifiques ? L’affirmation : "Tes tentes si belles, ô Israël !", et l’avertissement : "Bénis sont ceux qui te bénissent !" (24:5,9). Le lecteur pourrait-il imaginer des qualités morales remarquables, un peuple d’exception au cœur d’un monde étranger à la connaissance du Créateur ?
 
Quelques lignes suffisent pour caractériser ce peuple soumis aux mêmes séductions que tous… L’enseignement a commencé par le geste cité plus haut : "Les anciens de Moab et les anciens de Madian s'en allèrent, ayant dans leurs mains le salaire de la divination ; et ils vinrent à Balaam et lui dirent les paroles de Balak" (22:7). Le tableau de l’homme sur son âne, du mauvais prophète prononçant malgré lui des paroles de bénédiction… ce tableau a disparu, Balaam que Balak sont effacés du décor ; restent les paroles, la bénédiction de Dieu.
 
Vient alors cet autre tableau, complément nécessaire du premier. Une vue saisissante du peuple après qu’il ait été prononcée une telle bénédiction. Une image dont nous pourrions dire "attention, ne pas mettre ce texte entre toutes les mains", tant elle est dure, tant les mots sont forts ! Voyons : fornication, embrasement de colère, pendaison devant l’Éternel, sans parler de ceux qui furent transpercés, ni des milliers de morts… (25:1,3,4,6,9). Et des questions… Un peuple sur lequel sont prononcées de telles bénédictions, et qui se rappelle à lui-même de telles abominations…

25  1 Et Israël habitait en Sittim ; et le peuple commença à commettre fornication avec les filles de Moab ; 2 et elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux, et le peuple mangea, et se prosterna devant leurs dieux. 3 Et Israël s'attacha à Baal-Péor ; et la colère de l'Éternel s'embrasa contre Israël.

Des Israélites subjugués participent aux orgies idolâtres en l’honneur de Baal-Péor ! Un réel combat s’engage, le Seigneur Dieu étant toujours en travail pour que s’accomplisse son propos, pour que sa grâce puisse se répandre sans altérer les exigences de la justice… Des Israélites se rendent ainsi dans la localité de Péor où se trouve un lieu de célébration de Baal. Ils s’attachent à ce lieu… Ceux-ci "s’attachent à Baal-Péor", autrement dit méprisent l’Alliance, étant emportés par les actes de séduction de femmes de Moab et de Madian (25:1,6). Un tableau de la débauche souvent associée aux célébrations idolâtres… Mais aussi une expression de ce que l’idolâtrie représente moralement, à savoir l’attrait d’un monde qui rejette toute référence à Dieu (Matthieu 6:24,Colossiens 3:5). Cette scène représente l’absolu dans la déchéance, un signe rappelé plus d’une fois dans l’Ecriture (Josué 22:17, Osée 9:10, Psaume 106:28).
 
Il n’est pas encore venu ce temps attendu par le prophète : "L'Éternel, ton Dieu, au milieu de toi, est puissant. Il sauvera, il se réjouira avec joie à ton sujet : il se reposera dans son amour. Il s'égayera en toi avec chant de triomphe." (Sophonie 3:17). Mais alors, comme aujourd’hui, la foi se manifeste, la confiance d’hommes et de femmes dans l’accomplissement du plan divin. Des croyants que l’apôtre disait "attendant et hâtant la venue du jour de Dieu" (2 Pierre 3:12).
 
La gravité de l’abandon est un réel piège pour tous, aussi l’action doit être exemplaire. Les coupables doivent être mis à mort et pendus ensuite, une mort ignominieuse s’il en est, et cela en présence des chefs du peuple (Deutéronome 21:22-23).

4 Et l'Éternel dit à Moïse : Prends tous les chefs du peuple et fais pendre les coupables devant l'Éternel, à la face du soleil, afin que l'ardeur de la colère de l'Éternel se détourne d'Israël. 5 Et Moïse dit aux juges d'Israël : Que chacun de vous tue ces hommes qui se sont attachés à Baal-Péor.

Outre ceux qui se sont rendus à Péor, voici même un homme qui introduisit une Madianite dans le camp d’Israël, et cela face à des Israélites qui, devant le Tabernacle, pleuraient sur le malheur qui s’est abattu sur eux… Un réel affront !

6 Et voici, un homme des fils d'Israël vint, et amena vers ses frères une Madianite, sous les yeux de Moïse et sous les yeux de toute l'assemblée des fils d'Israël qui pleuraient à l'entrée de la tente d'assignation. 7 Et Phinées, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le sacrificateur, le vit, et il se leva du milieu de l'assemblée, et prit une pique dans sa main, 8 et entra après l'homme d'Israël dans l'intérieur de la tente, et les transperça tous deux, l'homme d'Israël, et la femme, par le bas-ventre ; et la plaie s'arrêta de dessus les fils d'Israël.
 
9 Ceux qui moururent de la plaie furent vingt-quatre mille.

Phinées, homme de foi attaché à l’Alliance, digne de la fonction qui doit devenir la sienne lorsqu’il succédera à Eléazar, fils d’Aaron, pleurait à l’entrée de la Tente de la rencontre. Pris d’une inspiration soudaine et forte, il va droit devant le couple audacieux et exerce une action sans appel. L’homme et la femme sont mis à mort d’un seul trait de lance.

10 L'Éternel parla à Moïse, disant : 11 Phinées, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le sacrificateur, a détourné mon courroux de dessus les fils d'Israël, étant jaloux de ma jalousie au milieu d'eux, de sorte que je ne consumasse pas les fils d'Israël dans ma jalousie. 12 C'est pourquoi dis : Voici, je lui donne mon alliance de paix ; 13 et ce sera une alliance de sacrificature perpétuelle, pour lui et pour sa semence après lui, parce qu'il a été jaloux pour son Dieu, et a fait propitiation pour les fils d'Israël.

"Une alliance de paix." Nous touchons du doigt la sagesse de Dieu. Si la charge de "Grand-Prêtre" est conférée de génération en génération, nous voyons que ce décret divin, une forme d’automatisme dynastique, est surtout une réelle vision de l’avenir. Les deux aînés d’Aaron ont été disqualifié de la fonction (Lévitique 10:1-2, Nombres 26:61), celle-ci revenant dès lors à un homme fidèle, Eléazar ; et succédera à celui-ci un homme de foi, son fils Phinées…
 
L’énergie spirituelle de Phinées est encore soulignée, alors que nous apprenons que les deux personnes compromises dans cet affront au peuple tout entier et au Seigneur Dieu lui-même étaient toutes les deux de rang princier…

14 Et le nom de l'homme d'Israël frappé, qui fut frappé avec la Madianite, était Zimri, fils de Salu, prince d'une maison de père des Siméonites. 15 Et le nom de la femme madianite qui fut frappée, était Cozbi, fille de Tsur, chef de peuplade d'une maison de père en Madian. 16 Et l'Éternel parla à Moïse, disant : 17 Serrez de près les Madianites, et frappez-les ; 18 car eux vous ont serrés de près par leurs ruses, par lesquelles ils vous ont séduits dans l'affaire de Péor, et dans l'affaire de Cozbi, fille d'un prince de Madian, leur sœur, qui a été frappée le jour de la plaie, à cause de l'affaire de Péor.

Les Madianites ! Expression même de l’opportunisme de ceux qui rodent autour des croyants. Les uns dans un bon état d’esprit, tel le beau-père de Moïse (Exode 2:15), les autres pour l’assouvissement de leurs convoitises. Ce sont des marchands madianites qui vendirent Joseph à l’officier du Pharaon (Genèse 37:28-36) ; d’autres se trouvent intimement liés aux actes de Balaam (Nombres 22:7) ; et par la suite, des tribus madianites seront comme un aiguillon toujours prêt à des razzia en terre d’Israël (Juges 6 à 8). Moïse sera chargé de leur faire la guerre, dernière action qui lui sera demandée avant d’être introduit dans le repos (Nombres 31), alors que nous apprendrons que ces Madianites étaient, avec Balaam, les vrais instigateurs de l’affaire de Baal-Péor (31:16).
 
Le livre de Josué fera écho du jugement qui fondra sur Balaam lui-même  (Josué 13:22). Josué va rappeler toute cette scène avant d’être recueilli à son tour dans le repos : "Et Balak, fils de Tsippor, roi de Moab, se leva et fit la guerre contre Israël ; et il envoya et appela Balaam, fils de Béor, pour vous maudire ; mais je ne voulus pas écouter Balaam, et il vous bénit expressément ; et je vous délivrai de sa main." (Josué 24:9-10).


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Cette page de la traversée du désert est un enseignement d’une grande importance. Laissant le cadre du récit, la réalité de ces opposants, l’image que donne le faux prophète, tel bien des mauvais conducteurs aujourd’hui (2 Pierre 2:1,15-18, Jude 11), le lecteur est saisi du contraste entre l’idolâtrie de Baal-Péor et la parole de bénédiction prononcée de la part du Seigneur Dieu. Un peuple mis à part d’entre les nations (23:9), duquel l’iniquité, bien évidente, n’est cependant pas vue du ciel… "Il n'a pas aperçu d'iniquité en Jacob, ni n'a vu d'injustice en Israël ; l'Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui" (23:21). Nous comprenons cette conclusion manifestant un tel étonnement : "Qu'est-ce que Dieu a fait ?" (23:23).
 
Ceci nous conduit à ces paroles de l’apôtre : "Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le christ Jésus…". Et d’ajouter : "Que dirons-nous donc à ces choses ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" (Romains 8:1,31). Aux Hébreux, il fut écrit : "Car, par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés" (Hébreux 10:14). Pensons à cette parole du Christ : "Vous, vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai dite" (Jean 15:3). Cette dernière parole nous ramène au propos de Dieu envers le peuple de l’Alliance ; car tout en étant un peuple comme tous les peuples au regard de leurs propres mérites, c’est un peuple qui a reçu les paroles de l’Alliance. Lisons les paroles de foi qui traversent les Psaumes, et aussi ces mots remarquables : "Je suis noire, mais je suis agréable, filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon !" (Cantique 1:5).
 
Que reste-t-il pour le lecteur après ces lignes ? Des sujets de réflexion… Le Psalmiste a bien compris cette parole, lorsqu’il écrit : "Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, dont le péché est couvert !" (Psaume 32:1).
 
Le souvenir de cet enseignement demeure comme avertissement, ainsi que nous pouvons le lire dans les paroles des disciples de Jésus. "Celui même qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? Qui intentera accusation contre des élus de Dieu ? C'est Dieu qui justifie ; qui est celui qui condamne ?" (Romains 8:32-33).


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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